ROSS JOHNSON – Baron Of Love: Moral Giant - book

 

Ross Johnson – qui vit à Memphis, where else? – n’est pas juste un autre Johnson. Il a une carrière bien remplie. C’est une sorte de secret hero, un peu comme Dan Penn, même région, autre genre de musique.

Fan de la première heure de Big Star - il a bossé comme vigile pour la chaine de magasin du même nom en 1972, Ross a commencé aux côtés d’Alex Chilton, avec qui il a assuré la batterie plus ou moins pendant vingt ans et aussi en co-composant avec Lx, Baron Of Love Part II, le morceau qui ouvre l’album Like Flies On Sherbert (1979), la première édition sur Peabody Records, à tirage confidentiel. Le morceau disparaît des éditions suivantes pour ne resurgir que sur les rééditions CD à partir de 1986.

Il co-fonde ensuite les Panther Burns avec Tav Falco, avec qui il a plus ou moins collaboré durant près de quarante ans – ils ont sorti un single en 2017 – Rock Me / Whistleblower Blues - uniquement interprété par eux deux et Ross joue sur un morceau du tout dernier album de Tav.

Ross a sorti quelques singles sous son nom, un album réjouissant avec Jeffrey Evans en 2014, enregistré et produit en un jour (le 21 mars 2008) par Jim Dickinson à son Zebra Ranch Studio. Ross avait rencontré Jim D chez Big Star (le magasin où il travaillait) et l’avait impressionné en mentionnant son travail avec les Flamin’ Groovies plutôt que les Rolling Stones, comme les autres en général. Il a aussi joué avec Charlie Feathers, Linda Gail Lewis, une des sœurs de Jerry Lee et fait partie des Gibson Brothers, ’68 Comeback, les Young Seniors, groupes avec lesquels il compose ou co-compose des morceaux. On retrouve presque tout ça sur l’album The Most Of Ross Johnson sorti format CD sur Goner, déjà, en 2007. Ross a aussi collaboré au magazine Creem, piloté par Lester Bangs, sous le pseudo Chester The Conger Eel.

Comme mon pote Don de San Francisco, Ross avait aussi un job alimentaire de bibliothécaire de fac en plus d’être musicien. C’est un pote de Misty aussi. Ross a une relation particulière avec Misty et sa sœur jumelle Kristi – she’s an angel, she saved my life. Kristi, Misti (son prénom à l’état civil) et Ross sont nés à Little Rock, dans l’Arkansas. Misty m’avait dit qu’elle me ferait rencontrer Ross quand j’irai à Memphis. Ça ne s’est pas fait.

J’avais vu le bouquin de Ross, sorti l’an dernier quand j’étais passé à la boutique Goner – qui a édité le bouquin – oublié de l’acheter. Je l’ai commandé quelques semaines plus tard et j’ai reçu un exemplaire dédicacé.

Le petit bouquin de 153 pages est réparti en cinquante chapitres très bien écrits et  aussi hilarants les uns que les autres. Il parle des Stooges, des Cramps, et bien sur des memphians Charlie Feathers – « il était exigeant avec les musiciens / il n’aimait pas ma façon de jouer », Roland Janes, Junior Kimbrough, Jim Dickinson, qui a pas mal joué avec les Panther Burns – « la tension entre Jim et Lx, remontant à l’enregistrement de « Sister Lovers » était palpable », les Klitz, Bill Eggleston et Tav Falco, de manière plus réservée : « après notre collaboration en 2017, on a décidé que nous resterions copains… ». Ross joue néanmoins sur le tour récent album de Tav Falco, "Desire On Ice", le morceau d’intro, en compagnie de Kid Congo.

Il raconte notamment – je vais juste citer quelques passages pour vous donner envie de lire le livre. Je ne sais pas s’il y aura une suite, mais Ross m’a dit que ce qu’il a écrit n’est qu’une toute petite partie de l’histoire.

Le livre commence par le compte rendu du premier show des non musiciens - sauf Lx Chilton - Panthers Burns, avec Tav au chant / guitare, lui à la batterie et Eric Hill aux synthé. C’était le 14 février 1979. Ross a pensé que c’était un groupe d’un seul show, sans le moindre avenir… Il précise qu’il ne se rappelle pas de tout, étant complétement bourré ce soir-là. C’est pour la même raison qu’il a raté la session du premier LP des Panther Burns, Behind The Magnolia Curtain. Ross a voulu faire partie d’un groupe pour attraper les filles, comme disait Marc Zermati.


Après un premier EP autoproduit, « She’s The One To Blame », enregistré en une prise, le label Rough Trade propose aux Panther Burns de sortir un album et un single. Étant jugé « trop musical », l’album est rejeté par le label. Il sortira finalement en Espagne en 1992 sous le nom « The Unreleased Sessions ». Ross est viré par Tav pour consommation excessive d’alcool (« no, really »). Il sera réintégré et participera aux albums époque New Rose (1984-91). Le seul album que Ross apprécie toujours des Panther Burns est « Panther Phobia » (2000) : « nous n’étions pas faits pour enregistrer dans des studios modernes, mais pour jouer live and raw – we tried to lower musical standards for everyone, comme disait David Johansen des New York Dolls . We often succeeded in that effort ». Pour Ross, les autres albums des PB sonnent comme pour passer à la radio, ce qui n’est jamais arrivé.

En revanche, Ross ne tarit pas d’éloges sur Roland Janes, qui a produit les albums des PB période New Rose. Roland avait commencé comme guitariste de Jerry Lee Lewis (NDA : il a aussi sorti un single sous son nom, mal orthographié R James - tout comme dans le dernier Rock&Folk - « Guitarville ») avant d’avoir son propre studio, Sonic Studio sur Madison avenue à Memphis ("un bar à chaque coin de rue"). Quand Ross, archiviste (clin d’œil) en tant que bibliothécaire lui a demandé s’il sortirait un jour tous ses enregistrements fin 60’s / début 70’s, il lui répond qu’il utilisait toujours les mêmes bandes, donc effacées d’un enregistrement à l’autre (NDA : un peu comme à Swampland).

Pour revenir sur les NYD, Ross les a vus à Memphis en 1973, avec les Stooges en première partie, l’occasion d’interviewer Iggy, son travail chez Creem se résumant auparavant à rédiger des chroniques. À propos des chroniques, Ross évoque ces critiques qui vous font acheter un disque considéré comme hip ou cool, que l’on ne trouve bien souvent pas à son goût une fois mis sur la platine. Ross a ensuite suivi l’exemple d’Alex Chilton, qui se moquait qu’un disque soit hip ou cool, et achetait / écoutait uniquement ce qui lui plaisait, que ça s’appelle Bach, gospel, R’n’B, garage ou autre.

Ross évoque bien sûr quelques anecdotes de ses tournées avec les Panther Burns, « jamais le même line-up entre le début et la fin de chaque tournée », en général dans des clubs de 100 à 150 personnes, sauf cette fois, 1984, où ils ont été hués par des milliers de fan de Clash. Durant la première période 1979-80, jamais de soundcheck, il se faisait, ainsi que l’accordage des guitares, durant le concert. Il semble qu’il y avait des groupies des Panther Burns, à qui on a dit à plusieurs reprises : « comme elles ne vous voyaient pas venir, elles sont parties avec le groupe de première partie ».

Quand les Panther Burns sont devenus européens (Tav est parti s’installer à Vienne à l'époque - il vit désormais à Bangkok), Ross a été approché par Jeffrey Evans. Ross parle assez peu des Gibson Bros et de ’68 Comeback dans son bouquin.

Au fil des chapitres, sans logique chronologique, Ross évoque ses parents, son grand-père, qui lui a donné le goût de la boisson, sa femme et ses trois enfants  - « they deserve some privacy, it’s hard enough for them just having me as a parent », le Memphis d’avant et d’après l’assassinat de Martin Luther King au Lorraine Motel en 1968, passage très touchant sur son pote bassiste Roland Robinson, membre éphémère (époque « Life Sentence », 1991) des Panther Burns, du photographe Bill Eggleston...

Et des Cramps aussi, dont Ross est tombé amoureux dès qu’il a vu leur photo (époque Miriam Linna) dans le zine Rock Scene – « sans les Cramps, pas de Gun Club ni de Panther Burns » ; il les a rencontrés lors de la première Lx Chilton session en 1977 à Memphis, Lux et Ivy étant hébergés chez les parents d’Alex et Bryan et Nick chez Lesa Aldridge, dont l'appartement était situé à deux pas du studio Ardent. Bryan Gregory l’a particulièrement impressionné, à la fois par son look et sa gentillesse. Il dit aussi que Lux était the « ultimate front man », en studio comme sur scène, très gentil aussi, tout sauf prétentieux. Mais c’était Ivy la leadeure (néologisme ?) du groupe. Et bien sûr il admirait Nick. Ross a été leur gofer et chauffeur durant les quelques semaines que les Cramps ont passé à Memphis. Il précise que le look des Cramps n’a pas laissé les memphians indifférents.

Les chapitres consacrés à Lx Chilton, que Ross vénérait, même s’il n’a jamais été son meilleur ami, « il y a plein de gens qui se revendiquent comme ayant été des proches d’Alex depuis sa mort » - et de sa lover Lesa Aldridge, sont particulièrement gratinés. Suite à leurs nombreuses disputes, Lx avait effacé toutes les parties de Lesa (chant et guitare) sur « 3rd / Sister Lovers ». On peut néanmoins entendre Lesa en intro de « Downs », versions post 2011 de l’album. Dan vénère aussi les Klitz, dont faisait partie Lesa, et qui partageaient souvent la scène (mais pas que) avec les Panther Burns. Ross a même joué avec les Klitz au moment de leur reformation en 2006.

Ross pose aussi une question intéressante à propos du Rockabilly. Aucun des artistes Sun ou autres ne jouaient autre chose que du Rock’n’Roll. Le terme Rockabilly paraît être apparu plutôt durant les 70’s (US et UK), avec des gens (les artistes eux-mêmes et les fans) parfois plus intéressés par le look que par la musique. Je me permets de rajouter que je pense la même chose du psychobilly, arrivé la décennie suivante.

Voilà, c’était un petit échantillon de ce petit bouquin, qui est un régal. Ross, qui m’a même donné envie d’écouter Black Oak Arkansas, c’est peu dire (je me suis limité au premier album, no way), y parle de lui sans concession, beaucoup des femmes et d’autres personnages, toujours avec des pincettes. C’est un petit tirage de 200 exemplaires, avec déjà deux repressages. Il n’y a que quelques toutes petites photos, une par page. Ross ne se voit pas en grand…

Goner

Patrick Bainée

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