MASSEY FERGUSON MEMORIAL par Olivier Fenestraz
Si je vous dis Massey Ferguson. Vous allez penser aux célèbres tracteurs rouges, et vous aurez raison.
Et si je vous dis Le Massey Ferguson Memorial. Vous penserez sûrement à un musée consacré à ces machines, mais là vous aurez tort.
Eh oui, car Le Massey Ferguson Memorial, c'est le nom d’un groupe de musique.
Alors vous vous en doutez, avec un nom pareil, ils ne jouent pas du disco, ni du ska festif, mais bel et bien du rock’n’roll. Ou plutôt du rural rock’n’roll, de la country-punk, du swing-a-billy. Enfin, appelez ça comme vous voulez, mais dans une époque « lointaine », genre les 80’s, les monstres sacrés de ce style avaient auto-qualifié leur musique de ploucobilly, de pechnorock ou encore de pecorswing. Hey, les vieux, vous avez la réf’ ?
Alors on est d'accord, les Massey, comme ils se nomment en intimité, ne se pointent pas au concert en tracteur rouge, car ce sont des jeunes (ou moins jeunes) gens modernes et ils font comme tous les Parisiens, la ville où ils vivent depuis trente ans, ils prennent le métro.
Car les deux membres fondateurs des Massey, Christof et Carine, sont originaires de la Ville rose. Autrement dit, Toulouse, célèbre ville du Sud-Ouest. Et d’ailleurs, ça s’entend lorsque vous discutez avec Carine. Malgré trois décennies passées loin de sa terre natale, son accent chantant est encore à mille lieues de l’accent parigot.
Tous les deux ont donc quitté Toulouse au milieu des 90's pour venir faire danser et chanter les Parisiens, hum… ou plutôt les passagers du métro parisien. Car c'est dans les wagons du métro qu’a débuté l'aventure en duo, avec Carine au chant et Christof à la guitare-harmonica, et aussi occasionnellement au chant. À cette époque, c’était l’option qu’ils avaient choisie pour récolter de quoi se payer l’apéro à la terrasse des bistrots de la capitale. À cette époque aussi, pour ne pas effrayer les voyageurs, ils ne jouaient pas encore du rock’n’roll. Non, le duo reprenait des classiques de la chanson française du genre Fréhel, Arletty, Dutronc. La musique du diable est venue plus tard, à la toute fin des années 90.
En 1999, après quelques années dans les tunnels du métro, Christof et Carine ont décidé de sortir respirer l’air de la capitale. Car même pollué, c’est toujours mieux que l’air vicié des souterrains. Et cette fois-ci, prêts à jouer au grand air, ils ont recruté un autre guitariste, Fred, et en trio, « Le Massey Ferguson Memorial » a commencé à donner des concerts dans des bars. Mais Fred a quitté l’aventure après seulement quelques mois, et Christof et Carine se sont retrouvés tous les deux. Il a fallu attendre 2001 pour que les Massey passent à quatre musiciens. Enfin, avec plus ou moins de stabilité, car le démarrage n’a pas été facile, et il y a eu un va-et-vient intense avec les pièces rattachées. Comprenez, les musiciens additionnels. Mais tout est bien qui finit bien puisqu’à partir de septembre 2003 le quatuor a su surmonter les obstacles et a tenu bon. Ils se sont même retrouvés à cinq entre 2005 et 2014 avec Kemar en seconde guitare. Et cela fait plus de vingt ans que les Massey se produisent sur scène. Bien sûr, la majorité de leurs shows sont donnés à Paris et alentour mais ils jouent aussi régulièrement en province et même en Belgique.
Mais maintenant que vous connaissez les Massey, parlons un peu de leur musique. C’est quoi de la country-punk et autre rural rock’n’roll ? Et qui compose et écrit les chansons des Massey ?
Les textes, tous en anglais, ont été écrits à plusieurs mains. Toutefois, la plupart ont été écrits par Christof, mais Carine et Paul, un pote anglais du duo, ont également épaulé leur camarade guitariste.
Les textes racontent des histoires d’amours déçues, de soirées entre amis avec plus ou moins d’alcool à portée de main, ou encore des travers de la société et des ennuis qui en découlent parfois.
Et la musique alors ?
Oui, j’y viens. Mais avant de développer, les Massey ont eu plusieurs formations. En plus d’avoir eu deux guitaristes pendant près de dix ans, ils ont également eu un contrebassiste pendant quelques années, mais aujourd’hui ils jouent avec une basse guitare. Ce n’est pas un choix, les Massey font avec ce que leur apporte la vie.
Bon allez, assez perdu de temps. Parlons de leur musique.
Alors c’est Christof, qui en plus d’être auteur, est aussi compositeur et celui qui a composé toutes les musiques du groupe.
Et la country-punk des Massey ressemble à… euh non, leur country-punk rassemble du rock’n’roll joué speed, du swing-western dansant et même des cris de cow-boys que n’aurait pas reniés John Wayne. Le tout supporté par la guitare électrique un peu crunchy de Christof, avec bien sûr l’omniprésence de son harmonica, mais surtout, surtout, le chant de Carine avec sa gouaille et ses hiiii - haaa, avec un curseur monté assez haut dans les aigus. Attention aux personnes atteintes d’hyperacousie, ça pourrait vous piquer un peu. Pour les autres, pas de problèmes. Aucune raison de de ne pas apprécier ce groupe au style musical et au jeu de scène atypiques. Car en plus de leur musique originale, en concert, les musiciens sont habillés à la mode des années 50. Enfin, à la mode des années 50… en milieu rural. Notamment Carine. Sa tenue de cow-girl se compose en général d’un chapeau à la Steve McQueen dans le film les Sept Mercenaires, d’une chemise à carreaux nouée au niveau du nombril, d’une grosse ceinture, et d’un petit short en jean découpé à l’arrache au niveau que la décence m’empêche de nommer ici. Sans oublier la paire de bottes en cuir pointues, du genre qui pourraient enculer les mouches.
Au niveau de la production discographique, les Massey n’ont sorti qu’un seul album intitulé Anarchy dans la Valley, enregistré en 2008 lors d’un concert au Club à Paris 11e. Ils avaient pourtant fait un enregistrement en studio en 2002 mais la qualité n’étant pas au rendez-vous, cet enregistrement est parti aux oubliettes. Car oui, même si les Massey ne se prennent pas au sérieux, ils ne veulent pas non plus sortir un disque pour sortir un disque. C’est vrai, si c’est pour sortir un disque au son tout pourri et se griller auprès du public, il vaut mieux ne rien faire ou patienter.
Alors les Massey ont patienté, et ils ont bien fait car leur album enregistré en public vaut le détour, même s’il n’est pas évident d’avoir un super son sur les albums live, à moins de s’appeler les Ramones et d’avoir la logistique pour sortir cet album d’anthologie qu’est It’s Alive. L’album des Massey a été tiré à seulement 500 exemplaires, ce qui en fait un disque collector, et il est quasi introuvable aujourd’hui, à part lors de leurs shows. Cet album sorti uniquement en vinyle contient 14 titres. Quasi que des compositions, hormis une reprise en ouverture, intitulée Keep a Goin’ et tirée du film Nashville (1975) et d’une autre cover en numéro 13, Thanks a Lot, de Ernest Tubb. Le tout sonne très bien et reflète parfaitement leur style musical hors du commun.
Enfin maintenant que vous savez tout ou presque sur « Le Massey Ferguson Memorial », si vous voulez vous amuser, chanter, danser et boire un godet, foncez les voir en concert lorsqu’ils joueront à proximité de chez vous. Ou à défaut, allez sur YouTube, tapez le nom du groupe et laissez-vous guider par l’algorithme. Il vous transportera de votre fauteuil vers la campagne. Il ne vous manquera alors plus que l’odeur des bottes de foin et des bouses de vaches.
Et pour conclure, comme l’aurait fait Carine, si elle avait écrit cette chronique :
Hiiii haaaa !!!




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