YOU KNOW THE SINGER, NOT THE ALBUM – part 7 – CANDI STATON
Candi Staton
est notamment l’interprète de la meilleure version de « In The
Ghetto », je crois qu’Elvis était d’accord avec ça.
Les trois
premiers albums de Candi sont sortis sur Fame records et produits par Rick
Hall : « I’m Just A Prisoner » (1970), qui contient un morceau
composé par Dan Penn, « Stand By Your Man » (1971) et l’eponynous
« Candi Staton » (1972), celui sur lequel figure « In The
Ghetto ». Cette période Fame a depuis fait l’objet d’un double CD, « Evidence:
The Complete Fame Records Masters » (2011), qui comprend douze titres inédits en bonus.
Candi a
sorti de nombreux autres albums au fil des ans, d’abord chez Warner Bros, la
plupart excellents, à l’instar de Mavis Staples, une des rares autres living
legend / divas de la soul encore en activité, et bien d’autres titres sont
disponibles uniquement sur son bandcamp. C’est aussi une personne adorable, qui
a bien voulu répondre à mes questions à propos des deux morceaux composés par
Dan Penn qu’elle a repris, mais c’est une autre histoire.
Son tout
dernier album, « Back To My Roots », son trente deuxième,
sorti le jour de la Saint Valentin 2025, n’est pour l’instant disponible qu’en
téléchargement sur les plateformes habituelles. Il n’a rien à envier aux trois
premiers albums et c’est mon album favori de l’année 2025. Sur la cover, on
voit Candi dans un champ (de mimosas ?). Je ne pense pas que la toujours
très belle Candi ait travaillé dans les champs, le titre de l’album est une
référence à ses racines, le gospel, la soul, retour qu’elle avait entamé avec l’album
« Who’s Hurtin’ Now? », en 2008.
Avec quatre
fois « God » et une fois « The Lord » présents dans les
titres, on peut en effet deviner qu’on a à faire à un album gospel, du genre
moderne, que certains pourraient même qualifier d’Americana.
L’album, produit
par Candi et son fils Marcus Williams, est pour moitié composé d’originaux
écrits par l’artiste et pour moitié de reprises. Il débute et se termine par
deux morceaux sublimes (10/10, je vous rassure, le reste est 9,5/10). Parmi les
reprises, il y a « Shine A Light », un morceau signé Jagger /
Richards et dédié à Brian Jones (« Exile On Main Street », 1972),
sublimé ici. Une autre reprise est signée Al Green, Candi reprend Elvis également.
L’album,
souvent ponctué de chœurs féminins et masculins, débute par des morceaux lents
et évolue vers des titres mid tempo, voire presque rap pour « 1963 »,
dans lequel Candi se rappelle de cette église à Birmingham, Alabama.
Les chansons
sont toujours optimistes, comme dans ce magnifique titre de gospel moderne « Hang
On In There (God Is At The End Of Your Rope), dans lequel Candi déclare
« we’re gonna win, we’re all winners ».
Vous l’aurez
peut-être deviné, je vais ici détailler les douze morceaux qui composent cet
album fabuleux.
L’album commence
par « I Miss the Target Again », un morceau soul blues mid-tempo
qui montre que Candi est toujours aussi talentueuse en tant
qu'auteure-compositeure et chanteuse. Veut-elle dans ce titre (un peu comme
Arthur Alexander) dire qu’elle est décalée par rapport à son public potentiel ?
C’est vrai que Candi, hors période disco, n’a pas eu le succès que son talent
aurait mérité. En tout cas, Candi n’a pas peur de cette « musique du
diable », telle qu’on qualifiait le blues quand elle était enfant.
Le standard
« It's Gonna Rain » est interprété en duo avec la sœur ainée
de Candi, Maggie Staton Peebles. Elles étaient toutes deux membres du Jewell
Gospel Trio dans les années 50 ; Candi a aussi tourné avec Mahalia Jackson
et Sam Cooke quand elle avait 13 ans. « It’s Gonna Rain » est une
balade que leur mère leur chantait quand elles étaient enfants, ainsi que Candi
l’explique en intro du morceau.
« Hang
on In There (God Is At The End Of Your Rope) » est un nouveau morceau composé
par Candi, mid tempo, quasi funky, agrémenté de jolis chœurs masculins.
« Shine
A Light », le morceau des Stones, donc, que Candi avait eu l’occasion
d’enregistrer en Angleterre avec le groupe british soul Push, lors d’une
tournée en 2023. Candi : « J'adore le résultat, nous y avons
ajouté une chorale et notre propre touche ». C’est en effet une des plus
grandes réussites de l’album. Candi : « Je pense que les Rolling
Stones devraient apprécier ma version. J'ai fait de mon mieux pour imiter Mick
Jagger et je comprends maintenant pourquoi ils l'ont écrite ».
« The Lord Will Make A Way Somehow », avec son orgue d’église, est un titre extrait de l’album eponymous d’Al Green, composé par le père de la musique gospel Thomas Andrew Dorsey.
« God’s
Gonna Use Me » est interprété en duo avec Karen Bryant sur un rythme
syncopé, légèrement reggae.
« There
Will Be Peace In The Valley » est un autre morceau de Thomas Andrew Dorsey,
interprété auparavant par Mahalia Jackson et Elvis Presley. Interprétation
partagée à nouveau avec la sœur ainée de Candi.
« 1963
», morceau original de Candi interprété en mode presque rap est une tearjerking
réflexion à propos du 15 septembre 1963, date à laquelle quatre jeunes filles
noires ont été tuées lors d’un attentat à la bombe contre une église de
Birmingham, en Alabama. « J'étais en ville ce jour-là et je me souviens du
chaos et de l'horreur qui ont suivi l'attentat », se souvient Candi. « Penser
à la façon dont le racisme et la haine ont poussé ces hommes à tuer ces filles
était tellement bouleversante que je n'ai pu enregistrer la chanson qu'en une
seule prise ». J’ose comparer cette chanson avec « My Own Eyes »
de Mavis Staples, sujet différent, quoique, même émotion. Comme quoi les choses
n’ont pas tellement changé. Candi tient par ailleurs le rôle principal dans un
nouveau film, « I'll Take You There » (tiré d’un titre des Staples), qui
retrace l'histoire de la musique et des droits civiques en Alabama.
« Reach Down And Touch Heaven For Me » est un morceau bluesy, composé et interprété par Candi seule au piano (elle a été pianiste d'église dans les années 60). C’est un morceau en faveur des sans-abri.
« Love
Breakthrough » sonne comme un hommage à Diana Ross & The Supremes,
avec comme message que l'amour est le seul remède à la haine.
On pourrait
croire « My God Has A Telephone », chanté en duo avec Willam
Bell, enregistré au studio Malaco, Jackson, Mississippi.
L’album se
termine par une balade sublime qui, avec la présence de synthétiseurs, détonne
un peu du reste de l’album. « In God’s Hands We Rest Untroubled »
a été composé par la chanteuse country Lari White ». Candi : «
Lari m'a envoyé cette chanson il y a au moins dix ans, et je l'ai toujours
adorée. La maison de disques ne la voulait pas sur l'album, alors je l'ai
gardée pour moi ». C’est un morceau dont l’ambiance me rappelle « One
Of These Days » de Dan Penn qui n’aurait pas déparé sur l’album « His
Hands » (2006). Merci pour ce morceau bonus, Candi.
Si l'amour est omniprésent dans ces douze chansons, Candi Staton et son équipe explorent également les inégalités sociales, l'injustice raciale, le pouvoir de la foi et bien d'autres sujets.
On dit
parfois d’artistes : « ils ne sont plus ce qu’ils ont été. Cette
rubrique, et ce disque en particulier, essaye de prouver le contraire. Vous pourrez aisément l'écouter sur Youtube. Mieux : achetez-le.
Longue vie à
Candi, qui a surmonté de nombreuses épreuves durant sa vie.
Patrick
Bainée
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