PIERRE - AKA ÉDOUARD NENEZ par Olivier Fenestraz
Il y a les monstres sacrés dont la simple évocation du nom procure instantanément des émotions, des souvenirs et autre nostalgie, tel que Ramones, Sex Pistols, The Clash, ou encore, puisqu’on est en France, La Souris Déglinguée, Parabellum, OTH, Bérurier Noir, Les Rats. Et puis il y a les autres, ceux qui, pour différentes raisons, n’ont pas réussi à sortir du lot dans ce milieu musical saturé par des tonnes de groupes.
Pour quelles raisons ne sont-ils pas sortis du lot, me direz-vous ? Oh, il doit y avoir des tas de raisons. Peut-être n’ont-ils pas su saisir leur chance lorsqu’elle s’est présentée, ou bien, ils étaient trop en avance sur leur temps. Ou alors, ils n’étaient pas assez assidus à leur tâche, pas assez bosseurs en quelque sorte et pratiquaient la musique en dilettante. Ou que sais-je encore ? Ce n’est pas moi qui choisis qui deviendra célèbre. Je ne suis qu’un simple chroniqueur qui rédige des articles.
Et dans cet article, je ne vais pas vous parler d’un seul groupe de rock, mais de trois groupes de rock !
Enfin, je vais surtout parler du chanteur de cette trilogie qui est passé à deux doigts de la vie d’artiste en version H24. Et pas la peine de faire durer le suspens car le prénom de ce personnage ne vous évoquera pas grand-chose. Surtout avec un prénom aussi répandu que Pierre. Oui, il s’appelle Pierre. Je conviens que ça ne sonne pas aussi bien que Joe, Lemmy ou Joey, ou puisqu’on est en France, je le répète, Spi, Taï-Luc ou Schultz.
Néanmoins, Pierre a beaucoup roulé, mais il n’a pas amassé autant de mousse qu'il l’aurait voulu……….ou mérité ? Par contre, des mousses, il en a bu pas mal, mais ce n’est pas le sujet.
Encore une fois, Pierre n’est pas devenu une légende du rock’n’roll hexagonal. Pourtant, il fait partie des pionniers du genre puisqu’il a commencé en 1981, à l’âge de dix-huit ans, en compagnie de Mao Trouble, son ami d’enfance, à casser les oreilles de la grand-mère de ce dernier chez qui ils répétaient. En effet, Pierre a poussé ses premiers cris de rocker énervé dans le garage de cette retraitée bretonne qui devait probablement porter des boules Quies tandis qu’elle préparait un kouign amann.
Et ça n’était pas simple pour lui d’être rocker car il vivait dans une famille catholique assez conservatrice où le rock’n’roll était inconnu ou banni, ignoré dans tous les cas. Et malgré le fait qu’il soit né « cette année-là », celle où « le rock’n’roll prenait son envol », ses parents, alors âgés d’une vingtaine d’année, étaient sans doute trop assujettis au carcan de l’église pour apprécier la « musique du diable ».
Comme la majorité d’entre nous, Pierre a rencontré le rock au lycée. Demi-pensionnaire au lycée Bossuet à Lannion, il allait au foyer des garçons (l’école était mixte mais pas les foyers) après la cantine. Dans cet antre qui sentait la testostérone à peine pubère, la jeunesse de France pouvait écouter des vinyles. Les moins jeunes choisissaient souvent Pink Floyd ou Vangelis mais aussi ZZ Top, Blue Oyster, Cult ou même parfois Motorhead, et Pierre trouvait ça assez intéressant.
.jpg)
Franz Kultur
Mais l’élément déclencheur de la naissance de son premier groupe
fut la tournée d’été de Starshooter, en 1981. Une tournée des
plages de l’Atlantique avec Fance Inter pour la promotion de
l’album « Pas Fatigué ».
Ça faisait déjà deux
ans que ce jeune breton carburait au punk rock, après avoir
découvert Strychnine (de Bordeaux) grâce au journal des lycéens,
pris London Calling en pleine gueule sur les conseils d’un camarade
de classe et avoir remonté le fil jusqu’aux Sex Pistols et autres
Buzzcoks ou Devo.
Et c’est avec Mao Trouble avec qui il a assisté à ce fameux concert de Starshooter que dans la foulée, ils ont commencé à essayer de faire du rock dans le sous-sol de la grand-mère. Quelques semaines plus tard, Franz Kultur et les Kramés était né.
Petit aparté : cet article traitant de trois groupes, j’ai décidé d’afficher les membres de chaque groupe au début du paragraphe les concernant. Car tous les membres d’un groupe sont importants.
Franz Kultur et les Kramés (FKK), ce sont :
Chant : Pierre Berger
Clavier : Luc Berger (le frère de Pierre) puis Guillaume Lebrun
Guitare :
Graton Laveur (Olivier Geffroy)
Basse : Mao Trouble
(Jean-Paul Moreau)
Batterie : Charles Rinit Alergic De
Saint Brice (Erwann Brouillard)
Roadie- Ingé Son : Bovver
(Marius Mazoyer)
Difficile de définir le style de FKK. Je dirais que c’était un mélange entre punk et cold wave, mais les frontières étaient poreuses car la new wave et le post punk étaient en plein bouillonnement dans ces années-là. Donc, FKK empruntait à la fois aux Buzzcocks, aux Bérus ou à Devo et aux Cure. Pas évident à associer ces différents genres musicaux mais FKK a réussi à l’époque à en tirer le meilleur de chacun. Et le résultat était à la hauteur.
En ce qui concerne la production musicale, FKK a une production famélique, en considérant que le groupe a été actif de 1981 à 1987. En effet, en 1983, FKK a auto-produit une cassette démo 6 titres enregistrés au studio la Troisième Oreille à Trémuson (Près de Saint Brieuc) intitulée « Néo Gloque After Goûter » (la faute d’orthographe est délibérée). C’était aussi la définition de leur style musical quand on le leur demandait. Vous voyez, j’ai pas menti quand j’ai dit que leur style n’était pas facile à identifier.
Ils ont également le morceau Ouest-France, sur la superbe compilation « 1984 The Second » (New Wave) grâce auquel beaucoup de gens les ont découverts. D’ailleurs, les jeunes punks bretons avaient trouvé cet événement assez fou car ils se retrouvaient sur une compil regroupant les groupes français en vogue ainsi que d’autres venant du monde entier. Néanmoins, ils avaient trouvé très bizarre le fait que l’intro de leur morceau ait été tronquée, sans aucune explication.
Voilà le peu de traces musicales de FKK. Toutefois, en 2010, le label Mémoire Neuve a eu la bonne idée de rééditer un vinyle qui reprend les morceaux de la K7 plus des morceaux live enregistrés en 1984-85.
Et puisqu’on parle des concerts de FKK. Approfondissons le sujet.
De par ses origines bretonnes, c’est essentiellement dans cette région que le groupe s’est produit en public.
L’un des concerte les plus marquants est sûrement celui à Rennes en 1985, au festival HexaRock. Pierre et les siens avaient assuré la première partie de Kas Product et avaient joué devant 1500 personnes.
Un autre concert qui fait de l’effet sur un CV, ce fut l’année suivante, FKK avait ouvert pour les Bérurier Noir, à Saint-Brieuc.
Aussi, comme une grande partie des groupes de rock bretons, FKK a également joué à la capitale, au Gibus et au Cithéa.
Au total, FKK a donné une quarantaine de concerts, certains devant des audiences plus intimes, mais avec toujours une bonne énergie.
Enfin, en 1987, FKK s’est arrêté sans heurts et pour une raison simple : plusieurs membres devaient partir finir leurs études à Rennes ou à Paris. Toutefois, le groupe a tiré sa révérence avec un dernier face à face avec le public à Vieux Marché dans une salle des fêtes. Comme FKK avait changé plusieurs musiciens, pour l’occasion, il s’appelait Franz Kultur et les Princes de Bretagne. Un clin d’œil pour annoncer subliminalement le nom du prochain groupe de Pierre.
.jpg)
Perché
Avant de conclure et de passer au groupe suivant, donc avec un nom
avec dedans « les Princes de Bretagne », signalons
quand-même un dernier sursaut de FKK avec une reformation éphémère
pour un unique concert à Callac au Bacardi le 19 novembre 2011. Et
d’après mes sources, le concert avait été très cool !
Avant de dévoiler le nom complet du deuxième groupe dans lequel Pierre a sévi, voici ceux des musiciens qui l’ont accompagné :
Chant :
Pierre Berger aka Édouard
Guitare : Fred Weil,
Cyril Aubert, Jacques Gies, Florian « Effello »
Gauvin
Basse : Frédéric Mercier, Steeve
Lafourcade
Batterie : Gildas Debaussart
Claviers :
Thierry Leray, Gilles Bussières
Tous les membres étaient
affublés de pseudos bretonnisants comme Alan Bihoué, Oscar Antec,
Roland Derneau etc. Ah ben oui, Pierre-Édouard est un vrai breton.
Vous l’aviez deviné je suis sûr !
Et maintenant, parlons d’Édouard Nenez et les Princes de Bretagne. Oui, c’est avec ce nom à rallonge et avec un jeu de mots humoristique que Pierre est remonté sur scène en 1993. L’humour sera d’ailleurs un peu le fil conducteur de ce groupe définitivement plus punk que FKK. Enfin, quand je dis humoristique, Pierre préfère utiliser le terme d’auto-dérision. Un exemple : il aurait pu écrire une chanson pour dire, « la religion c’est de la merde », au lieu de cela il a choisi de faire pendant les concerts une fausse messe en chantant « Prions le chou-fleur », avec une chanson qui parle de l’adoration des légumes « Princes de Bretagne ». Le fond est le même, la forme peut paraître outrancière ou ridicule mais pour lui, cette façon de faire était punk. C’était la preuve par la débilité d’appuyer le fond de sa pensée. Et ça a d’ailleurs donné le nom au groupe aussi.
Édouard Nenez a duré une vingtaine d’années. Vingt-et-un pour être exact. Et durant cette période, contrairement à FKK, Édouard Nenez a eu l’opportunité de sortir quatre albums studio. Aucun album live. Pourtant en concert, les shows étaient très visuels et énergiques et un album live, ou même un DVD, aurait largement mérité une place dans votre discothèque. En effet, les musiciens portaient des kilts et des marinières. Pierre, lui, se déguisait en piochant des trucs et des machins dans sa grosse malle posée sur scène à côté de lui. En fait, leurs shows oscillaient entre concert de punk et carnaval décadent. Façon Bérurier Noir ? Mouais, pas vraiment, car seul Pierre se déguisait. Et puis surtout, le groupe offrait une plus grande variété musicale.
Par contre, à défaut d’album live, Édouard Nenez et les Prince de Bretagne ont tourné six clips vidéo.
Le plus connu et le plus pro est incontestablement celui pour la chanson « Connards en camping-car ». Une grosse production avec une équipe professionnelle et un vrai réalisateur : Phillipe Prouff.
Comme celui-ci voulait un rendu type Scopitone, une petite partie 60’s a été ajoutée au début du morceau : « Youpi Youpi c’est les vacances ».
L’équipe a tourné le clip dans la commune de Saint Cast le Guildo, en un week-end à la fin du mois d’octobre. Le soleil était au rendez-vous. La chaleur, pas vraiment.
Les autres clips sont tous intéressants, bien que dans des styles différents. Mais aussi, produits avec moins de moyens. Et oui, il n’y a que pour les monstres sacrés que l’on dépense des fortunes en clips vidéo !
Pour en revenir aux concerts, bizarrement, alors qu’Édouard Nenez a duré bien plus longtemps que FKK, il a eu beaucoup moins de reconnaissance et a rarement été invité à des festivals, ou alors sur un quiproquo, car les gens pensaient que c’était un groupe « festif ». Donc peu de gros concerts, mais plein de bons moments et d’endroits dingos, des week-ends en Bretagne, à Bergerac ou ailleurs avec leurs potes de Brigitte Bop, de Garage Lopez, pour ne citer qu’eux.
Et puis en 2014, vingt-et-un ans après la création du groupe, Pierre a mis fin à Édouard Nenez et les Princes de Bretagne, un peu sur un coup de tête. Il traversait une période personnelle compliquée et il était vraiment à bout nerveusement. Il était irritable et ne se sentait plus de continuer. Il faisait sûrement ce qu’on appelle aujourd’hui, un burn out. Bien qu’il reconnaisse qu’il aurait pu faire les choses de façon plus classe, il ne regrette rien de l’aventure du groupe, mais il est un peu désolé d’avoir fini l’histoire de cette façon. Il aurait préféré clore ce projet plus proprement. Mais il était vraiment largué à ce moment-là.
Et puis en 2022. C’est la résurrection ! Contre toute attente et alors qu’il fête ses 60 ans, Pierre décide de refaire de la musique. Il faut dire qu’il avait pas mal de textes en réserve. Des vieux textes un peu oubliés et puis des tous nouveaux car son cerveau carburait encore. Alors, cette année-là, il a racheté un logiciel de M.A.O (un truc électronique qui permet de faire de la musique) Et c’est ainsi qu’est né Perché. Au départ, un projet solo.
Avec les membres (qui rejoindront l’aventure plus tard) :
Chant : Pierre Bergé.
Guitare :
Romain Sébillaud
Basse : Boris Perrot
Batterie :
Christophe Joannes
Claviers : Jean-Christophe Colas
Avec ce dernier projet monté tout seul, il a débuté en sortant un EP numérique (sur Bandcamp) de trois titres, dans un style plutôt cold-wave. Un peu comme un retour aux sources vers FKK. Ensuite, il a composé des morceaux plus électro-rock qui sont sortis sur le premier album de Perché : « Là-Haut ». Mais toujours en version solo.
Comme il joue très mal de la guitare, il a demandé à Florian « Effello », le dernier guitariste des Princes de Bretagne de bien vouloir jouer sur l’enregistrement. Ensemble, ils ont enregistré les voix et la guitare au studio Résonance 93 à Pantin, avec l’aide de Joshua Hudes à la technique. Le reste des instruments c’étaient des pistes numériques avec des synthés. Joshua a ensuite fait tout un travail de mixage et de production artistique. Et grâce aux talents de Florian et de Josh, c’est devenu un vrai disque d’électro-punk.
Et en juin 2023, des labels (Trauma Social, Konstroy, Zone Onze, La Distroy) ont sorti le disque en support physique : un CD Digipack.
Et puis comme il était content du résultat, Pierre a persisté.
.jpg)
Edouard Nenez
Fin 2024, il est retourné en studio, au studio French Noise, pour
enregistrer les voix et pour ce nouvel album, Bruno Lopez (du groupe
Garage Lopez) joue la guitare. C’est Axel Quignon qui a cette
fois-ci fait l’enregistrement et le mixage. Il a aussi proposé de
remplacer la basse électronique et la batterie synthétique par de
vrais instruments. Ainsi, Alex a tout rejoué, basse et batterie. Et
le résultat est encore plus punk-rock que le premier album, surtout
que le tempo avait sensiblement été augmenté sur les compositions.
Encore une fois, grâce au travail du guitariste et du producteur-instrumentiste le résultat est excellent.
Et donc en mars 2025, sort l’album « Pourquoi ? », en CD Digisleeve avec des nouveaux labels (Trauma Social, Zone Onze, Prisonnier du Son et 442 éme Rue).
Comprenant que l’aventure prenait de plus en plus forme, Pierre s’est dit pourquoi ne pas remonter un vrai groupe, avec des musiciens fixes. Car pour lui, la musique est faite pour se partager, rencontrer des gens et échanger des émotions. Alors il a passé des annonces pour trouver des musiciens dans la région d’Auxerre où il habite maintenant. Ça n’a pas été facile de les dégoter dans ce coin de France, mais avec un peu de patience, ça a fini par arriver. Ainsi, Perché en version groupe réel a commencé à répéter début 2025, à peu près au moment de la sortie du deuxième album, et à donner des concerts.
Alors que souhaiter pour Pierre, ce monstre sacré méconnu…….. euh….…ça existe ?
Eh bien, comme tous les groupes, Pierre et les siens cherchent des concerts. Et vous pouvez les contacter via leur site internet : https://perchepunk.fr/ ou leur page Facebook : https://www.facebook.com/Perche.PunkRock/.
Olivier Fenestraz
Commentaires