RENAUD TRALET - ATTACHÉ DE PRESSE : "Ce que j'aime avant tout dans ce métier, c'est l'accès à l'argent facile et la vie luxueuse et sans effort qu'il procure. Nan, je déconne."

Renaud Tralet, photo de Antoine Cardi

Dans l’ombre des projecteurs, il y a celles et ceux qui font vivre les groupes peu connus et les aident à trouver leur public. Attaché de presse passionné, Renaud Tralet accompagne ces artistes souvent loin des circuits médiatiques traditionnels, avec une mission essentielle : faire entendre leur voix, créer des rencontres et donner une chance à leurs projets d’exister. 

Tu es actuellement l’attaché de presse de Kino Frontera et des No Jazz Quartet, pourrais-tu d’abord nous parler de ces musiciens : pourquoi eux et pas d’autres ?


Alors déjà, la première réponse, c'est que j'aime ce qu'ils font et que je crois en leur musique. C'est pas démago, si je défends des groupes qui se taulent et que de ce fait je ne leur fais rien obtenir, ça va pas me donner une belle publicité.

L'autre réponse c'est que ça s'est fait comme ça. Je passais à Marseille, je suis allé voir Sonic Polo des No Jazz Quartet, que je connais, parce que je venais de découvrir leur premier album que j'ai adoré. Il était à sa boutique (il est co-gérant du disquaire Lollipop.) En discutant j'ai appris que personne ne faisait la promo radio de cet album, alors je me suis proposé sur un coup de cœur. J'avais déjà fait ça mais pour mon propre album. Kino, lors d'un autre passage à Marseille j'ai pu assister à une session d'enregistrement de son album, et ça a été un moment très fort. Il a voulu travailler avec moi parce qu'il a entendu parler de moi par les No Jazz Quartet, et je lui ai dit oui avec grand plaisir.

Qu’est-ce qu’un attaché de presse ? As-tu fait des études pour le devenir ?


En fait je me suis retrouvé attaché de presse sans même savoir précisément ce que c'était. C'est Sonic Polo qui m'a présenté comme l'attaché de presse des No Jazz Quartet à plein de gens, en fait je faisais leur promo radio particulièrement sur le réseau indépendant Ferarock. Donc voilà, j'étais attaché de presse, avec des résultats puisque leur premier album est entré dans le classement des diffusions de la Ferarock durant deux mois. Et on a fait mieux avec leur deuxième album, qui a été album de la semaine du réseau et est installé à la 7ᵉ place de ce classement depuis deux mois. Enfin, la consécration : 1ᵉ au Top des Monstres Sacrés (mais quel démago...) En vrai, un merci sincère.

On s’imagine que seuls des grands groupes qui ont beaucoup de succès ont besoin d’une telle aide. Quelle est, à ton avis, la différence entre un attaché de presse d’un groupe qui brasse des millions et celui qui brasse quelques euros ?


J'en sais rien. Concrètement j'ai juste deux constats à faire : je gagne sûrement moins d'argent que les premiers et je n'échangerais ma place avec eux pour rien au monde.

Comment arrives-tu à te créer un bon carnet d’adresses, quelle est ta méthode de travail afin d’obtenir des opportunités pour les musiciens que tu accompagnes ?


Eh bien pour les radios je prends mon téléphone et j'essaie de convaincre, et point de vue clients mes résultats sont ma publicité. Jusqu'ici, je n'ai démarché aucun artiste ou groupe, c'est eux qui sont venus me chercher. Pour la presse, on cherche sur internet, on reçoit des tuyaux d'amis et/ou de clients...

Est-ce que tu échanges beaucoup avec d’autres personnes exerçant le même métier ou caches-tu tes « trouvailles » de peur qu’un autre ne les utilise (je veux dire par là une nouvelle adresse par exemple) ?


A vrai dire pas des masses d'échanges parce que j'ai commencé en indé, avec mon enthousiasme et mon couteau (on va dire ça comme ça). Après cacher ses trouvailles... J'ai pas été confronté à ça pour le moment, j'ai déjà partagé des plans avec des gens qui en avaient besoin, et reçu de la même façon. Après, à un certain niveau c'est peut-être plus compétitif mais je ne vis pas cette réalité-là (tant mieux pour moi.)

Depuis combien de temps exerces-tu cette profession et quels en sont les plaisirs que tu en retires ?


Ce que j'aime avant tout dans ce métier, c'est l'accès à l'argent facile et la vie luxueuse et sans effort qu'il procure. Nan, je déconne. C'est un truc de passionné, je défends des artistes et en même temps des personnes que j'aime. Ça a un côté Blues Brothers, je suis en mission pour le Seigneur pour ceux qui connaissent le film (même si je suis athée mais bon on va pas s'emmerder pour des détails.) Y'a une vraie mission pour défendre la scène marseillaise, des contacts avec des gens investis et passionnés (les programmateurs et programmatrices de la Ferarock sont des bénévoles par exemple.) Et puis réussir à donner de la visibilité à un artiste que je défends c'est une vraie fierté, y'a cette joie de faire avancer les projets de gens qu'on aime et dont on aime le travail, c'est vraiment un travail très valorisant et qui me procure un sentiment de liberté. J'ai travaillé dans une autre vie comme sociologue sur la souffrance au travail. J'ai passé tellement d'heures en entretien avec des gens cassés parce que leur travail n'avait plus de sens à leurs yeux. C'est une vraie liberté pour moi d'échapper à ça.

Quels ont été tes grands moments dont tu es particulièrement fier ?


Ah ben là, découvrir le dernier album des No Jazz Quartet à la 7ème place du classement de la Ferarock, j'étais content. C'est quand même un réseau national ! Et le même mois, j'avais Kino Frontera dans le classement, il y est depuis 4 mois, pas mal pour un attaché de presse au débotté, deux projets classés ! Après je me mets en avant parce que l'interview est sur mon taff' mais c'est plus leur réussite que la mienne en vrai. Avec de mauvais albums je pourrais rien obtenir.

Raconte-nous ta journée typique, et plus particulièrement une avec du succès et une pour laquelle tu penses que tu n’aurais pas dû te lever ; )


Là sur la promo radio du dernier No Jazz, dès le premier jour j'avais pas mal de programmateurs et programmatrices au téléphone (parce qu'une bonne partie du boulot c'est de réussir à les avoir), les échanges étaient bons, je sentais que ça partait bien... Alors oui y'a une vraie joie au moment du résultat final mais c'est avant que ça se joue, et une bonne partie de ce qu'on ressent au final vient de cette fierté de voir ses intuitions du début confirmées voire dépassées.


Une mauvaise journée ? Je bosse parfois avec des réseaux radio moins investis (je jette un voile pudique sur les noms) et quand on passe une journée à appeler partout, que personne ne répond, que tout le monde là-dedans donne l'impression de littéralement s'en foutre, bon, je vais pas mentir, ça me gonfle pas mal.


La journée type ? Hé bien le matin avant dix heures, je regarde où j'en suis dans mes démarches, qui je vais essayer de contacter, je prépare éventuellement mes mails (faut pouvoir les dégainer à la seconde en pleine discussion). Ensuite les programmateurs/trices commencent à être dispo, c'est le début des appels. Fin de matinée, c'est fini, un petit moment cuisine pour me détendre, je mange, et à 14h je reprends le téléphone jusqu'à 18h en règle générale. Allez si j'ai bien avancé et qu'il fait pas trop moche y'aura bien une petite marche l'après-midi.

Quelles sont les occupations que tu aimes le plus faire en tant qu’attaché de presse ? De la même manière, de quoi n’as-tu pas envie :) ?


Le cœur du métier ce sont les échanges avec les artistes et les programmateurs/trices. Y' a un paquet de bons moments, ça commence dès qu'on se fait envoyer les albums des artistes, on les découvre avant tout le monde, je suis un vrai gosse dans ces moments-là. Evidemment le moment le plus parfait c'est quand on annonce un super bon classement à un artiste, mais je l'ai déjà dit, ce n'est que l'aboutissement d'une démarche, ça viendrait tout cuit comme ça, ça serait pas terrible je crois. Ce qu'on n'a pas envie de faire ? Annoncer des mauvaises nouvelles.

As-tu des modèles ? Quelles sont pour toi les références absolues pour un attaché de presse ?


En fait mon modèle c'est mon ancien manager, Sophiane Louaïl, que je salue, car j'ai une carrière d'artiste aussi. Alors lui il bosse hyper bien et j'ai pas mal copié son travail, sans doute en moins bien.

N’a-t-on pas envie de ne plus faire partie de la machine de promotion et de dire à certains d’aller se faire f….e ;) ? As-tu un exemple sans le nommer ?


Pour le moment j'ai pas ce genre d'exemple. J'ai le bonheur de pas faire partie d'une machine. Ah, ça paie pas des masses mais c'est un choix. Je suis plutôt dans un village, et j'y apporte souvent des bonnes nouvelles à des gens que j'apprécie. Donc dire d'aller se faire f... J'ai cherché deux minutes je vois pas d'exemple, j'ai pu en oublier mais visiblement ça m'a pas marqué.

À une époque, il y a eu le slogan « Qu’est-ce qui fait marcher Tapie ? », et toi qu’est-ce qui te fait marcher ?


Le plus honnête c'est de dire que j'en sais rien et que je m'en fous tant que ça me plaît. Je crois que c'est Kant qui écrivait qu'on atteint le plus souvent le bonheur sans savoir réellement comment ni ce qui le constitue. Après évidemment y'a cette joie de faire ce qu'on aime en aidant des gens qu'on aime. C'est pas trop dégueu, non ? Sinon le truc ringard du surhomme self-made man (que c'est idiot, faux et pauvre...) je trouve ça complètement naze. C'est vraiment ma définition d'une vie de merde. Tapie, il vivait de subventions publiques avec lesquelles il rachetait des entreprises où il virait des gens avant de recommencer. C'est pas les mêmes choses qui nous font marcher, ça c'est clair. Lui, il a eu son yacht (qu'il a perdu,) moi j'ai des gens qui me respectent. Chacun son objectif.

Parle-nous de ta carrière solo...

En fait, je me suis lancé sur scène après avoir enseigné la sociologie et l'anthropologie à l'université de Caen, ce qui explique largement mon pseudo d'alors : Triste Tropique. C'est inspiré du célèbre roman de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss (un de ses seuls livres que je n'ai pas lu.) Le titre du livre est au pluriel, mais comme moi je jouais solo et que je suis plutôt singulier... A mes débuts, je chantais déjà uniquement mes propres compos (ou presque) en français, seul à la guitare, mais j'étais plutôt dans un style bossa-nova et mes textes étaient souvent tristes et ironiques (ça explique aussi le pseudo.) 

J'ai sorti un premier album intitulé "Brûlés," qui a intégré le classement du réseau Radio "Quota" et j'ai réalisé plus de 120 concerts, calant deux intermittences en tant qu'auteur-compositeur-interprète. 

Puis je me suis consacré à d'autres projets et suis revenu à la musique l'année précédant le covid, ce qui va largement influencer la suite. Relançant Triste Tropique en trio avec deux amis marseillais (dont Laurent Alexandre, clavier sur l'album "Twice Upon A Time" de Kino Frontera) je suis descendu pour une série de concerts à Marseille... Juste avant le confinement. A tel point que le premier concert de cette série a eu lieu un vendredi 13 mars, veille du confinement, et que dans ce contexte le concert a été un flop, il n'y a eu que deux spectateurs ! 

Je me suis retrouvé confiné à Marseille durant 3 mois chez Laurent, mais lors du concert raté du vendredi 13 j'ai rencontré Jearc, qui faisait le son dans la salle mais possédait aussi un studio d'enregistrement. Il a fait un mix des quelques morceaux que nous avions joué malgré tout lors de cette soirée-là, ça nous a plu à fond et du coup j'ai décidé d'enregistrer mon album à Marseille, chez lui. Je l'ai finalement signé de mon vrai nom, Renaud Tarlet, Jearc et moi sommes devenus amis, et il m'a mis en contact avec nombre de musiciens marseillais qui étaient ses clients. 

Du coup ça m'offre une petite anecdote à te raconter. En enregistrant mon album, j'étais encore loin d'imaginer que j'allais devenir attaché de presse. A la même période, le groupe No Jazz Quartet faisait régulièrement des enregistrements au studio de Jearc, le Local Studio 54, d'où allaient sortir ses albums, "You're Gonna Leave The Building Soon" puis "The Storm is Coming" que vous avez beaucoup apprécié et mis en avant aux Monstres Sacrés. 

Il se trouve donc que Jearc m'a proposé d'assister à une après-midi d'enregistrement des deux guitaristes du No Jazz : Sonic Polo et James Mc Clellan. Je connaissais Polo de vue en tant que cogérant du disquaire Lollipop, mais c'est vraiment là qu'on peut dire qu'on s'est rencontrés.

Le truc amusant, c'est que les guitares enregistrées en ma présence cette après-midi-là étaient entre autres celles de "It Was Worth It," un titre que les No Jazz n'allaient pas sélectionner pour leur premier album... Mais au final sur leur deuxième, "The Storm Is Coming." Ce qui est marrant, c'est que je me suis retrouvé par hasard à une session d'enregistrement d'un morceau que j'allais défendre plus d'un an plus tard en tant qu'attaché de presse, et au moment de l'enregistrement, je rencontrais juste les deux guitaristes et on n'avait pas la moindre idée qu'on travaillerait ensemble, ni même de l'album sur lequel termineraient les guitares enregistrées lors de cette session. 

Merci Renaud

Alors voici des liens vers les albums ou clips de mes artistes (comme ça vous me voyez faire mon boulot) :




No Jazz Quartet : https://nojazzquartet.bandcamp.com/album/the-storm-is-coming




Kino Frontera : https://kinofrontera.bandcamp.com/album/twice-upon-a-time




Piedebiche :https://piedebiche.fr/




BelpheGorZ : https://belphegorz.bandcamp.com/album/kill-the-pain




The Exit Ends : https://www.youtube.com/watch?v=Xo_JoEMNu1U




Kill The Thrill : https://www.kill-the-thrill.com/discography/






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