AU RIEUR SANGLIER septembre 2026
Cette fichue canicule,,,,,l’envie de ne rien faire, s’interroger de la nécessité d’une clim, la fainéantise de se lever pour aller tourner la galette sur la platine, même tourner les pages de quelques excellentes bds,,,,Et pourtant il y a encore une fois de quoi chroniquer et donner envie...Je reprends donc la plume entre deux accalmies climatiques, Si si, heureux de retrouver ma chère rubrique !!!!!
HUITANTE/Hélène Becquelin/Antipodes/184 pages/24 euros (publiée en février 2026)
Petit retard à l’allumage pour vous parler de cette autobiographie mais l’éditeur suisse est plutôt mal distribué par chez nous. Néanmoins cela vaut vraiment le coup de se bouger pour choper ce petit format noir et blanc, véritable ode aux années 80 (« huitantes » donc) et la bande musicale d’Hélène Becquelin. Toujours accompagnée de son avatar et ami imaginaire, elle nous raconte son parcours personnel de jeune étudiante des Beaux Arts et la bande son qui l’accompagne dans ces années là. Se cotoient The Clash, The Ramones, The Cure, The Gun Club, les Dogs, The Cramps et The Feelies.
Au fil de rencontres, de concerts et d’histoires d’amour, elle découvre des lieux emblématiques alternatifs de Lausanne, elle qui débarque de la campagne du Valais. Un bel arrêt sur image de cette époque, vilipendée par les uns, adorée par les autres. Une belle œuvre qui rejoint « 1979 » son précédent opus qui,comme l’indique son titre, fait là aussi la part à la musique de cette époque. Une autrice à découvrir.
BENEATH THE TREES WHERE NOBODY SEES tomes 1 et 2/Patrick Horvarth/Ankama/160 pages/19,90 euros (le tome) (publiées en janvier 2025 pour le tome 1 et juillet 2026 pour le tome 2)
LES ADIEUX NE DURENT JAMAIS/Jim (scénario) Laurent Bonneau (dessin)/Grand Angle/328 pages/29,90 euros (publiée en juillet 2026)
Mattéo, Victor et Lennon sont des amis pour la vie. Jeunes adultes rêveurs, liés comme les doigts d’une seule main, inséparables jusque dans la musique qu’ils essaient de produire, le fil de la vie les rattrape lors du décès du père de Mattéo. Faire son deuil et pour cela demander aux morts de nous aider…J’avoue : je suis un inconditionnel de Laurent Bonneau, ses livres me suivent, font partie de ma bibliothèque idéale et ayant eu la chance de le croiser, je suis toujours impatient de découvrir ses nouveaux opus. « Les adieux... » est un road trip « à la française » sans que ce soit péjoratif, un voyage initiatique où l’on peut se reconnaître peu ou prou, mais avec toujours une sincérité empathique. Mattéo va régler quelques comptes avec son histoire, qui du coup devient un peu la nôtre. C’est ça qui fait la force du sujet et la qualité du dessin de Laurent fait le reste….Dans mon top de l’année sans contexte !
BILLY THE KID /l'histoire et toujours écrite par les vainqueurs/Loïc Secheresse-Alexandre Chenet/Casterman/232 pages-28 euros (publiée en août 2026)
Lecteur vieux, vieux lecteur, par passion, par la profession (libraire pendant 20 ans) je continue à être surpris, émerveillé, par toutes ces lectures foisonnantes. Déstabilisé par contre, ça m'est rarement arrivé, à tomber de ma chaise ("Detroit Roma" la dernière fois, et bien avant le tome 1 de "moi ce que j'aime c'est les monstres") et c'est du coup une sensation que je recherche. C'est arrivé à nouveau avec ce joli pavé de 232 pages, grand format, tout en couleurs. Tout le monde connaît l'existence de William Bonney aka Billy the Kid : jeune homme doué au tir, meurtrier, faux monneyeur, cow boy. Sauf que dans la grande mythologie du far west, peu de récits qui sonnent vrai, la preuve le livre soit disant écrit par Pat Garett, le marshall qui tua Billy, un seul des 20 chapitres l'a été par ses soins. Le reste n'est qu'invention ou affabulation. Bref, ce n'est peut être pas la vraie histoire de Billy qui est inscrite dans ce livre mais comme disent les auteurs ce n'est pas la plus fausse. Non l'important dans cette histoire c'est le personnage lui-même et son aura, celle qui le place dans le panthéon des incontournables du far west à l'instar de Buffalo Bill, Calamity Jane et autres Dalton. Un mythe quoi...J'avoue que la charte graphique ne m'a pas emballé outre mesure au départ, pourquoi ? Difficile à dire, ça doit être mon côté ligne claire qui surgit de temps à autre. En fait elle est magnifique de justesse et s'imbrique tellement bien avec l'histoire. Officiellement on sait peu de choses sur ce satané Billy (il n'existe que deux photos de lui) mais nos deux auteurs magnifient cette ignorance avec un récit très bavard (beaucoup de texte) et prenant (une foule de dialogues, alors que le Kid est plutôt taiseux). Un récit dense, varié, aventureux et de temps à autre quasi philosophique. Oui oui philosophique ( extrait : "tu crois qu'on va continuer longtemps ? Je sais pas. J'aime bien être là, comme ça. On explore.On explore ?! Mais quoi ? L'errance. Le présent. Etre au présent, c'est se rendre libre non ?") Un récit donc à plusieurs dimensions, loin des clichés du western de mon enfance avec un Billy qui ne boit que du thé, une sorte de Lucky Luke évanescent. Oui, destabilisé, perturbé mais conquis. Grand livre qui amène à la réflexion une fois terminé. L'été est caniculaire mais peut être passionnant. En voilà un vivant exemple.…
AMERICAN PARANO/Lucas Varela (dessin)-Hervé Bourhis (scénario)/Dupuis/64 pages/17,50 euros (publiée en aout 2026)
Déjà c’est une série avec pour chaque tome une histoire complète (comme Astérix, Tintin, Lucky Luke…) et ça pour moi qui suis allergique aux séries au long cours (personne n’est parfait!) c’est déjà un bon point. Donc dans ce tome 4 nous retrouvons Kim Tyler ex-flic embauchée par le FBI pour enquêter sur les Black Panthers. Nous sommes à l’été 1969 et cette année érotique et musicale a toute son importance dans ce récit. Il faut préciser que Kim est une jeune femme des plus quelconque, ce qui lui donne un charme fou finalement !!! Une vraie galerie de personnages liés au lieu (Hollywood, Los Angeles) et à l’époque (Zappa, Neil Young, Dennis Wilson des Beach Boys, Charles Manson) même si les auteurs ont changé les patronymes de ces illustres figures. Et c’est là le petit bémol qui m’a un chouia dérangé : Hervé Bourhis a pris pour habitude de s’approprier l’Histoire comme je l’avais déjà remarqué dans une de ses dernières bd sur Paul McCartney, Sa vérité n’est pas LA vérité et dans cette histoire, Charles Manson qui en devient le fil rouge est traité d’une manière artificielle pour ne pas dire caricaturale. Même si l’individu l’était dans sa démarche. Bref, tout de même, ce quatrième tome conforte la série dans son excellence, le dessin de Lucas Varela est d’une grande puissance dans un écrin classique et classieux. Vivement un cinquième tome !!!
DERRIERE LE CHAMP/Maxence Kerloc’h/Casterman/208 pages/22 euros (publiée en juin 2026)
Impressionné vraiment par cette première œuvre !! un jeune auteur à la croisée de l’illustration et du récit graphique, à la confluence d’une poésie de l’ordinaire, du seinen (manga pour jeune adulte) du cinéma naturaliste et d’interrogations métaphysiques (ne partez pas, ça ne fait pas mal!!!). Martin, 13 ans, déménage avec son père à la campagne dans la maison des grands parents, La rencontre avec Capucine, la petite voisine un peu décalée, un peu étrange va donner une issue à sa solitude. « Derrière la champ » reste longtemps dans notre tête sans qu’on sache très bien pourquoi : qu’est-ce qui s’est passé au juste ? »
Un noir et blanc qui s’expose sans clivage, une belle réussite vraiment….
MONTEFIORE de Pierre-Henry Gomont (Dargaud/192 pages/27 euros/en librairie le 18 septembre 20026) et L'INSENSE de Manu Larcenet (Dargaud/170 pages/ en librairie le 02 octobre)
Depuis "Pereira pretend" en 2016 le parcours de P H Gomont est un sans faute imparable. Originalité et densité-épaisseur des scénars, charte graphique formidable et reconnaissable entre toutes, c'est un de nos plus brillants auteurs. Dès la couv tout est dit : ambiance, personnages, ciel bleu azur. L'italie est le décor, la famille et ses filiations le sujet. Avec des chevaux, et quels chevaux!!!! Il parait que c'est une des difficultés ultimes pour un dessinateur de mettre en image des chevaux. Gomont saute l'obstacle avec un facilité déconcertante...ah la famiglia italienne!!! ses us et coutumes, son omerta, ses travers. Bref, du grand (9e) art, de l'audace, du panache. Achat obligatoire
L’INSENSE/Manu Larcenet/Dargaud/170 pages/ prix ?/en librairie le 02 octobre 2026
Toujours un évènement un nouveau Larcenet. A l'instar de Gomont, il est un rouage essentiel de l'évolution de la bande dessinée, de l'importance de son oeuvre pour le grand public, celui qui à la base ne peut citer qu'Asterix et Tintin. "Le combat ordinaire" "Le rapport Brodeck" "Blast" mais aussi "Nic omouk" "Le retour à la terre" pour n'en citer que quelques incontournables, il marque son passage d'auteur incandescent et ultime. Autobiographie, humour, saga, adaptation, le mec est impeccable, souvent proche de l'os, bipolarité oblige. "L'insensé" est encore une fois indispensable, versant sombre du Manu mais avec beaucoup d'espoir. Vous allez à la rencontre de Cyril Barbot, un homme qui dessine et qui est en phase avec la nature qui l'entoure. Un homme qui a coupé les liens avec le monde et celui de sa famille. Un homme confronté à son destin (et aux turpitudes de la société via un lampadaire) et qui se met à écrire, à écrire, à écrire....bouleversant, intense, dramatique, salvateur, un récit magnifié par un dessin encore renouvelé et fiévreux. Merci Manu!!!
INVITATIONS/Jiro Taniguchi/Casterman/112 pages/20 euros/en librairiele 09 septembre 2026 /Taniguchi
Disparu en 2007, Taniguchi a laissé un grand vide. C’est lui qui m’a donné l’envie d’explorer le manga, d’apprécier les us et coutumes japonaises. Grace à des œuvres comme « Quartier lointain » « Le sommet des dieux » ou « L’homme qui marche » pour ne citer que quelques uns de ses chefs d’oeuvre, j’ai pu enfin faire un lien entre la bd franco belge et les Matsumoto, Tezuka, Tsuge, Mizuki et autre Otomo, mangakas éternels...
Cette œuvre posthume se compose de trois récits inédits dont un inachevé (à l’état de crayonnés) où sa « ligne claire » s’exprime une nouvelle fois dans toute sa magnificence. Oui Jiro Taniguchi nous manque...
BETAIL/Camille Poulie/Les Ondes Marcinelle-Dupuis/208 pages/25 euros/en librairie le 04 septembre 2026
Deux frères, deux trajectoires : Guillaume , l’ainé, Thibault le cadet. L’un artiste (Gringe) l’autre diagnostiqué schizophrène en 2001. Deux parcours de vie, l’un essaie d’aider l’autre (dans les deux sens).Une histoire de vie différente, une histoire de famille, une découverte de l’un par l’autre, de l’un pour l’autre. Culpabilité, honte, traitements, amour, voyages, aventures. Et beaucoup de tendresse, vibrante, exacerbée, Tiré du roman du même nom, les deux auteurs, avec l’approbation et l’enthousiasme des deux frangins, nous délivre un récit débordant d’émotion et de sensibilité. On est très loin de leur formidable série « rip » ce qui prouve leur évident talent.
LES DENTS DE L’ENFER/Mahi Grand/Dargaud/184 pages/23 euros/ en librairie le 2 août 2026
un documentaire-fiction (faits réels avec quelques libertés, dixit l’auteur) assez étonnant sur le tournage du film « Les dents de la mer » (Jaws) ou le making of d’un film périlleux et novateur. Probablement le premier blockbuster de l’histoire du cinéma...A signaler, bizarrement (ou pas) la parution de « Le débutant » (quand Steven n’était pas Spielberg) chez Casterman qui raconte la même histoire...
NESTOR BURMA DANS L’ILE/François Ravard/Léo Malet/Casterman/88 pages/18 euros/en librairie le 16 septembre 2026
Toujours un évènement une nouvelle adaptation de l’oeuvre de L Malet. Toujours un excellent exercice de style pour un auteur et comme ses prédécesseurs (Moynot et Barral), F Ravard maintient le cap même si dans le rétroviseur on aperçoit Jacques Tardi. On part faire un petit tour à la mer, son air vivifiant et ses personnages truculents, Une enquête hors les murs et hors saison, la Bretagne est encore plus attractive comme la trame de cette nouvelle aventure. Laissons le suspense et l’air marin envahir nos amis lecteurs !!!!
SAISONS ROUGES/Isao Moutte/Sarbacane/240 pages/26 euros/en librairie le 19 aout 2026
Mai 68 a laissé des traces dans les esprits et la guerre au Vietnam poussent certains jeunes étudiants japonais à rentrer en résistance en luttant contre le pouvoir en place. Nous suivons le parcours de quelques uns de ces protagonistes jusqu’au-boutistes. Chassés puis traqués par la police, ils ne vont pas hésiter à se réfugier en pleine montagne et ainsi croire à cette improbable révolution. Guidés par deux leaders, ils vont glisser inexorablement vers une micro dictature faite de délation, de lynchage et d’exécution sommaire . Une bd âpre tout en noir et blanc, un arrêt sur image sur le Japon des 70s. Isao Moutte m’avait conquis avec « Clapas » un polar tendu et violent, il réitère avec ce quasi documentaire dérangeant. Et vive la révolution !!!!
Ah j’allais oublier : La splendide réédition de « IN WAVES » de Aj Dungo chez Casterman en 2019/408 pages/26 euros (cahier graphique de 32 pages)
qui annonce l’adaptation cinéma à partir de juillet. Juste pour dire que c’est un incunable pour un lecteur de bd qu’il soit lecteur régulier ou occasionnel. La passion du surf et de l’océan côtoie la maladie et le deuil sans aucun pathos. Un grand livre tout court.
Ce n’est bien sur qu’une petite sélection face à plusieurs centaines de publications, très subjective mais néanmoins suffisamment éclectique pour y trouver son bonheur. Je reviens tout bientôt et vous souhaite une bonne lecture les ami(e)s !!!
Gérard avec JC Chauzy pour le bandeau de chronique

















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