I’m Glad They Did It # 5 : Garage des 70’s à aujourd’hui

 

Quelques vinyles des Gories

Quelques groupes garage cités dans la partie garage 60’s ont perduré, certains se sont reformés, ressortant parfois des albums avec de nouveaux morceaux. Même les Stooges se sont plantés à cet exercice. Parfois, il suffit d’un nouvel album pour tout gâcher, comme pour les Oblivians, contrairement aux Gories. Je ne reviendrai pas sur ces groupes 60’s dans cette partie.

À part les New York Dolls, je ne suis pas sûr de parler de beaucoup d’autres groupes garage 70’s. Comme indiqué dans le chapitre précédent, je ne parlerai que des groupes qu’on peut qualifier de garage sur la majeure partie de leur carrière. Pas de power pop (j’adore les premiers Dwight Twilley et quelques 7’’ sur Bomp!) ni de punk (Egg Raid On Mojo), ni de new wave (Devo) ici, donc, même si la frontière est parfois fine : The Zeros est un groupe punk, mais Wimp sonne comme un classique garage. Même chose côté anglais avec les Users et Sick Of You. Idem pour plein d’autres trucs 1970-2024 que j’aime, non classés garage, sinon cet article n’en finirait pas

Pour les 80’ à nos jours, à part peut-être quelques morceaux isolés, j’éviterai aussi (l’esprit fanzine, ne parler que de ce qu’on aime) de mentionner tous ces groupes revivalistes, comme les Fuzztones (je leur en veux de régulièrement massacrer Human Fly) et autres suiveurs, Cynics, Yard Trauma et tous les autres groupes revival 60’s garage punk US ou japonais apparus dans les années 80-90 ou plus récemment - vus tous les deux live, les autrichiens Staggers, les espagnols S – non je ne veux pas les citer, ils sont trop sympas, hi Fernando, qui sonnent encore plus datés que les trucs 60’s qu’ils essayent de perpétuer. J’ai préféré me concentrer sur les Gories, Reatards ou Oblivians.

70’s garage

 Les 3 premiers NYD

Le garage 70’s donc. Les NY Dolls et leurs deux albums indispensables, 1973 et 1974. Il y a quelques live aussi tel Cleveland On Fire! Un radio broadcast qui contient les morceaux de ce qui aurait dû être le troisième NYD – Girls, Funky But Chic, Frenchette, Gimme A Pig Foot, Falling In Love, Check Mr. Popeye, On Fire, Cool Metro, Teenage News et Flip Flop Fly - et dont quelques-uns se retrouveront sur le premier album solo de David Johansen et sur le magnifique live promo The David Johansen Group Live (1978 pour les deux). Johnny Thunders s’orientera au début vers le punk rock et les autres Dolls n’ont pas laissé grand-chose d’impérissable, à mon avis, même si les Sylvain Sylvain, dont le premier album commence par Teenage News, de l’époque NYD, et les quelques singles des autres membres du groupes sont toujours agréables à écouter.

Je pense que le premier groupe 70’s à avoir un son 60’s, ce sont les Droogs, de LA. Leur premier single couplait d’ailleurs une reprise des Sonics et une de Chocolate Watchband.

Deux bons singles de DMZ, de Boston, devenus (en partie) les Lyres, j’aime moins. JJ Rassler a continé de son côté avec Downbeat 5, notamment.

Creme Soda, du Milwaukee, a commencé sa carrière par un single génial (I’m) Chewing Gun (1974), on jurerait entendre les Cramps, alors qu’ils n’étaient pas encore formés ! En revanche leur album est une espèce de bouillie psyché, qui peut être pourra plaire aux fans de King Gizzard ou autres.

Des australiens Scientists, je retiens surtout leurs deux albums (1985 et 1986) : Rubber Never Sleeps, en fait une k7 au départ, rééditée par Monster format double LP en 2012. C’est un live (1978-83), avec quelques reprises bien choisies : Lx Chilton, Modern Lovers, Flamin’ Groovies. L’autre album, c’est Weird Love, qui commence par un morceau appelé Swampland… 




Sur la durée de leur carrière, on ne peut pas dire que les Skeletons (devenus ensuite les Morells) soient un groupe garage. Mais leurs premiers 7’’ – 1979-80, le sont. On retrouve Very Last Day, Sour Snow et Trans Am, notamment sur l’excellent Rockin’ Bones, leur premier album, en fait, sorti sur le label Next Big Thing de l’ami Lindsay Hutton.

Toujours en activité, les Fleshtones, de NY, et les Playboys, de Nice, toujours sympas à voir sur scène, contrairement aux premiers dont je me suis lassé et dont niveau disques je n’ai gardé que les tous premiers single, mini LP et LP (The Dreg reste un classique), un peu comme pour les Dogs, ceux de Rouen, dont il me reste quand même un paquet de live, sur CD-r ou DVD.

80’s garage

Le revival 60’s a été ravivé dans les 80’s avec les compiles Battle Of The Bands (Greg Shaw) en Californie, et à New York par J.D. Martignon, un français exilé à… New York, donc, avec son magasin puis label Midnight Records, sur lequel la 1ère sortie a été les Zantees, devenus ensuite A-Bones - soit Miriam Linna (Cramps) et Billy Miller, Norton Records. Quelques très bons singles, souvent des reprises.



Les Chesterfield Kings ne jouaient que des morceaux garage 60’s sur du matériel vintage, moins inspirés que les originaux, quoique leur très Stonish album The Berlin Wall Of Sound (1990) n’ait pas vieilli. En plus Greg Prevost, le leader est très sympa.

En Angleterre, il y avait Billy Childish (xxx groupes) et les Soft Boys, dont je retiens quelques morceaux isolés.

En Suède, il y a (toujours en activité) les Nomads. Mais un peu comme pour les Detroit Cobras, très pros aussi, l’écoute de leurs meilleurs disques me donne envie de réécouter les originaux.

Voilà pour le revival 60’s. Début 80’s, il y a aussi le génial (musicalement, c’était par ailleurs un être surdoué) J.T. IV (John Henry Timmis IV), de l’Illinois, dont les quatre singles (1980-88) et le LP Cosmic Lightning (1988) valent désormais une fortune. Il semble qu’il donnait ses disques au premier venu, fuyant le succès. Le LP, qui compile notamment les trois premiers singles, a heureusement été réédité avec DVD bonus, en 2008. Je recommande aussi le récent (2023) double LP The Future, avec deux tiers d’originaux et un tiers de reprises – Velvet, Kinks, Roxy Music, qui n’ont pas grand-chose à envier aux versions originales.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais d’Art Phag dans un chapitre précédent.

J’ai beaucoup écouté les (presque) anglais Barracudas, notamment le 1er album, Drop Out With The Barracudas (1980), entre surf et garage 60’s, je m’en suis lassé. La suite n’est pas très garage non plus. Sur le deuxième album, Meantime (1983), j’aime surtout les morceaux chantés / composés par Chris Wilson.

Les Cheater Slicks, de Boston, ont quelques bons morceaux à leur répertoire, comme Destination Lonely, ainsi que des reprises bien choisies (Lx Chilton, Go Go Gorilla, …).

Les Dawgs sont de Beverly, pas loin de Salem, dans le Massachusetts. Je ne me suis pas lassé de leur EP Shot Of Your Love (1980), ni de leur 1er LP My Town (1982). Leur album New Rose On The Road To You (1983) n’est pas mal non plus. C’est marrant que les Dawgs soient classés garage tandis que les Real Kids, des voisins de Boston sont classés rock, voire punk. Ça m’arrange, j’aurai trop de choses à dire sur les Real Kids.



J’avais classé les disques des Fells de Tucson, parmi les trucs à vendre, puis décidais de garder leur second album (1997) rien que pour la reprise de Do The Dance, meilleure que l’originale des Weirdos. Des Fireworks, de Dallas, le groupe de Darin Linn Wood, je garde tout, soit trois albums et sept singles sortis entre 1993 et 1997. Leur reprise de I Need Your Luven, de Jack Starr, est particulièrement grandiose. Auparavant, Darin avait fait partie des Red Devils, un seul EP en 1991, excellent. Les japonaises 5.6.7.8's ont sorti quelques singles réjouissants, surtout des reprises bien choisies. Je me lasse vite sur album. Dans le même genre, trois filles aussi, j’aime bien les premiers singles des Friggs, de Philadelphie, des copines de Ben Vaughn. Mon duo mec / mec préféré est Flat Duo Jets, de Caroline du Nord, que les Cramps adoraient (avant moi) aussi. Rien à jeter de leurs nombreux disques de garage rockabilly. J’aime aussi tout ce qu’a fait Dex Romweber ensuite, en duo avec sa sœur - RIP, j'apprends que Dex est allé la rejoindre, le 16 février, 57 ans, ce n'est pas vieux - ou en solo. Un sacré personnage ce Dex, j’ai adoré l’interviewer. J'aime bien aussi Songs For Emeline, l’album intimiste de Crow, le batteur, sorti en 2005. Je me demande ce qu’il est devenu.

Les Gibson Bros / ’68 Comeback / Mr. Jeffrey Evans, est-ce garage ou blues rock ? En tout cas, j’aime presque tout. Les Gories n’ont peut-être pas inventé le garage blues, mais sur la durée, toutes périodes confondues, ils sont mon groupe garage favori. J’aime aussi la plupart de leurs efforts solos, surtout Demolition Doll Rods, avec Dan Kroha et Margaret, groupie des Gories au départ, un peu comme Stacia pour Hawkwind. Dan a aussi brièvement été membre de Rocket 455, qui à l’époque (1994-1999), a sorti cinq singles et un 10’’, tous excellents. Je suis moins fan des stripped down blues albums solos de Dan et j’aime les trois quarts des projets lancés par Mick Collins : Black Top, King Sound Quartet, Screws & Dirtbombs. Mick Collins s’est aussi lancé dans la production, avec par exemple, Ghetto Blaster (1998), le dernier album des Red Aunts, un girls groupe garage punk de Long Beach, en Californie. 

J’aime bien encore écouter certains 7’’ des Lazy Cowgirls, de LA, et des New Bomb Turks, d’Ohio. Deux groupe Crypt.

J’ai déjà mentionné les Satan’s Cheerleaders, d’Austin, dans un article Cramps day by day. Le groupe, formé en parallèle des Flametrick Subs, a surtout sorti quelques singles intéressants, dont deux avec Vampira. I’m Damned / I’m Cramped.

Avant de faire partie de Hot Damn!, groupe assez dispensable à mon goût (j’ai testé à l’époque), la californienne Zebra Stripes avait sorti, en 1989, un album garage inspiré, surtout sur le choix des reprises, Zebra Is Her Name.

Un peu comme pour les californiennes, de San Francisco, les Trashwomen et leurs nombreux groupes garage surf punk à tiroir. Reste quelques 7’’ inspirés. Ça me fait penser que la date de péremption des trucs (post) punk est plus courte que pour le garage, peut-être. De San Francisco aussi, The Trip, n’a eu droit qu’à quelques morceaux sur des compiles, alors qu’il y a de quoi faire un super 10’’, le deuxième disque que je sortirais si je gérais un label. Je ne sais pas si Trio, les allemands, était un groupe plutôt garage ou punk – peut-être que les membres du groupe jouaient l’un ou l’autre style sans se soucier des autres (membres). C’est ce qui ressort de leurs vidéos. En tout cas, je continue à écouter avec plaisir.

Des Untamed Youth, du Missouri, je continue à préférer l’album par lequel je les ai découvert, Sophisticated International Playboys, qui venait de sortir lors de mon premier voyage aux USA, fin 1992.



Je finis par les français, dont les Coronados sont sûrement les représentants garage les plus intéressants. Leurs deux singles (1982-83 + plein d’inédits sur diverses compiles) et le 1er album, N’Importe Quoi (1984) se doivent d’être dans toute collection de garagiste. Je peux comprendre que le second album, Un Lustre (1989) sonne variétoche aux oreilles de certains, un peu comme l’album solo d’Éric Tandy. Moi j’aime bien. Il y a bien sûr aussi les Dum Dum Boys, de Nice, toujours égaux à eux-mêmes, même s’ils n’ont jamais égalé leur premier single Real Cool Trash (1987), repris par Tav Falco. J’adore en revanche quasiment tout ce que fait Memphis Mao / Didier Balducci, en parallèle (bouquins compris), notamment le duo Non !, avec sa copine de l’époque Karyn, deux albums, un mini LP de reprises dé-composées comme le titre l’indique, trois singles et un maxi, avec des paroles très inspirées, parfois surprenantes : dans Je M’En Fous, un morceau du second LP, Encore Moins, ils disent qu’ils se foutent de tout, énumération à l’appui, y compris, à la fin et le refrain ? Le refrain, on s’en fout… Il y a aussi les albums de Bratch, l’autre guitariste des DDB (sauf le dernier, premier en fait, que j’aime moins). Qu’est-ce que j’ai pu écouter aussi le 1er EP de Kid Pharaon, Walking My Way (1986), vus à l’époque à Caen. J’ai tout acheté ensuite, me suis lassé (sauf de ce 1er EP).

90’s garage



Avec l’arrivée des Mummies, on parle désormais de garage punk. J’aime bien globalement les Mummies (même s’ils disent haïr les français, je ne suis pas chauvin), mais la révélation en les voyant la première fois en 1993, ça a été Supercharger, des californiens eux aussi. Deux albums essentiels, Supercharger en 1991 et Goes Way Out en 1993, plus plein de singles et un live. Je me rappelle lors du concert Mummies que Supercharger, en première partie, a annoncé le tube intemporel (je me demande pourquoi il n’a pas été davantage repris) Sooprize Package For Mr. Mineo, par this is our song. Les Mummies, bien plus connus, ont popularisé le morceau. Il en existe aussi une bonne version par les Statics, un trio de Seattle, dont les disques n’ont pas très bien vieilli. Supercharger s’est séparé en 1993. Si Darin Raffaeli, le chanteur et boss du label Radio X, n’a rien sorti d’impérissable ensuite, ce n’est pas le cas de Greg Lowery, avec les Rip Offs, son nouveau groupe – et label, plus punk que garage, avec néanmoins - un LP génial en 1994. C’est surtout la batteuse Karen Singletary qui, avec son groupe de garage lo-fi, comprenant notamment Dannielle Pimm des Trashwomenles Brentwoods a sorti en 1994-95 un album et cinq singles fantabuleux (ou tout autre qualificatif de votre choix). Parmi les autres groupes sortis sur le label Radio X, mes préférés sont les Vulcaneers (2 singles et un LP).

Pas grand-chose à jeter des trois albums et sept 7’’ de Bantam Roosters, un duo masculin de Détroit. Le premier single (1996) et les deux premiers albums sont sortis chez Crypt, le troisième sur SFTRI. Il existe une k7 de 1995, rééditée plus tard format EP 33 T, avec les démos, excellentes aussi, des morceaux exclus du 1er LP.



Même chose, je garde tout des Blacks, des suédois, qui n’ont sorti que des 7’’ / EP entre 1997 et 2003, compilés ensuite par un label italien. Il existe aussi un CD-r avec plein d’inédits. Parmi leurs projets suivants, certains morceaux des Locomotions tiennent toujours la route. Même chose pour les Persuaders, de la nouvelle Orléans, qui partage d’ailleurs un split single avec les Blacks. Ils ont sorti deux autres EP et deux albums, dont un live confidentiel, entre 1999 et 2003. Il existe aussi un CD Anthology sur Shattered Records.

Je ne me lasserai jamais du premier EP d’El' Blaszczyk, de La Rochelle, El B Rock Band Himself With Girls, sorti en 1995, ainsi que de son album inédit (jamais sorti) À L’Hôpital, avec notamment ses reprises hilarantes,  Harley Davidson et Elle Est Horrible (Terrible pour Johnny Hallyday), dernier titre qu’on trouve, avec les deux premiers singles, sur The Quirky Lost Tapes- 1993-95, sorti chez Born Bad en 2016. J’aime beaucoup moins le LP concept sorti plus récemment.

Thee Butcher’s Orchestra, du Brésil, ont sorti des K7, toutes indispensables, avant d’être repérés par les américains – EP génial In Glorious Rock And Roll sur Estrus en 2002, plus quelques compiles – et Lightning Beat Man, qui a sorti sur son label suisse leur dernier album Stop Talking About Music (2004). Dommage que Lightning Beat-Man n’ait jamais fait aussi bien, sous son nom ou avec les Monsters, que son 10’’ Wrestling Rock’n’Roll (1994). J’avais trouvé épatant le EP You (Make Me Cum In My Pants), 1992, de Los Marauders, de l’Iowa, particulièrement l’instrumental du même nom. Dommage qu’ils n’aient sorti ensuite qu’un seul album (1994) et un autre EP un an plus tard. Même genre de discographie, d’époque et remarque pour Th’ Lunkheads, de Denver. Titres de morceaux épatants, aussi : Louie Oom Mow Mow, …




Je ne suis pas certain qu’on puisse classer Gabba, des Suédois qui mixent Abba et Ramones, dans la catégorie garage, en tout cas leur album Leave Stockholm, de 1999, est un must have, je n’en dis pas plus. J’ai adoré à l’époque le premier album de Guitar WolfWolf Rock, sorti sur Goner en 1993.

Jack O’Fire, d’Austin, ce sont des longs morceaux de garage blues. Sur leur EP ‘’Wired’’ (1994), ils reprennent Under The Wire des Cramps. Jumpin’ Beans & The Moustaches sont de Memphis, avec un paquet de singles réjouissants, puis un album, entre 1999 et 2002.

Mr Airplane Man, de Boston, le duo Margaret / Tara, puis sans Tara car très malade, a sorti de très bons disques lors de leur première période 1998-2004, les premiers étant auto-produits, vendus lors de leurs shows, avant d’être repérées par le label SFTRI.

Le 1er EP des Neanderthals, habillés comme les cavemen Flintstones, masques en plus, Werewolf From Outerspace (1994), est génial. Après, j’aime moins.




Gros morceau, les Oblivians, de Memphis. Vus à Paris en 1995 et 1997, une claque. Des mecs très cool aussi, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter plusieurs fois, surtout avec Jack. La première fois, comme ils s’appelaient tous Oblivian – Greg, Jack & Eric, je ne savais pas lequel était Eric, de Goner Records, avec qui je correspondait. Au hasard, alors qu’il répétait dans une pièce, je demande à Greg si c’est lui Eric. Il me répond non Eric, c’est le petit brun. Je finis par trouver Eric et lui dis tout le bien que je pense du groupe, mis à part quelques morceaux genre Ramones hardcore. Il me répond alors, avec un grand sourire, oui c’est vrai on a quelques morceaux ridicules. Je me suis rendu compte après coup que les morceaux que je visais avaient été composés par lui. La classe, ce mec ! Donc, grosso modo, j’aime tout de la première période 1992-1998 (trois LP, deux 10’’, plein de 7’’ sauf quelques … et leurs disques après reformation). Les Oblivians restent géniaux à voir sur scène, ils passent tous d’un instrument à l’autre. Il n’y a rien à jeter non plus des Compulsive Gamblers, le groupe pré (un 7’’ et deux EP) et post (trois LP’s et une compile) Oblivians de Jack et Greg. Idem pour Greg et Jack solo ou avec groupes, Reigning Sound pour le 1er, plein d’autres pour Jack, dont les Cool Jerks et leur génial Satisfied Fool (présent sur le LP, mais pas sur la version CD de Cleaned A Lot Of Plates In Memphis, 2002), repris par Nathaniel Mayer sur son deuxième album, I Just Want To Be Held, en 2003. Il y a aussi les Knaughty Knights, le duo formé par Jack O avec Rick Crooks, tout comme Bad Times featuring Eric, Jay Reatard et King Louie - un seul LP et surtout un CD-r live, très limité.




Les Reatards justement. J’avais acheté le 1er EP Get Real Stupid sorti chez Goner en 1997, sur les conseils d’Eric O. J’ai tout de suite adoré cette espèce de garage punk, parfois presque hardcore (style que je déteste, j’aime bien être bousculé dans mes goûts et garder une part de doute dans mes certitudes). Jay avait 17 ans à l’époque. You Ain’t No Fun No Mo, qui ouvre le EP, quel bonheur (sauf pour les voisins si vous êtres en appart). C’était Jay en solo à l’époque. Il est décédé début 2010. J’ai eu la chance de voir les Reatards, d’abord au Gambetta à Paris en 1999 (tournée avec les Persuaders) puis au Pit’s, à Courtrai, en 2005 - il y avait aussi un autre groupe de Jay, les Angry Angles, une baffe aussi, et Tokyo Electron, bof. J’ai tout acheté (et gardé) au fur et à mesure, même si j’apprécie moins quelques morceaux de Jay Reatard solo découvre Devo – dont la reprise de Blockhead par Angry Angles est géniale, ainsi que d’autres projets comme Destruction Unit ou Final Solution. Un des autres groupes de Jay, actif de 1999 à 2005, Lost Sounds, n’est pas vraiment garage mais le groupe est aussi composé de Rich Crook, ex Reatard (il a aussi fait partie d’American Death Ray à un moment) et de la magnifique Alicja Trout, qui monteront ensemble plusieurs projets intéressants :  Thing (un LP en 2015), puis plus récemment Sweet Knives. Avant de former son propre groupe, Lover!, en solo au départ, une sorte de Donovan garage, Rich a sorti cinq 7’’ / EP avec Jack Oblivian sous le nom des Knaughty Knights.

Les Royal Pendletons, de la Nouvelle Orléans, ont sorti quelques singles jubilatoires. Les deux albums tiennent moins bien la route, je trouve.




Encore un groupe où tout est bon, les Subsonics, le trio d’Atlanta, mi garage mi glam punk-a-billy (comme les qualifie Discogs). Tous leurs disques, sortis en 1992 et 2018, sont excellents, y compris les projets alternatifs The White Lights, les Vendettas et Tiger! Tiger!

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Superhelicopter, Damnation Kids et autres groupes de Nils Westphal (RIP) dans un article qui lui est consacré.

Pas de White Stripes ici (tout revendu ou en vente), je n’ai jamais aimé Led Zeppelin. Des Woogles, d’Atlanta, j’écoute encore quelques singles avec plaisir, surtout ds reprises.

00’s garage (list too long to name lame garage bands).




J’avais découvert (Viva L’) American Death Ray (Music) en tombant, chez Born Bad, sur la cover de leur premier album de 2001 Welcome To The Incredibly Strange And Erotic World Of The American Death Ray. À l’écoute, surprise, bonheur total, ça ne ressemble à rien d’autres, un peu comme un album du Velvet. Je n’ai pas été déçu non plus en achetant les deux singles sortis précédemment, ainsi que les suivants et albums Smash Radio Hits (2002), A New Commotion A Delicate Tension (2003) et In The Meantime (2006), chacun étant différent des autres. J’ai assisté aussi à l’époque à plusieurs de leurs concerts, assez chaotiques. Je n’ai écouté que d’une oreille distraite les disques suivants, qui ne sont plus garage, mais plutôt expérimentaux et même parfois dub.

Les trois EP de Batman & Robin, des autrichiens, sont du pur bonheur, au niveau cartoon covers, titres et paroles : Who The Fuck Is Superman?! (2007), I’m A Bat - I’m A Rock’n’Roll Animal (2008) et My Hero-Power Is My Moustache (2009). Sur le même label, Bachelor Records – non, en fait, je l’aurai parié, il y a aussi les Rock N Roll Adventure Kids, avec leur deux LP’s, Live On Bezerkeley Radio (2003) et Hillbilly Psychosis (2009), sans oublier leurs singles. 

De BBQ, je retiens surtout ce concert de 2006, à Brooklyn, que j’avais eu la bonne idée d’enregistrer et que j’ai écouté davantage que les albums. Le meilleur one man band que j’ai jamais vu, des enchaînements incroyables. Lors de cette soirée, j’ai aussi rencontré Miriam Linna et Billy Miller (mais lui est resté en retrait), pour la première fois. Je pense la même chose de son comparse King Khan, à voir sur scène. 

Black Keys, Black Lips, bof, dans la série Black, je retiens surtout les anglais Black Time, avec notamment leur fabuleux single Beat Of The Traps, sorti en France en 2005 (en bas à gauche ci-dessous).




Entre 2009 et 2015, Jehosaphat Blow, un américain exilé en Inde a mis en ligne gratuitement cinq albums ou singles garage (one man band ?), qui, à mon avis, auraient mérité une diffusion plus large.

Des parisiens Blutt, j’attendais un album grandiose après leurs trois premiers EP’s (2000-2001), excellents, dommage. Même sentiment mitigé pour les Brain Eaters, de Paris aussi.

Les Coachwhips, de San Francisco, étaient à un moment considérés sur les pages web consacrées au garage comme le meilleur groupe du genre. On n’en a pas beaucoup entendu parler par ici avant qu’ils se transforment en Thee Oh Sees. Des Coachwhips, je recommande la compile CD + DVD) Double Death, sortie en 2006.

John Wesley Coleman est du Texas. Quelques-uns de ses (12) albums restent très écoutables, particulièrement ceux sortis au début des années 2010, comme Bad Lady Goes To Jail (2010) et Little Miss Keith Richards (2011).

Je ne connais pas assez bien les Jackets, des suisses, pour me prononcer. Il paraît qu’ils (elle) sont supers sur scène.

J’ai beaucoup aimé le garage punk des Hunches de Portland, à un moment.

Thee Monkey Butlers, de la région de Boston, sont drivés par Kogar The Swinging Ape, qui porte sur scène un masque de gorille. Après une K7 et un CD à tirages privés, ils ont sorti un EP et album I Was A Teenage Monkey Butler (2004), qui contient notamment l’hilarant Bring Me The Head Of Pat Baboone ainsi qu’une reprise de That’s The Bag I’m In bien sûr plus proche de la version des Fabs que celle de Fred Neil ou celle de Casey Anderson, la 1ère version à avoir été enregistrée.




Nobunny, comme son nom l’indique, porte lui sur scène un masque de lapin. Il a sorti quelques bons trucs dont un DVD Tribute To The Cramps, l’une de ses influences, dès 2009, année de la mort de Lux Interior.

Dan Sartain est originaire d’Alabama. Cet inclassable fou furieux, garage / rock / blues, a laissé quelques pépites – Bohemian Grove, A Place To Call My Home, … entre 2001 et sa disparition en 2021. Un Lost Album est paru lors du dernier disquaire day.

Encore un gros morceau (sans double sens), le californien Ty Segall, que j’ai eu la chance de voir en concert et interviewer dans ses débuts, quand sa copine Denee, devenue sa femme faisait encore partie du groupe. Il m’avait expliqué pourquoi il cachait son visage sur toutes ses pochettes de disques. Un touche à tout dont je préfère les parties garage et glam. C’est à lui seul une usine à pondre des chansons. Quelques reprises bien choisies aussi, comme le Baby, Baby des Vibrators (que j’adore aussi, mais là on est dans le punk).

Encore du garage glam avec les Sirens, de Detroit, le groupe de Muffy Kroha, la sœur de Dan. Leurs deux LP et trois 7’’ restent agréables à écouter.

Th’ Losin Streaks, de Sacramento, après un premier album réussi, Sounds Of Violence, en 2004, avaient fait encore mieux en 2018, avec This Band Will Self-Destruct In T-Minus. Je ne sais pas s’ils se sont séparés / reformés au fil des ans, mais leur tout dernier album, Last Hour, n’est pas mal non plus. Les Thingz sont aussi californiens, mais de Long Beach et sont le best kept garage secret band in the USA, comme disait Gildas de Dig It!, qui avait d’ailleurs organisé une petite tournée pour eux dans le sud, en 2019. Pour eux des vacances, avec quelques concerts pour meubler. J’en avais profité, comme ils arrivaient par le nord, Paris et que j’étais à l’époque en Normandie, pour les inviter à la maison et El Cramped avait ouvert pour leur show à Évreux. Leur particularité : utiliser un theremin, malheureusement ayant souffert du trajet, tout comme leur véhicule de location (une Renault que je réussis à changer contre une Jeep, pour les déstresser). La plupart de leurs morceaux sont composés par le duo Mike et Kim Morris, qui, augmentés de Jason à la batterie (et depuis peu un autre membre au clavier), sont impressionnants, sur disques comme sur scène. Quelques reprises bien senties, comme Human Fly, que le couple chante en duo (j’ai eu l’occasion de discuter avec eux de la difficile transition entre et I got 96 tears and 96 eyes et I got a garbage brain…). Les Thingz ont sorti, depuis 2001, une bonne dizaine d’albums, certains uniquement disponibles en numérique sur leur Bandcamp, et quelques 7’’, tous indispensables. J’ai aussi apprécié d’autres californiens de la même époque, le duo Touch-Me-Nots, d’Oakland. Je m’en suis un peu lassé depuis.




Les suédoises Voladoras n’ont malheureusement sorti que deux EP et un LP tardif (2012), alors que leur 1er album, resté inédit, aurait dû sortir sur Get Hip en 2005. Merci encore Lindsay H. Leurs morceaux sont épatants : You Suck! (baby , baby , you suck) ou encore (Fuckin’) Paul Weller.

J’ai gardé les français de cette période pour la fin : j’aime presque tout des Fatals et de quelques groupes intermédiaires (Chimiks…) avant leur extension en Destination Lonely, rejoints par l’ami Lo Spider. À la même époque, il y avait les Creteens, de Saint-Ouen. Même énergie, le sens de la mélodie en moins, plus punk aussi, peut-être, que les Fatals. Sur singles, ça s’écoute bien. Je ne sais pas si on peut considérer les Romanée Counteez, de Dijon – avec les pseudos qui vont avec : Freddy Mercurey pour le chanteur, Barry Wine pour le producteur, comme un garage band, garage soul, peut-être, en tout cas j’adore, leur deux LP’s, leur mini CD et leur 7’’.




2010-now garage

Les k7 sont redevenues à la mode, grâce notamment à des labels comme Burger Records. En voici quelques-unes.



J’avais eu l’occasion d’interviewer les Allah-Las, avec une connaissance commune qui travaillait avec eux chez Amoeba à LA. J’adore toujours autant leur premier album, 2012, presque aussi intemporel que le 1er Modern Lovers (j’exagère peut-être un peu) et quelques morceaux isolés ensuite.

Les Bingers, de Chicago, ont surtout sorti des K7 ou des albums uniquement disponibles sur Bandcamp. Leur premier album Classic Hits (2015, K7 ou Bandcamp, donc) consiste à revisiter leurs morceaux favoris des 60’s (Cf. article précédent) à leur sauce, avec notamment du theremin. Étonnement assuré.

Des berlinois Bikes (ich bin…) et leur extension en Slander Tongue, j’aime surtout le deuxième 7’’ (Mice, 2015) et album (Bikes, 2016) des premiers, pas mal inspirés par les Rolling Stones, mais en mieux, un peu comme les Cramps quand ils s’inspirent d’un morceau. Quelques anglais quand même, dont les Brown Brogues, de Manchester, dont j’apprécie particulièrement la K7 Acid Eaters Too (2013), dédiée à Jay Reatard.




De Melbourne, Australie, il y a les épatants duos Blue Stratos, avec leur album Diamond Afterlife (2013) – une reprise des Oblivians, une autre des Real Kids et des originaux aussi bons, ainsi que leurs compatriotes, de Melbourne aussi, les Spasms et leur superbe album We Better Operate, uniquement disponible sur leur Bandcamp.

Rien à jeter non plus chez les Future Primitives, d’Afrique du Sud, y compris les albums inédits de leurs groupes précédents, Epsilons et Revelators, qu’ils m’avaient donné quand je les ai vus et interviewé pour Dig It! Les Future Primitives se sont séparés au bout de trois albums, dont un de reprises 60’s, sortis en 2012 et 2013, tout en continuant à jouer plus ou moins ensemble sous divers noms : Gumbo Ya Ya’s, Dyna Jets, Fizz Pops, King Crash, Lost Souls et Thirty Eights, le plus souvent des mini albums uniquement dispos sur leur Bandcamp.

Les cinq albums, dont la moitié d’auto produits, du (vrai) duo Ghost Wolves, sont épatants. Ils ont même édité deux singles People Ain’t No Good – Love To The Cramps, en 2020 et 2021.

J’ai beaucoup aimé le garage punk de The Hussy, de Madison, à un moment. Il y a même une cassette sortie en Italie avec mon enregistrement du show de Paris. De Madison, il y a surtout les Lonesome Savages, drivé par Dead Luke, qui n’ont sorti qu’un seul EP 4 titres All Outta Love (2011), mais quels titres ! Je me suis toujours dit que si un jour je lançais un label, la première sortie serait ces inédits des Lonesome Savages que m’avait envoyé Bobby Hussy, leur producteur. De quoi faire un mini LP, format 10’’ peut-être. Il y a là-dessus en majorité des originaux, ainsi qu’une reprise, la meilleure que j’aie jamais entendue, de Little Sister (de Doc Pomus & Mort Shuman pour Elvis).


Les Pretty Ghouls sont un trio horror garage de Détroit, avec une sorte d’Iggy(ie) au chant. Leur obsession, c’est Halloween, ils se sont rencontrés dans un cimetière. Ils ont sorti cinq singles (dont un EP) inspirés entre 2014 et 2017. Dan Kroha a fait partie du groupe, à la basse, à un moment. Leur ambition n’était pas de sortir un album, juste que leurs singles soient compilés sur un album, m’avaient-ils confié à l’époque.

J’aime beaucoup les deux premiers albums de Swamps, le one man band japonais, Kitano Homare (2015) et Rockin’ Mess (2016), beaucoup moins le dernier.

Les Yard Apes, les australiens, ont deux supers albums (et deux singles) à leur actif.

On finit encore une fois par les français. Dusty Mush, de région parisienne, et leur extension, Druggy Pizza, largement influencés par les Future Primitive puis Ty Segall (ces « woooooo ») ont surtout sorti des K7, qui s’écoutent encore bien. Les Lullies, de Montpellier sont énergiques sur scène, plus difficile à écouter sur disque comme des milliers d'autres groupes garage. De leur groupe précédent (pour deux d’entre eux), les Gry-Grys, je n’ai gardé que les deux premiers singles, de 2014 et 2015. Les Gorgons, de Paris / Évreux (Bernienville exactement) sont excellents, rien à jeter, je t’aime, Laurent. J’adore aussi Bikini Gorge, de Rennes, un duo / conjoints avec Laure à la batterie, très Peg des Gories – elle avait apprécié la comparaison que j’avais faite d’elle et Peg après un concert. Leur 7’’ Stranded  (2013) et albums Fuzztration (2015) et Cheap Loam (2019), format trio avec un second guitariste. J’accroche moins aux autres projets du leader, surtout le dernier album, paru sous le nom Chris Pal, sorte de Jay Reatard meets Devo, mais en moins bien.  De J.C Satàn, émanation des Meatards de Bordeaux, j’ai beaucoup écouté le 1er album Sick Of Love (2010), moins le reste. Je me lasse assez vite à l’écoute des albums des Limiñanas, mais pas de leur single Je ne Suis Pas Très Drogue (2010). Les Magnetix, le duo de Bordeaux, sont toujours un spectacle à voir sur scène, tout comme les Screamin’ Monkeys de Chalon-sur-Saône, biberonnés aux BFTG, avec pour l’instant deux EP au compteur, mais assez de matériel valable pour sortir un album (je n’en dis pas davantage, ce sont des potes).

Je m’aperçois, en finissant, que je n’ai pas reparlé de Roky Erickson. Mais tout le monde connaît tout de Roky, enfin, j’espère.

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Cette sélection de groupes garages 60’s (part 4) à nos jours (cette partie 5) et les commentaires plus ou moins éclairés qui vont avec n’engagent bien sûr que moi et mon bon mauvais goût. Je pense également qu’il n’y a pas que le garage dans la vie, à moins d’être aussi amateur de foot et ne soutenir qu’un seul club / chapelle.

Patrick Bainée


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