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I’m Glad They Did It # 6 et fin : Garage soul

 



Il y a ceux que la soul saoule, ceux qui font l’amalgame entre soul / rhythm & blues / funk et disco, des fans des Beatles et / ou des Rolling Stones qui n’ont jamais écouté Arthur Alexander (Anna / You Better Move On enregistrés dès leur premiers pas en studio), des fans des Detroit Cobras ou de garage 60’s qui ne font pas l’effort d’aller écouter les originaux.

Et puis il y a ceux, dont je fais partie, qui considère que le soul est la plus belle musique au monde, certains artistes ayant sorti tardivement parmi les plus beaux albums de leur carrière, je pense à Solomon BurkeDon’t Give Up On Me, 2002, avec l’aide de Dan Penn, Andre Williams – Silky, 1998, avec l’aide des Gories, ou Nathaniel MayerI Just Want To Be Held, 2004, avec l’aide de Jack Oblivan.

Comme cette rubrique est censée faire le tour du garage, je vais bien sûr me limiter aux morceaux garage soul / r’n’b, parfois appelés popcorn, qui par leur pêche peuvent s’apparenter au garage, en commençant, pour ne pas vous perdre dès le début, chers lecteurs, par les morceaux repris par des groupes garage, des blancs, je veux dire. L’inverse peut être vrai, Andre Williams avait repris Can’t Find My Mind comme renvoi d’ascenseur aux Cramps.

J’évoquais les Oblivians, dont le premier album s’appelait d’ailleurs Soul Food et qui commence par Viet Nam War Blues (leur 1er single également), un morceau du texan Lightnin’ Hopkins de 1968, Viet Nam War (Parts 1 & 2) de 1968, qu'ils ont accéléré à 3000 %, un vrai bonheur. Sur le deuxième album, ils revisitent Christina de Brownie McGhee (1954), et sur leur troisième album, figure notamment une cover de Mary Lou, un single de 1955 de Young Jessie, un gars de Dallas, dont certains autres morceaux ont aussi été pas mal repris, comme I Smell A Rat.

Les Gories vont encore chercher plus loin dans le temps pour leurs reprises de morceaux r’n’b (plutôt que soul), comme par exemple ce Early In The Morning de Ella Mae Morse (1948), une texane également. Sur leur troisième album, les Gories rendent sexy et méconnaissable There But For The Grace Of God Go I, un morceau disco de Machine, le 1er groupe de Kid Creole (& The Coconuts) de 1979. Il y a Hidden Charms, de Willie Dixon (1958) et plusieurs morceaux de Dr. Ross (Détroit), aussi. Les Gories sont géniaux. Mick Collins et Dan Kroha ont ensuite continué chacun de leur côté, avec par exemple Chains Of Love de J.J. Barnes (Détroit, période pré Motown) pour le premier, avec les Dirtbombs, et Let’s Stomp de Bobby Comstock et Little Piece Of Leather de Donnie Elbert (Nouvelle Orléans) pour le second, avec DDR.


Les Detoit Cobras ont eu notamment la bonne idée de reprendre Home In Your Heart, un morceau écrit par Otis Blackwell en 1962 pour Solomon Burke – à écouter absolument sur single (Atlantic, 1963), et repris ensuite notamment par Otis Redding, dans une version moins musclée. D’Otis, il faut au moins citer Try A Little Tenderness, cette version au festival de Monterey, 1967 ! Autre bonne idée des Detroit Cobras, ouvrir leur premier album par Cha Cha Twist, un morceau écrit par Hank Ballard pour Brice Coefield, une tuerie sortie en 1960. Encore plus vieux, 1949, Ninety-Nine And A Half Just Won’t Do, de Sister Rosetta Tharpe. Il y a aussi Village Of Love du génial Nathaniel Mayer de Détroit, morceau repris ensuite par Cub Koda. Les Detroit Cobras, qui existent encore malgré la disparition de leur chanteuse, a un âge qui n’était pas le sien, une ineptie, ont aussi eu le mérite de reprendre des morceaux de Dan Penn, Allen Toussaint, Bobby Womack, Clyde McPhatter, Mac Rebennack (Dr. John), des Neville Brothers,… (et même des Oblivians). Comme je l’ai dit précédemment, leurs versions me donnent envie d’aller réécouter les originaux.



Parmi les soul / blues men dont les morceaux ont été le plus repris par des groupes garage (ou non), le premier qui me vient en tête est Richard Berry, celui de Détroit, dont on ne compte plus les reprises de Louie Louie (1956) et Have Love Will Travel (1960), notamment. Money, de Barrett Strong n’arrive pas loin derrière. Respect, d’Otis Redding, a été repris aussi par pas mal de groupes garage. J’ai déjà cité You Better Move On d’Arthur Alexander.

Tav Falco et Lx Chilton, (l'amour) toujours. Comment ne pas évoquer Sir Mack Rice, duquel Tav a repris, version garage, notamment Tina, The Go-Go Queen et Money Talks – je ne vous refais pas l’histoire poubelles Stax, Jim Dickinson. De Sir Mack Rice, il y a aussi Mustang Sally (1965) – dont il existe une version géante par Andre Williams accompagné par Demolition Doll Rods - et parmi les reprises versions garage soul par les Panthers Burns, il y a bien sûr aussi I’m A Little Mixed Up de Betty James (Baltimore, 1961), My Mind Was Messed Up At The Time d’Eddie Floyd (Alabama, 1971, sous le nom My Mind Was Messed Around At The Time) et Big Bird du même Eddie Floyd, de façon détournée sous le nom de Gentleman In Black. De Lx, j’ai envie de citer B.A.B.Y. de Carla Thomas. Pour rester à Memphis et dans la même famille, Memphis Train de Rufus Thomas a été brillamment repris sur le EP Two Star Motel des australiens Breadmakers, qui tirent bien sûr leur nom d’un morceau de Slim Harpo.


Parmi les groupes cités dans les épisodes I’m glad they did it – garage stuff, les Blacks ne sont pas en reste avec leurs covers musclées de I Gotta Go Now et Sock ‘Em To Me J.B., toutes deux (1966 et 1967) du New Yorkais Rex Garvin, ainsi que Boss With The Hot Sauce, des, toujours New Yorkais, Davis & Jones & The Fenders (1964).

Il existe de nombreuses reprises de Headin’ For The Texas Border des Flamin’ Groovies, beaucoup moins de I Don’t Need No Doctor de Ray Charles, dont les Groovies – qui ouvraient pour Ray Charles lors d’un show en 1968 – se sont inspirés.



Un autre morceau de garage soul qui mériterait d’être repris : Trapped In A Love Affair, un inédit de Brenda Holloway période Motown qu’un anglais a eu la bonne idée de graver sur un one sided single récemment. Ça me fait penser qu’à part le déjà cité Money de Barrett Strong, repris par pas mal de groupes garage, dont les Sonics, et Leavin’ Here, un single d’Eddie Holland en 1963 - dont je préfère la version par Jimmy Hanna with The Dynamics, 1965 - repris notamment par les Gories et Th’ Losin Streaks, les hits Tamla Motown, souvent repris par les Stones, David Johansen et plein d’autres, ont connu assez peu de reprises par des groupes garage, contrairement à Stax ou Excello (Slim Harpo), par exemple.

My Baby Likes To Boogaloo du génial chanteur, songwriter et batteur Don Gardner (Philadelphie, 1962) a été repris par les Woggles ainsi que par Baby Woodrose, dans une version plus glam que garage.

Il y a aussi cette géniale B side de la chanteuse, songwriter (You’ll Lose A Good Thing) et guitariste Barbara Lynnn, I Ain’t No Good To Be Too Good (Texas, 1973). Comment non plus ne pas évoquer Tainted Love, de Gloria Jones, la copine de Marc Bolan.


Je ne vais pas vous refaire le coup de l’ABC… des précédents chapitres.

Pour finir ce petit tour d’horizon garage soul, je m’aperçois que je n’ai pas cité Nolan Strong & The Diablos, une des vedettes du label Fortune à Détroit (avec Andre Williams et Nathaniel Mayer). La compile Daddy Rockin’ Strong (2010) est un must have, pas seulement pour la présence des Dirtbombs, Dan Kroha, Reigning Sound, BBQ…

S’il n’y avait qu’un blanc à citer dans cette rubrique garage soul, ce serait – c’est donc, Eddie Hinton, qui, après avoir composé (parfois avec Dan Penn) des classiques pour Aretha, Percy Sledge, Tony Joe White, Dusty Springfield et les Box Tops, notamment, a sorti ses propres disques. Box Tops, Lx Chilton, justement, le deuxième album d’Eddie, Letters From Mississippi (1986) est décrit par Barney Hoskyns dans son bouquin Say It One Time For The Brokenhearted comme A grungy Alex Chilton-ish collection of garage soul anthems with dotty love lyrics and hoarse bleeding-throat vocals (Une collection grungy d'hymnes garage soul à la Alex Chilton avec des paroles d'amour déclamées par une voix rauque et saignante). L’album contient notamment le merveilleux Everybody Needs Love, qui a été par mal repris.

Patrick Bainée


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