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7’’ part 15 : ARTHUR ALEXANDER – You Better Move On (et la France)

 

Un nouveau 2-sider(s) et encore un artiste mésestimé, je vais le démontrer (j’espère). Faites l’essai. La chaleur, l’émotion, la sincérité, le mélange de force et de vulnérabilité que dégage sa voix devrait avoir un effet immédiat sur vous. Que du bonheur ! Ça peut même changer la vie. 

J’ai choisi le premier single d’Arthur Alexander, « You Better Move On / Get A Shot Of Rhythm And Blues », sorti sur le label Dot et produit par Rick Hall et dont les royalties lui permettront d’ouvrir son studio Fame, à Muscle Shoals. Un troisième morceau très rock sera issu de ces sessions, « You Got It », que l'on ne pouvait trouver que sur une compile multi artistes sortie en 1965 : « Greatest Rhythm & Blues Stars ». 

J’aurai pu choisir une édition ultérieure avec « Anna » (chanson écrite pour sa femme Ann) en B side de "You Better Move On", ces deux morceaux ayant été repris par les Stones et les Beatles dès leurs premières sessions en studio. Elvis Presley, Otis Redding et Bob Dylan s’y sont mis ensuite. Renvoi d'ascenseur, Arthur fera paraître un single hommage à Elvis, juste après la mort de celui-ci en 1977, intitulé « Hound Dog Man’ Gone ». 

En fait le premier single d’Arthur, c’est « Sally Sue Brown / The Girl That Radiates That Charm », la face A ayant été écrite par lui, la seconde par les frères Ron et Jimmy Isle. Le single est sorti sous le nom de June Alexander, en 1960. Le premier groupe gospel auquel Arthur a participé, les Heartstrings, n’a rien enregistré. Je racontais tout cela et plus dans deux numéros de Dig It!, vers 2006, je crois. « June » est aussi le nom du dernier album de Donnie Fritts en 2018, disparu lui aussi depuis, en hommage à son pote Arthur. 

Voilà pour situer le personnage, un géant au propre comme au figuré, comme m’avait dit en Vaughn, producteur (imposé par la maison de disques, Cf. ci-dessous) du troisième et dernier album d’Arthur, quand je l’avais interrogé pour alimenter mon article. 

You Better Move On


You ask me to give up the hand of the girl I love
You tell me I'm not the man she's worthy of
But who are you to tell her who to love?
That's up to her, yes, and the Lord above
You better move on

Well, I know you can buy her fancy clothes and diamond rings
But I believe she's happy with me without those things
Still you beg me to set her free
But, my friend, that will never be
You better move on

I can't blame you for loving her
But can't you understand, man, she's my girl?
And I'm never going to let her go
'Cause I love her so

I think you better go, now, I'm getting mighty mad
You ask me to give up the only love I've ever had
Maybe I would, oh, but I love her so
I'm never going to let her go
You better move on

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You better move on (You better move on) x 4 

Même s’il n’est pas fortuné, Arthur tient à garder sa femme qu’il peut rendre heureuse sans avoir besoin de lui acheter une bague en or, ou autre. Comme la plupart des chansons d’Arthur, « You Better Move On » est autobiographique, Arthur évoquant ici sa rencontre avec Ann, dont l’ex petit copain, après avoir rompu, aurait bien aimé la récupérer. Le morceau « Anna » allait en découler. 

En dehors des Stones, le morceau a été repris par des dizaines, voire centaines d’artistes, la version la plus marquante pour moi étant celle de Willy DeVille, juste après celle de Ben E King & The Drifters, longtemps restée inédite. 

Courte bio / discographie / tour 

Arthur n’a sorti que trois albums, en 1962, 1972 et 1993, sans très grand succès (sauf en Angleterre au début), ses copains Blacks jugeant sa musique trop country, les blancs la trouvant trop soul / R’n’B. Arthur, de son côté, se soucie peu de la couleur de peau du chanteur – du moment que la musique est bonne. Arthur a fait deux comebacks, entre temps il était conducteur de bus scolaires, après avoir été auparavant portier au Sheffield Hotel de Florence, devenu ensuite un hôpital. 

Pour la bio, vous la trouverez sur Wiki ou autres. Juste, en allant récemment à Florence, Alabama, sa ville natale où il a vécu toute sa vie, je n’ai trouvé aucune trace de lui, alors que « Elvis is everywhere », à Memphis et surtout Tupelo, sa ville de naissance. 

Aucun des trois albums d’Arthur – plus une bizarrerie, quatre morceaux sortis sur la B side d’un album de Carl Perkins (" Sing A Song With Me…"), non crédités à Arthur Alexander - n'est sorti en France. Je n’ai jamais trouvé d’explications là-dessus, si ce n’est que ces sessions « Music Mill demos » dateraient de 1976. Il existerait aussi une bande réunissant des morceaux gospel enregistrés at home par Arthur Alexander à la fin des années 60. 

Le premier album, « You Better Move On », un album qu’Arthur n’appréciait pas trop, étant été complété par des chansons « du moment » (dont « Love Letters », la plus belle version à mon avis), et enregistré à Nashville (« moins d’âme qu’à Muscle Shoals »), est sorti en 1962, US (et Canada) only. Il faudra attendre 1993 et une réédition CD pour avoir une édition européenne avec quelques singles inédits de l’époque (1962-63) comme Go Home Girl » ou « Soldier Of Love ». Beaucoup d’autres singles resteront longtemps inédits, comme « Where Did Sally Go / Keep Her Guessin’ » par exemple, le single d’Arthur Alexander le plus prisé (et pricé). Au vu du succès de « You Better Move On », Arthur dut lâcher pour quelques jours son job à l’hôtel pour entamer une petite tournée promo. Comme il n’avait jamais pris l’avion, il fallut le « liquoriser » pour arriver à le faire monter dans l’engin. Cette tournée promo les amena notamment dans le très célèbre show « American Bandstand » (Dick Clark) et ses millions de téléspectateurs. Le bonheur aurait été presque parfait si un nouveau drame n’était venu entacher la vie d’AA : la mort d’Arthur Senior, son père, donc. Arthur continuera toute sa vie à signer Arthur Junior. 

Arthur Alexander n’a joué qu’en Angleterre en dehors des USA, grâce à son succès après les reprises Stones / Beatles (qui ont aussi repris « Soldier Of Love » live at the BBC en 1963) de ses chansons. Il a joué au Marquee à Londres, show mitigé avec le groupe mod The Action en ouverture, ainsi que pour l’émission télé Ready Steady Go. Il aura aussi l’occasion de rencontrer les Beatles, ce qui contribua à lui laisser un très bon souvenir de son escapade anglaise, finalement. 

Arthur a vite flambé les royalties, l’argent lui filant rapidement entre les doigts. Il aimait les belles voitures, offrir des habits neufs à ses copains, donner tout le cash qu’il avait sur lui au premier mendiant croisé dans la rue … 

Après quelques singles sur Sound Stage et Monument (un album « The Monument Years » sortira plus tard), Arthur vivote, mais continue à écrire et enregistrer régulièrement de nouveaux morceaux, dont « In The Middle Of It All » qui sera le dernier à parler d’Ann. Ils étaient en train de se séparer, Arthur était dévasté : « My home is a lonely house … It looks like my life is about to fall » dit la chanson. Cette chanson figure le deuxième et eponymous album d’Arthur Alexander. Il écrit aussi pour d’autres, comme « Everyday I Have To Cry Some » pour Steva Alaimo, morceau qui sera beaucoup repris, notamment par (Ike &) Tina Tuner sur l’album “River Deep, Mountain High” et qu’Arthur sortira bien plus tard sous son nom. 

Certains morceaux d’une session de 1968 ne verront le jour que sur le dernier album d’Arthur sorti en 1993. 

Après une période compliquée pour Arthur, notamment au niveau sentimental, Bob Beckham, président de Combine Music, réussit à lui décrocher un contrat chez Warner Bros. Arthur traduira ce geste comme de la sollicitude, un coup de pouce pour montrer à la justice qu’il faisait tout pour se réintégrer dans la société. 

Ce contrat chez WB aboutira à la sortie d’un LP et de quatre singles. Enregistré à Memphis, l’album, sobrement intitulé « Arthur Alexander », contient très peu des morceaux écrits récemment pour Combine Music, Arthur préférant composer de nouvelles chansons et en revisiter quelques anciennes - « Love’s Where Life Begins », « Go Home Girl », rebaptisée pour l’occasion  « Go On Home Girl », ainsi que la sublime « In The Middle Of It All » -, ou faire des reprises, parfois très inspirées, comme « Burnin’ Love », un morceau de Dennis Linde (qu'il fera figurer son son deuxième album eponimous l'année suivante, 1973) qui devint le succès que l’on sait par Elvis Presley, à peine plus d’un mois après la sortie de l’album d’Arthur … Un des moments forts du disque est « Rainbow Road », un morceau composé par Dan Penn et Donnie Fritts en 1965, avec Arthur en tête, déjà repris par d’autres artistes et qui relate la vie tragique de Little Willie John (le premier à chanter « Fever », notamment). Les auteurs déclarèrent qu’aucun des autres interprètes n’avait su saisir l’essence même du morceau comme l’a fait Arthur.

Plus rien à nouveau à part quelques singles, dont un hommage à Elvis – ils étaient fans l’un de l’autre. 

Pas mal de compiles, un fan qui organise un show en son hommage en 1983. L’idée d’un nouvel album suggérée par George Soulé (Music Mill) restera à l’état de germe. 

Par rapport au dernier album d’Arthur Alexander, Jon Tiven, que j’ai déjà pas mal mentionné au fil de différents articles, ainsi que sa merveilleuse épouse Sally, tragiquement décédée en juillet 2025, m’écrit ceci : 

« ARTHUR ALEXANDER, AND MY PERSONAL HALL OF FAME

En 1990, j'ai décidé de consacrer une partie de mes précieux gains d'auteur-compositeur pour un road trip (merci Jeff Healey !). Sally et moi sommes donc partis à Nashville pour passer trois jours à écrire avec Dan Penn. Nous en avons profité pour faire un détour par Los Angeles afin de composer avec Spooner Oldham. L'entente fut immédiate avec les deux, deux créatifs exceptionnels dont l'inspiration était toujours au rendez-vous. Les chansons que nous avons écrites avec Dan ont rapidement été enregistrées par des artistes tels qu'Irma Thomas, Nathan & the Zydeco Chachas, Son Seals et Dalton Reed, notamment. Dan a apprécié le fait que j'avais réussi à faire sortir Don Covay de sa retraite et m'a suggéré de faire de même pour Arthur Alexander.

Il n’a pas eu à me le demander deux fois. J'étais fan de « You Better Move On » grâce à la version des Stones, de  « Anna » revisitée par les Beatles, et je possédais fièrement l’album de retour d’Arthur sorti au début des années 70. J'ignorais ce qu'Arthur devenait, et Dan n'était pas vraiment au courant non plus, mais il avait un numéro de téléphone à Cleveland que j'ai appelé dès mon retour à New York.

Arthur a été à la fois surpris et amusé que quelqu'un du milieu musical s’intéresse à nouveau à lui, mais pas vraiment intéressé par un nouveau comeback. La musique faisait désormais partie de son passé. Arthur avait fait quelques concerts ponctuels pour le Alabama Music Hall of Fame, mais il était pour l'essentiel à la retraite. Résigné à passer le reste de ses jours comme simple chauffeur de bus, il m'a remercié de mon intérêt et m'a invité à le rappeler dans quelques mois.

Ce que je fis. Rien n’avait changé mais il m'a toutefois demandé : « Que faudrait-il pour que j'aie une autre chance, pour que je revienne dans le milieu ? » Je lui ai dit que le mieux serait de donner un concert à New York pour les maisons de disques, et que si ça lui convenait, je pouvais m'en occuper. Il n'était toujours pas prêt, mais il m'a dit de continuer à l'appeler et au coup de fil suivant, il m'a finalement demandé de tout organiser.

Le Bottom Line avait déjà accueilli plusieurs émissions « In Their Own Words » mettant en vedette des artistes du passé. J'ai donc appelé Allan Pepper, le propriétaire du club, pour lui demander s'il serait intéressé par Arthur. Il ne connaissait pas son travail, mais m'a dit de lui envoyer une biographie et quelques morceaux. J'ai enregistré une cassette, rédigé une courte biographie à partir de ce que je savais et je la lui ai envoyée. Une semaine plus tard, il m'a rappelé pour me dire qu'il serait ravi d'avoir Arthur pour la prochaine émission « In Their Own Words ». J'ai alors suggéré d'inviter Donnie Fritts, car il pourrait non seulement chanter ses chansons, mais aussi accompagner Arthur. La formidable Lucinda Williams était également présente. J'allais nouer avec elle une amitié et une collaboration musicale qui perdurent depuis.

Le concert a été génial, à tous points de vue (nda : quelques extraits figurent en bonus sur la réédition 2007 de l’album « Lonely Just Like Me »). On s'est retrouvés devant le Bottom Line, et même s'il était en retard pour les balances, on a réussi à faire une sorte de répétition avant l'ouverture au public. Arthur n'avait pas joué devant un public pareil – attentif, connaissant bien son œuvre et incroyablement respectueux et encourageant – depuis vingt ou trente ans. Dans sa biographie, ce concert est décrit comme le point culminant de sa vie, son moment le plus heureux en musique. Deux maisons de disques étaient présentes (Elektra et Shanachie), et malheureusement, c'est celle qui avait le plus gros portefeuille qui a gagné. Bien que j'aie sollicité Elektra en précisant que je produirais l'album (et Arthur et moi avions un accord en ce sens), le représentant d'Elektra était déterminé à confier la production à un de ses managers. Je ne voulais pas faire obstacle à la dernière chance d'Arthur, alors j'ai accepté un versement de 3000 $ pour qu'ils partent et enregistrent les chansons que j'avais choisies, en utilisant la plupart des musiciens que j'avais choisis également pour jouer sur l'album.

Le lendemain du concert, Arthur est venu chez moi. On est allés manger chinois, et il a été très intrigué par mes « crevettes grinçantes » (il m'a appelé de Cleveland un mois plus tard pour que je lui rappelle le nom : creaky shrimps). On n'a pas eu beaucoup de temps ensemble, mais on a écrit et enregistré deux chansons (nda: "Let's Think About It" et "I love You So"), étonnamment réussies pour quelqu'un qui n'avait pas chanté depuis longtemps. Sa voix était magnifique, il chantait parfaitement juste et avec beaucoup d'émotion. Ses performances sur l'album suivant n'ont révélé qu'une infime partie de la beauté et du charme que sa voix possédaient encore ; il était évident pour moi que son producteur ne lui avait pas vraiment permis de s'épanouir. L'écoute de ce disque m'a beaucoup attristé, et la maison de disques l'a mis de côté pendant plus d'un an, se demandant ce qu'elle allait en faire.

J'ai gardé le contact avec Arthur, à nouveau désespéré, persuadé que son disque ne sortirait jamais. Je lui ai demandé s'il serait intéressé par un album en duo avec Carla Thomas (une amie) pour Shanachie Records, qui avait été très intéressé par Arthur au départ et qui se lançait alors dans une série d'albums avec des duos homme/femme n'ayant jamais enregistré ensemble auparavant. Arthur était partant, il m'a dit de sonder Carla pour voir si elle était intéressée (ce qui était le cas), et il m'a dit qu'il appellerait les gens qui l'avaient signé chez Elektra pour s'assurer que ça ne les dérangeait pas.

Apparemment, l'idée que quelqu'un d'autre puisse réussir avec Arthur a agacé les gens de sa maison de disques, qui ont mis un terme à notre album. Ils ont dit à Arthur que son album serait bientôt programmé. Vous connaissez la suite : l'album sort, Arthur part en tournée mais n'est pas en état de se donner à fond, il fait une crise cardiaque et décède après le premier concert. Voilà l'industrie musicale : des gens qui meurent d'envie d'y entrer et d'autres qui meurent d'envie d'en sortir. » 

Jon Tiven se démènera ensuite pour sortir un album tribute à Arthur Alexander l’année suivante, co-signant deux morceaux avec Arthur : « Let’s Think About It » et « And I Love You So ». Il fera de même pour Don Covay, mais c’est une autre histoire… 

Les premières compiles d’Arthur Alexander étaient anglaises, puis américaines. Suivront des compiles suédoises, espagnoles. La France offrira quand même son heure de gloire, trop tardive, à Arthur Alexander, via le magazine / label Larsen, en 2001, incluant même en bonus, «You Got It », issu de Ia session du single dont il est ici question : « You Better Move On / A Shot Of Rhythm And Blues ».

A Shot Of Rhythm And Blues


Well, if your hands start to clappin'
And your fingers start to poppin'
And your feet start to movin' around
And if you start to swing and sway
When a band starts a-play
A real cool 'n way out sound
And if you get the can't help it's
And you can't sit down
You feel like you gotta move around

(You need a shot of rhythm and blues)
With just a little rock an roll on the side
Just for good measure
(You need a pair of dancin' shoes)
With your lover by your side
Then you know
You're gonna have a lot of pleasure

So, don't you worry 'bout a thing
When you start to dance and sing
And chill bumps come up on you
And when that rhythm finally hits you
When the beat gets you through
Well, here's the thing for you to do

(Get a shot a-rhythm and blues)
With just a little rock n roll on the side
Just for good measure
(Get a pair of dancin' shoes)
With your lover by your side
Then you know
You're gonna have a lot of pleasure

So, don't you worry 'bout a thing
If you start to dance and sing
And chill bumps come up on you
And when that rhythm finally hits you
When the beat gets ya though
Well, here's the thing for you to do

(Get a shot a-rhythm and blues)
With just a little rock n roll on the side
Just for good measure
(Get a pair of dancin' shoes)
With your lover by your side
Then you know
You're gonna have a lot of pleasure

So don't ya worry 'bout a thing
If ya start to dance an sing 

On a tous besoin d’une dose de R&B. 

Le morceau a été composé par Terry Thompson, le pianiste de la session, également auteur – compositeur prolifique de l’écurie FAME. 

La version que je préfère est celle d’Arthur Alexander, la toute première, juste devant celles de Clyde McPhatter et des Flamin’ Groovies. Celle des Beatles (BBC) n’est pas mal non plus.

Patrick Bainée

 


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