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7’’ – part 16 – ESKEW REEDER (ESQUERITA) – Undivided Love - (et la France)

 

Le single « Undivided Love / The Flu » est sorti en 1963 sur Instant Records.

Voici un morceau que j’aurais aimé voir repris par Tav Falco. Je lui avais suggéré (ainsi que « Peanut Duck » à DDR), depuis j’ai compris qu’il ne faut jamais vouloir influencer ses idoles. Bon maintenant, Nils / Damnation Kids a quand même repris « Human Fly ».

Esquerita / Eskew Rider a eu deux carrières, en plus de celle de Little Richard du pauvre. Il est aussi chanteur et pianiste. Qui a influencé l’autre ? Les sources varient. Peut-être qu’Esquerita et Little Richard ont tous les deux été influencés par la pompadour du chanteur de jump blues Billy Wright, après tout. Certains disent même que sans Esquerita, il n’y aurait pas eu de Prince ou d’Elton John. Jugez plutôt :


Esquerita, son patronyme le plus connu - un jeu de mots entre « esquire-ita », « esquire-eater » et « excreter » - est né en 1935 à Greenville, en Caroline du sud. Un endroit pas facile à l’époque pour un noir, qui plus est homo. Steven Quincy Reeder Jr., son vrai nom, est décédé du sida à NY (Harlem) en 1986. Il avait aussi d’autres pseudos : The Voola, The Magnificent Malochi ou bien encore The Fabulash.

 Il a sorti pas mal de disques – surtout des singles, et a accompagné de nombreux artistes, dont les Clovers, sur « One Mint Julep », notamment, dont Little Richard a déclaré que le jeu de piano d’Esquerita l’avait influencé. Esquerita a d’ailleurs joué ce morceau pour Little Richard la première fois que ce dernier l’a invité chez lui, probablement en 1954. Impressionné ! Par le look de ce grand jeune mec maquillé rencontré à Macon, aussi. Esquerita et Little Richard ont écrit deux morceaux sortis sur un single de Little Richard en 1970 : « Dew Drop Inn » (qu’Esquerita avait semble-t-il déjà écrit en 1965) et « Freedom Blues ». Esquerita a même brièvement fait partie du backing band de Little Richard dans les années 70. Il a aussi participé à un album de reprises de Little Richard. Ils étaient amis avant d’être rivaux.

Little Richard a été célébré au « Rock’n’Roll Hall of Fame » en 1986, année de disparition d’Esquerita. Crack ! Il a été enterré dans une fosse commune.

Quelques mois avant sa mort, il a été vu en train de laver des pare-brises contre une petite pièce à un carrefour de Brooklyn.

Undivided Love

 


Le morceau a été co-écrit par Eskew et le songwriter / producteur Ewell Joseph Roussell Jr. C’est leur seule collaboration, dommage.

 I never thought, in my mind
That you would leave me
Standing here crying, oh yeah
You took my love and now you're gone

Down on my knees
Beggin’ please bring it home
Oh yeah,
Cause I pray
To heaven up above
Please give me an univided love

The stars are shining
Out tonight
If you were here
Everything would be alright
Oh yeah
Cause I pray...

You said you'd be
My turtledove
And no one else
Would you ever love

 The stars are shining
They're shining out tonight
If you were here
Everything would be alright
Oh yeah
Cause I pray
To heaven up above
Please give me an undivided love
An undivided love

Merci à Don Ciccone pour la retranscription.

Je n’ai trouvé qu’une reprise de « Undivided Love », par Lynn August (Mr.), sur le LP « Creole Cruiser », sorti en 1992. Encore une fois, c’est très peu pour un morceau aussi génial.

Eskew bio & discog

Après avoir accompagné Brother Joe May, un hurleur (gospel : une sorte de Chuck Berry in church) aussi, il a fait ses armes dès 1953 avec le groupe gospel Heavenly Echoes. Il est présent sur leur single « Didn’t It Rain » de 1955, il avait 18 ans. Après la séparation du groupe, il joue solo, très fréquemment au Owl Club, à Washington, sous le nom « Professor Eskew Reeder ». On a parfois comparé son jeu de piano à un mix des aigus presque déjantés de Thelonious Monk et des basses rauques et sourdes de Fats Domino.

C’est là qu’il est repéré un soir par Paul Peak, le guitariste rythmique des Blue Caps, le groupe de Gene Vincent, qui le fait signer chez Capitol et qui lui trouve un groupe guitare / basse / batterie. Je n’ai trouvé aucune autre trace discographique de ces trois musiciens.

Esquerita renverra l’ascenseur en composant « The Rock Around » le premier single (sur deux) de Paul Peek, qui fait également partie des Lux & Ivy’s faves. Esquerita accompagne Paul Peek au piano sur les deux faces du single.

Direction Nashville, en compagnie aussi des Gardenias d’Atlanta (qui ne sortiront qu’un seul single en 1962) pour assurer les backing vocals, les 15 et 16 mai 1958. Sept titres mis en boîtes, qui donneront les premiers singles.

Retour en studio en août, à Nashville cette fois, avec vingt et un titres enregistrés en quatre jours, deux bénéficiant de la présence des Jordanaires, le groupe d’Elvis, en backing vocals, dont « I Live The Life I Love », qui sera repris par les Coronados, qui avaient décidemment bon goût. Douze de ces titres constitueront le premier album eponymous sorti en 1959 avec douze chansons composées ou co-composées aux deux tiers par Esquerita, dont son (devenu) classique « Believe Me When I Say Rock’n’Roll Is Here To Stay ». Album foutraque, épatant !

Deux autres albums d’Esquerita, hors compiles, ont été édités : « Sock It Be Me Baby », une session de 1965, est sorti sur Bear Family en 1990. Que des inédits dont le titre éponyme et « Dew Drop Inn », déjà. Little Richard introduit l’album par un discours tandis que Billy Miller a rédigé les liner notes. L’autre album, c’est « Sinner Man – The Lost Session » paru en 2012 sur Norton. Il s’agit d’une session à New York en 1966, 10 morceaux dont deux d’Esquerita et une réinterprétation de « C.C. Rider », notamment. Les autres sont des reprises très New Orleans. Billy Miller et Miriam Linna, du label et magasin Norton, avaient eu l’occasion d’interviewer Esquerita pour un très long article paru dans le zine « Kicks » en 1983. Année au cours de laquelle Esquerita, cheveux désormais courts, s’est produit au Tramp, un petit club de New York.

Tombé à nouveau dans l’oubli, Esquerita racontera plus tard avoir vécu à Porto Rico, où il fut emprisonné et perdit un œil lors d'une bagarre. Il a aussi été gardien de parking à New York.

Les premiers singles sur Capitol contiennent des classiques comme « I’m Hattie Over Hattie », « Rockin’ The Joint », sûrement son morceau le plus connu, ou encore « Hey Miss Lucy », morceaux qu’on retrouvera, avec une partie des singles Capitol sur la compile « Wildcat Shakeout » sortie aux USA en 1969 et rééditée en Europe en 2010. D’autres compilations ont suivi dans d’autres pays - France, Danemark, Allemagne, UK, avec à peu près les mêmes morceaux mais des covers différentes.

Début 60, Esquerita devient Eskew Reeder, avec tout d’abord deux singles sur Minit, en 1962, dont une superbe version du « Green Door » (mais que se passait-il derrière la porte verte de ce club de Dallas ?) de Jim Lowe. Ce n’est pas la première reprise de ce morceau mais à coup sûr le plus musclée.

Il sort ensuite deux autres singles sur Instant Records, dont « Undivided Love » (1963), un morceau dont on ne peut que tomber amoureux dès les premières notes, à mon avis. Ce single est assez rare, donc cher. Il a toutefois fait l’objet d’une réédition split single en Angleterre en 2012.

En 1963, toujours, il est invité à Détroit par Berry Gordy. Je ne sais pas si des morceaux ont enregistrés pour Tamla Motown, mais à ce jour, rien n’est jamais sorti.

Quatre autres singles sortiront au milieu des 60’s sur les labels Everest, Okeh – deux 7’’ sous le nom de S. Q. (les initiales de son vrai prénom) Reeder, et Cross-Tone.

On peut trouver les deux fois deux singles Minit et Instant Records, ainsi que des inédits, notamment une session du 1er août 1962, sur une compile « I Never Dance Nowhere! » (CD only) sortie sur Charly (UK) en 1990.

Esquerita et la France

Il existe trois 7’’ d’Esquerita sorti en France, un single en 1959, un EP avec jolie cover en 1966, les deux sur Capitol / Pathé Marconi, et une réédition vulgaire dans les années 70. Je ne sais pas si « Hole In My Heart », qu’on retrouve sur les trois 7’’ a été un hit en France.

Le premier album (Capitol, 1959) a fait l’objet d’une réédition française en 1984.

Auparavant, une compile double LP regroupant l’ensemble des sessions Capitol de 1958 – inédits compris, donc, appelée « Believe Me When I Say Rock’n’Roll Is Here To Stay » était sortie en France en 1978, puis rééditée en 1989 par Fan Club (New Rose), format double LP et CD.

The Flu


« The Flu » a été co-composé par Bobby Patterson, un autre génie, George Khoury – également songwriter, producteur et patron de label – et Katie Webster, chanteuse et pianiste, comme Eskew, qui a parfois accompagné Otis Redding.

Walkin' out
Didn't talk it out
Now she's gone so you can't mark it out
I'm all alone and I must do without
All the love that I can't live without
Played along
Did her wrong
And I don't blame the girl for being gone
I was cheating on her all along
I can't really see her stayin' on
When a man is being loved
He takes it for granted
He can't see himself fallin'
He thinks he's on top
Oh, but it's not the fall
That hurts him at all
It's the sudden stop
Suddenly
She stopped loving me
Found me running 'round and set me free
Now my misery is my company
And I'm missing her touch constantly
(Walkin' out)
Oh, she's walking out
(Didn't talk it out)
(Now she's gone so we can't)
Don't wanna talk it out
Now she's gone so you can mark it out
All the love that I can't live without
(Walkin' out)
Oh, she's walkin' out
(Walkin' out)
(Now she's gone so you can mark it out)

 Encore une fois l’histoire d’une fille qui est partie. Mais là, Eskew l’avait bien cherché, il la trompait depuis le début.

J’ai déjà cité Little Richard et les Coronados. Quelques autres artistes ont aussi repris Esquerita : Barrence Whitfield s’est attaqué à « Hole In My Heart », les Morells à « Laid Off », les Lyres a « Gettin’ Plenty Lovin’ ». Big Audio Dynamite a écrit un morceau en son honneur, ainsi que Joey T et le groupe punk japonais Das Boot, et le groupe indus Xiu Xiu a appelé un de ses morceaux « Esquerita, Little Richard ». Le groupe français Chrome Reverse ainsi qu’un jeune mec, Al. Burnett, reprennent « Rockin’ The Joint », live.

 Patrick Bainée


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