INTERVIEW - OLIVIER FENESTRAZ : "NEVER MIND ZE CUIZINE ", "UNE VIE PUNK" et plus encore ...


Olivier nous a un jour contactés d'une façon bien mystérieuse… Il est trop fort, on n'a pas résisté à l'envie d'en savoir plus, ce qui nous a amenés à de nombreux échanges. Il publie aussi dorénavant des articles sur le blog et nous ouvre à des styles musicaux qui n'étaient pas ou rarement abordés sur Les Monstres Sacrés. Actuellement il est en pleine écriture de son nouveau livre... Alors parlons littérature avec lui.


Dis-nous, c'était quoi le premier livre que tu as lu ?

De mémoire, je pense que les premiers livres que j'ai aimés lire étaient la collection du "Club des cinq". J'adorais Claude, l'héroïne. Avant ça, il y a sûrement eu des livres pour enfants, mais je suis trop vieux pour m'en souvenir.

Et le premier livre que tu as lu dont tu aimes te souvenir ?

En fait, j'ai lu beaucoup de BD, notamment "Strange", le comics book dans lequel on retrouvait Spiderman. Mon héros préféré, encore aujourd'hui. Je collectionne d'ailleurs toujours des figurines à son effigie et possède quelques tatouages de ce sauveur masqué !

C'est qui qui t'a amené à la lecture, est-ce-que la bibliothèque familiale était bien fournie ?

Faute de tunes, ma mère n'avait pas les moyens de garnir à foison la bibliothèque familiale. En plus on déménageait souvent, ce qui compliquait considérablement les choses. Mais elle respectait mes désirs et m'achetait le nouveau "Strange" chaque mois, plus quand elle le pouvait, "Rahan" et "Pif Gadget". Comme je l'ai dit, j'étais plutôt attiré par la BD. De plus, dans ma jeunesse, je n'étais pas un grand lecteur. Il faut dire que j'habitais Nice, alors je préférais aller à la plage ou me balader en mobylette avec mes copains. Le goût pour la lecture m'est venu bien plus tard. En fait, ayant été cuisinier-restaurateur, une profession où l'on travaille beaucoup, je n'avais pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture, même si je lisais un peu avant de dormir. Mais en fait, je préférais passer mon temps libre en écoutant de la musique, un petit joint à la main ! La lecture régulière m'est donc venue lorsque j'ai quitté la France et que je suis devenu professeur de français à Moscou.

T'es plus classique ou littérature de gare ?

Je suis assez éclectique mais comme je vis loin de mon pays natal, je me contente parfois de ce que je trouve car le choix des livres en français est assez restreint quand on ne vit pas en France. Toutefois, j'aime beaucoup les autobiographies de personnes hautes en couleur.

Quel est le classique qui t'a le plus apporté ?

L'Assommoir de Zola. Un roman fort et très cru. On en sort pas indemne !


Donne-nous un top 5 de tes livres préférés.

Comme je l'ai dit, j'aime beaucoup les autobiographies :
L'instinct de mort - Jacques Mesrine
Papillon - Henri Charrière
Ensuite, j'aime les auteurs de romans policiers :Agatha Christie
San Antonio
Et pour finir un livre qui raconte le rock'n'roll : Les Rois du Rock - Thierry Pelletier, dit "Cochran"

Comment t'es-tu mis à l'écriture ?

Ayant été chanteur dans plusieurs groupes de punk-rock, j'écrivais des textes selon mon humeur et lorsque j'ai quitté la France en 2009, j'ai, par la force des choses, arrêté de chanter. Mais mon cerveau, lui, continuait à m'envoyer des idées, des textes, des poèmes et même des ébauches de roman policier, alors quelques années plus tard, je me suis décidé à l'écouter et ai commencé à noter ces idées dans un cahier.


As-tu une méthode particulière pour écrire ?

Particulière, je ne sais pas, mais je prends très peu de notes avant d'attaquer un livre. Je couche juste les idées principales et les personnages importants dans un petit cahier. Ensuite, j'écris directement depuis mon ordinateur et je construis l'histoire avec ce qui me passe par la tête, au fur et à mesure. Ce qui fait qu'il est fréquent que l'idée de départ soit assez éloignée du résultat final. En fait, mon cerveau, malgré mon âge et mon mode de vie ponctué d'excès divers, semble encore capable de réagir activement.

Quels outils utilises-tu afin d'améliorer ta prose ?

Je n'utilise aucun artifice, seulement un dictionnaire de français et un autre de synonymes. Je me relis et corrige moi-même l'orthographe de mes livres, car il se trouve que j'écris très bien le français. Toutefois, je demande à trois ou quatre personnes de confiance de lire en prime le manuscrit et de me donner leur avis honnête afin d'améliorer mon histoire avec leurs critiques. Mais il est indéniable que le lecteur notera une amélioration dans le style et le choix des mots, entre mon premier roman paru en 2019 et le dernier paru en 2025.

Prends en exemple un de tes livres (peut-être ton préféré), peux-tu nous en raconter la genèse (de l'idée à la version imprimée) ?

Prenons "Une Vie Punk" qui est sorti en 2022, soit trois ans après la parution de mon premier roman policier "Mort au 66A", mais qui est en fait mon premier manuscrit. J'ai eu l'idée de ce roman autobiographique car il me restait plus d'une dizaine de textes de chansons écrits durant ma "carrière" de chanteur, et je trouvais dommage qu'ils restent au fond d'un tiroir car certains d'entre eux me tenaient vraiment à cœur, et j'avais envie de les partager. Et c'est la solution que j'ai trouvée pour qu'ils puissent être lus. Alors on est d'accord, ce n'est pas la solution la plus facile ni la plus rapide, mais c'est comme ça que j'ai eu l'idée d'écrire ce roman qui raconte l'histoire de cinq copains, tous punk-rockers, qui décident de monter un groupe de musique. Bien sûr, je me suis inspiré de mon expérience, mais il y a beaucoup de choses que j'ai inventées ou piquées à des amis. Ensuite a commencé le parcours du combattant pour trouver un éditeur, car il est très difficile d'être édité quand on n'est pas connu. Même et surtout dans ce milieu au public assez restreint et peut-être pas le plus assidu à la lecture, mais plutôt à la musique live et à la bière ! Surtout que je ne vis plus en France depuis 2009. Sans surprise, j'ai essuyé pas mal de refus, même Pascal, des Editions du Joyeux Pendu m'a refusé au début, pour la raison invoquée plus tôt. Pas assez connu pour en faire un best-seller. Il m'a toutefois laissé un espoir en me disant de le recontacter quelques mois plus tard. Alors j'ai pris mon mal en patience et j'ai relancé Pascal. Et là, il a dit "banco" ! Ensuite, il a fallu trouver une photo pour la couverture et c'est Pascal qui a choisi celle de Zombie Punk, suspendu à un lampadaire non loin de Camden Market à Londres. Pascal ne connaissait pas le personnage et pensait que c'était un punk lambda et lorsqu'il a appris qu'il était "célèbre", il a un peu paniqué, mais nous l'avons contacté et lui avons proposé un exemplaire gratuit en le remerciant de sa participation involontaire. Et le mec a accepté. Bon, par contre, il est brésilien, alors il ne le lira probablement jamais. Ou alors je le lui lirai le soir, quand il sera à l'hospice, en imaginant qu'il soit mon voisin de chambrée ! Petite précision : Pascal a dû faire un retirage car le succès était au rendez-vous et le stock de mon livre a rapidement été épuisé. Comme quoi, il ne faut jamais abandonner tout espoir. Une belle leçon de vie, non ?!

Pourrais-tu présenter brièvement les différents livres que tu as publiés ?


J'ai publié quatre romans policiers parus aux Editions des Mots qui Trottent. Les histoires se passent toutes dans le 17ème arrondissement de Paris et c'est toujours la même équipe de policiers qui mène l'enquête. Enfin, presque toujours, mais je ne vais pas en dire plus pour ne pas spoiler.
"Mort au 66A" (2019) et "Mort au 66B" (2021) sont deux romans dont l'action se passe à la même adresse mais dans le bâtiment d'à côté. J'ai trouvé cette idée originale et ça rend les lieux plus familiers pour le lecteur et plus stressant pour les flics.
"Croiser les doigts ne suffit pas" (2023) et "Fallait y penser avant" (2025), sont encore deux enquêtes menées par mes enquêteurs, toujours dans le même arrondissement. Cette fois-ci les adresses sont différentes mais les enquêtes vont obliger les policiers à longuement réfléchir et à lever tous les doutes avant d'arrêter le(s) coupables(s). Rien n'est sûr jusqu'à la dernière page !
"Une vie punk" (2022). J'ai déjà parlé de ce roman autobiographique. Toutefois, précisons qu'il a été préfacé par Patrice, le chanteur du groupe de punk-rock français "Les Rats". C'est une très grande satisfaction et une grande fierté pour moi que Pat ait accepté de la rédiger. Surtout qu'il n'avait jamais fait ça auparavant et avait même hésité en se demandant s'il en serait capable. Bien sûr, il a été plus que capable et le résultat est à la hauteur de ses talents de chanteur-guitariste d'un des meilleurs groupes de rock français !
"A chacun son destin - Une vie rock de Paris à Moscou" (2024) est mon autobiographie, mais racontée sous l'angle de la musique et du mouvement punk-rock dans lequel j'ai évolué et auquel j'ai activement participé durant trois décennies. Chaque chapitre raconte un épisode lié à ce mouvement, comme le look, les concerts, les tee-shirts etc... Il n'y a pas vraiment de chronologie, mais j'emmène le lecteur avec moi jusqu'à Moscou pour finir en Bulgarie. Le tout ponctué de photos de cette époque où mes amis et moi n'avions peur de rien !
J'ai aussi sorti le fanzine de cuisine "Never Mind ze Cuizine" (auto-édité en 2007) en association avec mon ami Patrick Pujol aux illustrations. Ce fanzine propose trente recettes faciles à réaliser. Une recette par jour pour un mois, et puisqu'on n'est payé qu'une fois par mois, j'ai eu l'idée de faire en sorte que le coût des recettes diminue au fil des pages pour finir par la classique recette des fauchés, les pâtes à l'eau ! Notons que ce fanzine a été préfacé par Schultz (RIP), le chanteur du groupe de punk-rock français "Parabellum". Schultz habitait à Montreuil, non loin de mon restaurant "Le Bourg-Ville" et avait rédigé son texte sur un set de table en papier lors d'un déjeuner dans mon établissement. Là encore, c'est une grande fierté pour moi d'avoir pu l'associer au projet, car il est incontestablement l'un des monstres sacrés du rock'n'roll français !

Une dernière question avant de se quitter. Aurais-tu un livre, ou plusieurs, à conseiller ? À part les tiens bien sûr, ha ha !!!

Oui, bien sûr. Comme je l'ai dit plus haut, j'aime beaucoup les autobiographies de gens hauts en couleurs alors je vous propose les autobiographies de deux punk-rockers qui ont eu la bonne idée de raconter leur vie hors du commun.
Robière Pain - un punk de Rouen. Auteur de : "Triste Réalité"
Eric Buffard - un punk de Bordeaux. Auteur de : "Il n'a jamais fait aussi beau"

Merci Olivier et bonne continuation.

Merci à vous et longue vie aux Monstres Sacrés !

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