7’’ part 31 : LEE HAZLEWOOD – These Boots Are Made For Walkin’ (et la France)
Tout le monde connaît la version par Nancy Sinatra, qui date de 1965 (j’avais acheté le EP français l’année suivante dans une boutique d’électro-ménager qui vendait aussi des disques, à Vire).
On connaît moins la version tout aussi succulente de Lee Hazlewood, l’auteur et producteur du morceau. La version de Lee figure sur son album The Very Special World Of Lee Hazlewood (1966), mon préféré. Il semble que le single ne soit sorti qu’en 1967, au Royaume-Uni. J’ai une version démo US de 1966 (photo ci-dessus), du single « These Boots Are Made For Walkin’ » que je n’ai vu référencée nulle part. La B side est la même que pour le single UK, « My Baby Cried All Night Long », tout un programme et suite logique du le chapitre précédent consacré à Al Green.
Un sacré personnage, ce Lee, je ne vais pas vous faire la bio, ce serait trop long. Juste deux trucs qui me viennent en tête, le nom de son dernier album, Cake Or Death (2006), il se savait condamné, donc pour son prochain anniversaire ce serait soit un gâteau soit la mort. Album dans lequel il réinterprète avec sa petite fille, Pheadra, « Some Velvet Morning » : « Phaedra is her name… », la petite fille croit que la chanson a été composée pour elle, alors qu’elle l’a été pour sa grand-mère.
L’autre anecdote qui me vient en tête est relatée dans ce qui doit probablement être la dernière interview de Lee, dans le journal gratuit UK The Stool Pigeon (j’avais adhéré pour le recevoir, j’ai encore le T-shirt). L’interviewer Phil Hebblethwaite commence par demander à Lee comment il se sent – réponse « comme une merde mais c’est gentil d’avoir posé la question ». À un moment, Phil demande à Lee (gros fumeur) s’il a du feu, Lee lui tend un briquet en lui disant « tu peux le garder ». Lee avait fait graver plein de briquets avec la mention « get your own fuckin’ lighter » (achète toi un putain de briquet). J’avais traduit cette interview pour Dig It !, après autorisation de l’auteur.
These Boots Are Made For
Walkin’
Here's a little song about boots and a darlin' named Nancy
You keep sayin' you got something
for me
Something you call love, but
confess
You've been a messin' where you
shouldn't've been a messin'
That's right, someone else is gettin’ all your best
These boots are made for walkin'
That's just what they'll do
One of these days these boots are gonna walk all over you
"This is the part of the song
where
Billy Strange raised his hand and asked if he could leave the room"
You keep lyin' when you oughta be
truthin'
And you keep losin' when you
oughta not bet
And you keep samin' when you
oughta be changin'
Now what's right is right, but you ain't been right yet
Listen to me - these boots are
made for walkin’
And that's just what they'll do
One of these days these boots are gonna walk all over you
"And this is the part of the
record
Where everybody said 'Why, that can't be number one!'"
You keep playin' where you
shouldn't be playin'
And you keep thinkin' that you'll
never get burned
Well, I just found me a brand new
box of matches
And what she knows, you ain't that time to learn
These boots are made for walkin’
And that's just what they'll do
One of these days these boots are gonna walk all over you
Put on your boots and I'll put on mine
« Ce qui est juste est juste, mais tu n’as pas encore été juste… » On ne sait jamais à quoi s’attendre avec les paroles des chansons de Lee Hazlewood., d’une phrase après l’autre. On notera aussi les commentaires rajoutés par Lee entre les couplets.
La version de Lee est complétement différente de celle de Nancy : « je lui avais dit de chanter comme une gamine de 14 ans en train de fricoter avec un camionneur » (version édulcorée de sa part). Il composera neuf albums pour Nancy entre 1965 et 1969 avec le succès que l’on sait. Ils sortiront aussi trois albums en duo, dont deux bien plus tard.
« These Boots » a été repris de milliers de fois j’imagine, comme plein d’autres de ces chansons, comme « The Fool » par Elvis, morceau composé au départ pour Sanford Clark, qu’il a lancé ainsi que Duane Eddy et Gram Parsons (International Submarine Band), notamment.
J'aime particulièrement la version de "Boots..." par les Supremes, ainsi que celle, instrumentale de Billy Strange. Il existe aussi une version sortie sur CD promo en 2007, avec Duane Eddy à la guitare, ça s'appelle "Boots" (original melody).
Il y a aussi une bonne dizaine de
versions de « Ces Bottes Sont Faites Pour Marcher », dont par mes
potes de SF Rue ’66.
Lee Hazlewood live
Lee Hazlewood a dû participer a autant de shows TV plus films plus revues à Las Vegas en compagnie de Nancy Sinatra qu’il a donné de concerts, surtout aux USA bien sûr, à part quelques-uns en Angleterre ou en Suède, où il a vécu, (ainsi qu’en Epagne, Irlande et autres) dans les années 70.
Il n’y a eu qu’une seule tournée européenne en 2012, avec pour l’essentiel des membres des High Lamas comme backing band, avec un seul concert en France, au Trianon à Paris, auquel j’ai eu la chance d’assister, le 16 septembre. Il y aura un album récapitulatif de cette tournée, mais je préfère mon enregistrement, sur lequel figure toutes les intros de toutes les chansons, un peu à la façon d’un Dan Penn. J’en cite deux de mémoires. Il dit « il y a un gars qui a écrit une super chanson, mais il n’a rien compris au tempo », avant d’entamer une version hyper lente de « Whole Lotta Shakin’ Goin’ On ». Pour introduire « For My Birthday », il annonce que ce qu’il veut pour son anniversaire, c’est « a POA or a BJ », POA pour « pear or apple » et BJ pour blue Jaguar, bien sûr – et non pas, mais ça il ne le dit pas, « piece of ass / blow job ». Le public, de tous âges, réagissait au quart de tour. Il y avait les membres des Coronados deux rangs devant moi.
Après cette tournée européenne, son seul et dernier concert, excellent aussi, aura lieu au Royal Festival Hall de Londres, le 4 août 2004.
My Baby Cried All Night Long
C’est aussi un morceau extrait du
LP « The Very Special World Of Lee Hazlewood ».
My baby cried all night long x 2
She saw me dancin' with a girl named Flo
Huggin' and a kissin' with the lights down low
And my baby cried all night long
My baby cried all night long x 2
She saw me messin' with a girl named Sue
And baby can't do what Sue can do
And my baby cried all night long
All night
She cried all night
She cried all night long
Last night I cried all night long (this is the sad part)
Last night I cried, oh yeah, all night long
I saw my baby out on the town
Doin' all the things I done and Lord, it brought me down
And you can bet I cried all night long
You might also like
Last night I cried all night long
And the moral of this story is that you shouldn't be caught messin'
Where you shouldn't been messin'
Or you'll end up cryin' all night long
And that's where I ended up, cryin' all night long
'Cause I was caught messin' where I shouldn't been messin'
All night long
Lee ne se vante pas. Sa copine
pleure parce qu’elle l’a vu danser avec une autre. Et lui se met aussi à
pleurer parce qu’il lui a fait du mal. La morale de cette histoire, c’est qu’il
ne faut jamais se faire prendre en flagrant délit, sacré Lee.
Le morceau avait aussi d’abord été
chanté par Nancy Sinatra. J’en ai trouvé quelques covers, dont des versions
garage, par les espagnoles Pussycats (1998), par les Ettes (2011), les
autralien(ne)s Dandelion et John Shooley. Il y a aussi des versions par
Jennifer Keith (2011) et Miki Lamarr (2016). Morceau repris principalement par
des interprètes féminines, donc.
Discographie, dont française
Beaucoup de disques de Lee
Hazlewood ne sont sortis qu’aux USA ou qu’en Suède ou qu’en Allemagne…
Comme d’habitude, la France, entre autres, se caractérise par l’éditions de singles avec cover exclusives.
La discographie de Lee H commence par le single LH / Duane Eddy « Words Mean Nothing » dont (tout comme Lux et Ivy) j’adore surtout la B side « (Why Must I Die) The Girl On Death Row », pour moi la plus belle chanson anti peine de mort : (« elle avait toujours clamé son innocence, ils ont retrouvé le coupable, mais c’était trop tard pour. La fille du couloir de la mort », j’en pleurerai, à chaque écoute.
Un autre single, plus folk que
R’n’R, a suivi « Don’t Cry (No More) / Della » (1962). Un autre
single promo (EP 33 RMP), « The Lee Hazlewood Story » (1964) sur
lequel Lee raconte, en six plages séparées, son enfance, jusqu’à l’armée et son
boulot de disc jokey, puis le record biz - Lee a notamment formé Phil Spector
au métier de production, mais dit qu’il n’a aucun mérite dans le succès de
Phil, qui était un génie.
Même chose pour Friday’s Child (1965), réédité parfois sous le nom Houston. Au passage, le morceau eponymous qui ouvre l’album me paraît être très largement inspiré de « I Tried To Tell You », un morceau composé par Dan Penn et son pote Spooner Oldham. Contrairement aux deux albums précédents, un single a été extrait de l’album : « Four Kinds Of Lonely / By The Way (I Still Love You) ». Je ne suis pas certain qu’il y ait une version du single autre que promo.
Le single « Sand » extrait de The Very Special World Of Lee Hazlewood (1966) est donc le premier disque de Lee à sortir en France. Il s’agit d’un duo avec Suzi Jane Hokum. Et la B side est « My Baby Cried All Night Long », la même, pour rappel, que pour le 7’’ qui nous intéresse ici. Les versions norvégienne et allemande de ce single ne sortiront que trois ans plus tard. Les américains et anglais ont choisi « My Autumn’s Done Come », extrait du même album, en B side, très bon choix aussi. Autre 7’’ US extrait de l’album, « I Move Around », morceau qui se retrouve sur la B side de « Sand » en Suède. En 1966 toujours, un single inédit sort aux USA, le rocker « Suzi Jane Is Back In Town », qui annonce l’album à sortir l’année suivante.
Un autre non LP single en 1987, « Ode To Billy Joe », le morceau de Bobbie Gentry, qui bénéficie d’une sortie française. Toujours en 1967, « The Girls In Paris » est extrait de l’album Lee Hazlewoodism – Its Cause And Cure. Quelques pays sortent sous appellation Lee Hazlewood le single « Summer Wine » extrait du LP « Nancy & Lee ». La France choisira le EP « Jackson », extrait du même album.
Nouveau single hors LP en 1968, « Rainbow Woman/ I Am, You Are », sorti également en France. En France aussi, le single « Morning Dew / The House Song », toujours avec cover exclusive, extrait de l’album Love And Other Crimes. Plusieurs autres singles, mais pas en France. Encore un album en 1968, Something Special, sorti initialement uniquement en Allemagne et en Scandinavie.
Sorti en 1969, Forty est l’album le plus jazzy / crooner de Lee H. Toujours aucun LP sorti en France, un des morceaux de l’album s’appelle pourtant "Paris Bells" (et un précédent « The Girls In Paris »). En 1969 aussi The Cowboy And The Lady, en duo avec Ann-Margret. Quelques singles en seront extraits dont « The Dark End Of The Street », mais pas en France, où sera toutefois édité, avec du retard, le single « Summer Wine ».
L’album Cowboy In Sweden (1970) est un de mes préférés. Quelques singles en seront tirés, et même un film, pas en France. À cette époque, certains singles ne sortiront qu’en Suède.
1971, l’album Requiem For An Almost Lady, 1972, l’album Nancy And Lee Again, ainsi que 13. Peu de singles seront extraits de ces albums. Comme pour Poet, Fool Or Bum et I’ll Be Your Baby Tonight (1973) et The Stockholm Kid (1974), ces deux derniers albums n’étant sortis (encore à ce jour) qu’en Suède. Tout comme A House Safe For Tigers (1975) réédité depuis (2012) aux USA. Cet album contient notamment un morceau magique, « Souls Island », le nom d’une île suédoise, celle favorite de Lee dans le monde « Mais bon, c’est peut-être dû au fait que ce soit la seule que je connaisse… Quand j’habitais en Suède, je passais tous mes étés là-bas, c’est vraiment un endroit paradisiaque, qui a été très bien préservé. Je ne faisais rien, à part manger et boire du vin. Le seul petit problème, ce sont les moustiques. Et encore, moi, ça ne me concernait pas trop parce que je n’ai pas le sang sucré, alors, ils me fichaient la paix ».
20th Century Lee sorti en Suède en 1976 puis en Allemagne l’année suivante, est composé de pas mal de reprises dont « The Ballad Of Lucy Jordan » et « Indian Summer », plus connu chez nous comme « L’Été Indien », sorti aussi en single mais pas en France, ni aux USA d’ailleurs, même s’agissant des albums. Même chose pour les deux albums de 1976-77, Back On The Steet Again et Movin’ On.
À part deux singles US, rien de sorti entre la fin des années 79 et le début des années 90, époque durant laquelle des artistes commenceront à se revendiquer de ce drôle de type à la voix rauque qui avoue sans problème une passion le whiskey et l’argent, aussi, entre autres. Tindersticks, fans revendiqués, afficheront même la troche de Lee sur un de leurs singles.
Lee revient ponctuellement en 1993 avec l’album Gypsies And Indians, sorti uniquement en Finlande en duo avec Anna Hanski. L’album contient quelques morceaux composés pour Nancy Sinatra avec qui Lee est resté en bon terme, contrairement à Anna.
En 1997, Steve Shelley, le batteur de Sonic Youth monte son label, Smell Like Records, sur lequel il réédite six albums de Lee Hazlewood. En 2002 sort Total Lee!, un tribute album.
En 1999, Lee Hazlewood retrouve
son pote Al Casey pour un nouvel album, que des reprises, son deuxième album
jazzy.
For Every Solution There’s A Problem (sacré Lee, oups) est l’album de 2002 que Lee viendra promotionner en tournée. Il n’est sorti qu’en Europe et UK. Il existe aussi un CD édité uniquement en Allemagne qui s’appelle For Every Question There’s An Answer. Il s’agit d’un album promo sur lequel figure une longue interview de Lee Hazlewood. Toujours en 2002, mais uniquement en Suède et format CD, Bootleg Dreams & Counterfeit Demos, qui réunit des morceaux inédits de Lee écrits au cours des 25 dernières années.
Comme je l’ai écrit plus haut, la tournée 2002 a donné lieu à un album, The Lycanthrope Tour – Europe 2002, sorti encore une fois en Suède, format CD.
Cake Or Death sera le dernier album de Lee, plus largement diffusé (mais CD only), j’en ai parlé aussi plus haut. Un single en sera tiré.
Son dernier single sera posthume (2008), il s’agit de « Hilli »At The Top Of The World », un morceau magnifique de Amiina Featuring Lee Hazlewood. Amiina reprend « Leather And Lace » en face B. Le single n’est sorti qu’en Angleterre (CD-r promo aux USA).
Il existe de nombreuses compile des morceaux de Lee Hazlewood, avec parfois des inédits, sorties dans pas mal de pays, parfois de manière exclusive (USA, Italie, Allemagne et même Autriche, mais pas France). L’heureux acheteur (les 500 premiers) des trois LP’s réédités sur Light In The Attic sur vinyle couleur en 2017 se voyait offrir une K7 d’une heure avec des sessions (Londres et Nashville) inédites de 1969.
Patrick Bainée
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