442ème RUELLE - PUNKULTURE 13 & SPECIAL BEAR FAMILY RECORDS : Wynonie HARRIS / FRANKENSTEIN'S PARTY / SANTA IS ROCKIN' AND ROLLIN'
Wynonie HARRIS : Rocks (CD, Bear Family Records)
Wynonie Harris est né le 24 août 1915 à Omaha, Nebraska. Cette date est celle mentionnée sur sa pierre tombale même si d'autres sources donnent 1913, à commencer par les concepteurs de cette compilation qui semblent s'être basés sur un document de recensement militaire, rempli par Wynonie Harris lui-même, sur lequel il prétend être né en 1913. Mais l'on sait que ces documents sont sujets à caution et qu'il faut souvent en adapter la grille de lecture. En effet, Wynonie Harris remplit ce document en 1934, il prétend donc avoir vingt et un ans, soit l'âge légal pour pouvoir fréquenter des établissements vendant de l'alcool, alors que, s'il avait mentionné 1915, ça ne lui aurait fait que dix-neuf ans, lui interdisant de fait l'entrée dans de tels établissements, un handicap pour son activité, à l'époque, de danseur, et bientôt de chanteur. Un document sur lequel il affirme d'ailleurs être sans emploi et vivre toujours chez sa mère, Mallie Hood Anderson, qui n'avait que quinze ans à sa naissance. Wynonie Harris ne saura jamais qui est son père, même si, bien plus tard, sa première épouse et l'une de ses filles affirmeront que ce géniteur inconnu était un Amérindien du nom de Blue Jay, sans produire aucune preuve confirmant ces dires. En 1920, Mallie Hood Anderson épouse un certain Luther Harris qui donne son nom à l'enfant de cinq ans. En 1931, à l'âge de seize ans, Wynonie Harris quitte définitivement le système scolaire. Presque aussi précoce que sa mère, il a ses deux premiers enfants à dix-sept et dix-huit ans, de deux mères différentes. Enfants qu'il ne reconnaît pas et qu'il abandonne aussitôt à l'éducation de leurs mères respectives. Le second de ces enfants, un fils prénommé Wesley, deviendra chanteur et guitariste dans des groupes comme les Five Echoes, les Sultans ou l'orchestre du saxophoniste Preston Love. Wynonie Harris entame sa carrière artistique à Omaha dès le début des années 30 en formant un duo de danseurs avec Velda Shannon, gagnant vite une bonne réputation. En 1935, il commence à chanter du blues, se rendant fréquemment à Kansas City, Missouri, pour y écouter des blues shouters comme Jimmy Rushing ou Big Joe Turner, ce qui va façonner son propre style. En 1940, Wynonie Harris s'installe à Los Angeles où il gagne le surnom de "Mr. Blues". En 1944, il est embauché par le chef d'orchestre Lucky Millinder. C'est au sein de cet orchestre, toujours en 1944, qu'il enregistre son premier disque pour Decca, "Who threw the whiskey in the well", qui devient n° 1 des charts rhythm'n'blues du "Billboard" en juillet 1945 pour huit semaines, un carton. Outre ce succès, tournant à travers tous les États-Unis avec Millinder, avec notamment plusieurs résidences à Harlem, la renommée de Wynonie Harrisg grandit, ce qui débouche inévitablement sur des dissensions financières entre les deux hommes. Wynonie Harris quitte Lucky Millinder dès 1945 pour se lancer dans une carrière solo. Au fil du temps, il va sortir des disques sur de nombreux labels, Philo, Apollo, Bullet, Aladdin et surtout King sur lequel il va connaître ses plus gros succès entre la fin des années 40 et le début des années 50, le plus important d'entre eux étant "Good rockin' tonight", écrit et créé par Roy Brown en 1947. Wynonie Harris reprend la chanson l'année suivante, en 1948, et atteint la première place des charts rhythm'n'blues, Roy Brown n'ayant pu faire mieux que treizième. La version de Wynonie Harris, plus énergique que celle de Roy Brown, inspirera Elvis Presley quand ce dernier reprendra à son tour la chanson pour Sun Records en 1954. Au total, entre 1945 et 1952, seize des singles King de Wynonie Harris entrent dans le top 10 rhythm'n'blues, une belle moyenne de deux par an. À partir de 1954, qui marque la fin de son contrat avec King, le succès de Wynonie Harris décline sérieusement. Il recommence d'ailleurs à papillonner d'un label à l'autre, enregistrant pourtant sur quelques étiquettes prestigieuses comme Roulette ou Chess, label sur lequel il sort ses derniers disques en 1964. Il se produit pour la dernière fois sur scène à l'Apollo de Harlem en 1967 et meurt le 14 juin 1969 à Los Angeles, d'un cancer de la gorge, ou de l'œsophage, à l'âge de cinquante-trois ans. Cette compilation est consacrée exclusivement à sa période King, entre 1947 et 1954, avec un dernier titre enregistré par raccroc en 1957, autant dire qu'on n'y trouve que des pépites, du genre qui décoiffent, attention à votre brushing. On y trouve évidemment l'immanquable "Good rockin' tonight", ainsi que trois autres titres signés Roy Brown, "Lollipop mama", "I want my Fanny Brown" et "Good mambo tonight", un titre de 1954 qui surfe, en monde latino, sur le succès de "Good rockin' tonight". Wynonie Harris lui-même signe plusieurs chansons, seul ou en collaboration, dont, en 1952, avec Henry Glover et Lois Mann (tous deux collaborateurs réguliers du chanteur), un ironique "Bad news baby (There'll be no rockin' tonight)", ou, en 1949, avec Teddy McRae, "All she wants to do is rock", autre n° 1 rhythm'n'blues, les deux hommes, en 1954, parodiant ce titre qui devient "All she wants to do is mambo". Sa seconde épouse, Gertrude Harris, signe "Git to gittin' baby" en 1954. On remarquera encore la reprise de "Drinkin' wine spoo-dee-o-dee" de Sticks McGhee en 1949 ou "Rock Mr. Blues" et "Mr Blues is coming to town", tous deux en 1950, qui mettent l'accent sur le surnom qui lui avait été attribué dès 1940. Sur toutes ces faces King, Wynonie Harris est accompagné par un groupe au grand complet, avec section de cuivres fournie, au sein de laquelle on peut entendre, de ci de là, les saxophonistes Hal Singer, Buddy Tate et Red Prysock, le trompettiste Hot Lips Page ou le tromboniste Joe Britton. Autres intervenants réputés, le pianiste Milt Buckner, le groupe vocal the Royals ou le guitariste Mickey Baker. Que du beau monde, que de l'efficace, que du racé.
FRANKENSTEIN'S PARTY (LP, Bear Family Records - www.bear-family.de)
Frankenstein a le vent en poupe en ce moment, même cette saloperie de coronavirus s'y met avec sa dernière variante, justement baptisée du nom de la créature ramenée à la vie par le baron Victor Frankenstein, une variante rose avec des picots verts, ça ne s'invente pas, mais c'est assez logique si l'on prend en compte le fait que cette bestiole s'est peut-être très certainement échappée d'un laboratoire dirigé par de petits apprentis sorciers, labo en partie financé par la France en plus, pas de quoi en être fier. En l'occurrence, si la nature est parfois taquine, là, pour le coup, elle ne serait peut-être pas entièrement responsable. Bref, tout ça pour dire que, sur cette compilation, Frankenstein - adoptons l'usage qui veut que le grand public ait ainsi nommé la créature qui, chez Mary Shelley, n'a pas de nom, sinon ça risque de devenir vite lourdingue de préciser à chaque fois que le monstre est censé être anonyme - Frankenstein, donc, a invité tout un tas de copains pour une petite surprise-partie pas piquée des asticots, et sans attendre Halloween. Ainsi, notre créature préférée, à la coupe de douilles d'un noir peroxydé du meilleur effet - et pourquoi le noir ne pourrait-il pas être peroxydé, pourquoi ça devrait-il être réservé aux bimbos blondes et poitrinaires, je pose la question - a convoqué le ban et l'arrière-ban de tout ce que le monde artistique horrifique compte de phénomènes de foire et de châteaux hantés. Tous ont répondu présent. En quatorze morceaux triés sur le volet bouffé aux termites, vous pouvez ainsi danser le rock'n'roll avec Dracula, le loup-garou, une ou deux sorcières, quelques zombies, autant de démons, ce brave Jack l'Éventreur, un chat noir en vacances ou encore des fantômes à la pelle, une vraie buanderie, sans compter des incarnations humaines, ou presque, au pedigree sans tache, à la tête desquelles on trouve l'incontournable Screamin' Jay Hawkins, mais aussi Round Robin, Jack and Jim, les Monotones ou autres Casey Jones. Des seconds couteaux qui font néanmoins le job. Honnêtement, avec tout ça, si vous faites tapisserie toute la soirée, c'est que vous y mettez vraiment de la mauvaise volonté. Plus qu'à Universal dans les années 30 et 40, c'est à la Hammer que cette compilation rend surtout hommage puisque toutes ces chansons vous font remonter le temps jusque quelque part entre 1956 et 1965. Une passation de pouvoir symbolique puisque 1956 est l'année de la mort de Bela Lugosi, dont le fantôme nous envoie ses cartons d'invitation en introduction de "House of horrors" de Merv Griffin, morceau qui ouvre ces hostilités gothiques en diable. Virgil Holmes, en 1961, résumait bien la situation dans son "Ghost train", cette compilation est une bande son idéale pour un tour de train fantôme ou pour la visite d'une des innombrables maisons hantées qui fleurissent aux États-Unis aux mois d'octobre et novembre, entre dinde farcie et citrouilles gravées. Mesdemoiselles, faites juste attention à vos petons s'il vous prend l'envie de danser un jerk avec Frankenstein et son 55 fillette délicatement chaussé de godillots en ferraille. Par prudence, faites-vous prescrire l'achat de ce disque par votre médecin, il saura quoi faire en cas de dommages collatéraux.
SANTA IS ROCKIN' AND ROLLIN' (CD, Bear Family Records)
SANTA IS ROCKIN' AND ROLLIN' (LP, Bear Family Records)
La chanson de Noël est une longue tradition de l'industrie musicale américaine. Outre Atlantique, avec les premiers frimas, qui font à la fois tomber les feuilles et s'enrouler les centipèdes se préparant à hiberner, pullulent également les disques de Noël. Bon, pulluler est peut-être un peu exagéré, surtout aujourd'hui, mais naguère le terme était assez approprié tant les disques de Noël semblaient apparaître spontanément dans les bacs des disquaires le dernier mois de l'année, comme les sorcières fin octobre ou les lapins en chocolat du côté de Pâques, les phénomènes naturels récurrents ne laissent décidément pas de nous étonner. Globalement, ces disques de Noël sont quand même de belles daubes, tous les pontes de la variété américaine la plus nauséabonde s'étant pliés, ou se pliant encore, à cette figure imposée par le mercantilisme le plus abject. Mais, comme nous sommes en Amérique et que Noël, là-bas, dans un pays chrétien extrémiste, autant qu'ici d'ailleurs, malgré le pseudo vernis laïc qui n'est qu'une mascarade, reste un incontournable du calendrier, une palanquée de rockers se sont eux-mêmes frottés à la bedaine grassouillette du Père Noël, appelé Santa Claus localement, réminiscence du Saint-Nicolas des pays nordiques et anglo-saxons, le Père Noël étant bel et bien une invention américaine, plus précisément une invention de quelque directeur marketing de Coca-Cola (pourquoi croyez-vous qu'il porte une houppelande rouge et blanche ?). Depuis soixante-dix ans, le rock'n'roll a donc largement fricoté avec le papy couperosé, ce qui a donné quelques savoureuses papillottes, peut-être pas en chocolat, mais goûteuses quand même. Vingt-cinq d'entre elles sont réunies sur cette compilation qualifiée de saisonnière, à juste titre, par Bear Family. Comme toujours avec les compilations thématiques du label allemand, la période étudiée est la même, la décennie comprise en 1955 et 1966, en plein cœur du foisonnement rock'n'roll primitif, une histoire de droits et de domaine public, mais aussi une question d'éthique artistique vu que, à cette époque formatrice, ça fusait de toute part, ça émulsifiait grave, ça osait tout, ou presque. Que du rock'n'roll ici, avec un peu de rhythm'n'blues musclé, mais ça reste en famille. Quelques noms familiers devraient faire dresser l'oreille de l'auditeur, Nathaniel Meyer, Jack Scott, Del Reeves, Santo & Johnny, les Four Imperials ou encore Bobby (Boris) Pickett, ce dernier, fidèle à lui-même, trouvant le moyen de faire déferler quelques monstres sous le gui ou dans la cheminée. Du côté des morceaux choisis, on rockifie du traditionnel, "Jingle bells" en tête ("Jingle rock" de Tommy Lee & the Orbits, "Twistin' bells" par Santo & Johnny, "Jingle bells boogie" par Jody Levins and his Boys, "Rockin' "J" bells par Little Bobby Rey), mais aussi "White Christmas" (Jerry Robinson), ou on reprend quelques néo-classiques, pour l'époque, déjà estampillés rock'n'roll ("Run Rudolph run" de Chuck Berry par les Outlaws). On célèbre aussi le vieux barbu ("Rockin' Santa Claus" par les Martells, "Mr. Santa Claus (bring me my baby)" par Nathaniel Meyer, "Santa is rockin' and rollin'" de Bill Parker, "Twisting Santa Claus" par Del Reeves, "Rock'n'rollin' Santa Claus" par Benny Lee with the Ken-Tones, "Santa Claus rock and roll" par Kathy and Jimmy Zee, "Santa's got a coupe de ville" par les Four Imperials, façon surf à la Beach Boys) tout comme les bestiaux qui le transportent ("Rockin' on a reindeer" d'Harry Lee, "Rock'n'Rudolph" par les Uniques). On paie aussi tribut à ceux qui, du côté obscur de la Force, célèbrent Noël de manière plus mièvre ("I wanna spend Xmas with Elvis" par Little 'Lambsie' Penn, Elvis Presley n'ayant pas été le dernier à faire plaisir à sa môman en sacrifiant à la tradition). Mais les deux trucs les plus drôles de cette compilation sont l'œuvre de deux Canadiens, Donny Burns d'un côté avec "Cool Yule", morceau qui recycle le riff de guitare de "Peter Gunn", qui n'a pourtant rien à voir avec Noël à la base, le Québecois Marcel Martel de l'autre qui écrit, compose et interprète, en français laurentien, avec l'accent idoine, "Rock'n'roll du Père Noël" dans une veine country musclée, avec solo de pedal steel guitar, j'adore. Cette compilation se décline en deux versions. La première est la complète, en CD, avec un livret nous offrant à voir des photos de Bela Lugosi jouant au poker avec le petit père Santa, Peter Lorre s'apprêtant à gratifier qui vous savez d'un bon coup de batte de base ball derrière l'occiput ou encore les Petites Canailles (Our Gang ou Little Rascals en VO) transformées en chaussettes humaines pour recevoir leurs cadeaux. La seconde, plus parcellaire, seize titres seulement, mais en vinyl rouge avec étiquettes centrales vertes, soit les deux couleurs traditionnelles du Père Noël de l'autre côté de la grande mare. Pas d'inédits par rapport au CD, mais un bien bel objet qui ferait un bien beau cadeau pour tout amateur de rock'n'roll festif, qu'il croie au Père Noël ou pas, encore que, en l'occurrence, rien que le fait de recevoir ce disque au pied du sapin aurait de quoi nous faire devenir dévot, voire calotin, ne serait-ce que pour une soirée.
PUNKULTURE 13 (Fanzine, Mass Productions - www.massprod.com)
Sans vouloir profaner la réputation de nombre de ses éminents confrères au contenu tout aussi méritant, force est de constater que "Punkulture", le fanzine édité par l'association Mass Productions, mérite de se voir attribuer pas mal de bons points pour l'ensemble de sa publication. Premier bon point, la rédaction du fanzine n'est pas superstitieuse - encore heureux serais-je tenté d'ajouter avec insistance, la superstition n'étant souvent rien d'autre que l'une des expressions les moins reluisantes des religions... quoi que, à la réflexion, peut-on vraiment trouver quelque chose de reluisant dans ces phénomènes de société plutôt nauséabonds, à part les métaux précieux de leur mobilier rituel... poser la question c'est déjà y répondre, mais je m'égare. Pas superstitieuse la rédaction, donc, pour faire paraître son treizième numéro pour son treizième anniversaire. J'en vois déjà qui vont me rétorquer que, selon leurs vagues souvenirs scolaires de problèmes d'intervalles, qui leur ont pourtant sûrement filé pas mal de migraines durant leur prime jeunesse, un treizième numéro pour un fanzine annuel devrait paraître à l'occasion de son douzième anniversaire. Pas faux en temps normal, c'est vrai, sauf que là il y a du raffinement, il y a eu un hiatus, une année blanche, dans l'histoire du zine, d'où ce décalage. Je sais, ce n'est pas cool de la part de "Punkulture" de complexifier ainsi un problème mathématique déjà ardu, mais bon, jusqu'à preuve du contraire, le fanzine n'a pas pour but de vous faire réviser vos cours en vue du brevet des collèges ou du baccalauréat, il fallait prendre vos précautions avant. Deuxième bon point, la rédaction de "Punkulture" aime le beau et le fait savoir dès sa couverture, systématiquement commandée à des artistes activistes de la scène punk, au sens très large du terme, tant musicalement que graphiquement pour le coup. Cette treizième livraison ne pouvait décemment pas déroger à une règle dûment inscrite dans la constitution du fanzine, une constitution dont même Mélenchon ne demande pas l'abrogation, pour une fois, si ce n'est pas là un signe évident de sa pertinence revendicative... Pour ce numéro, c'est donc Laura Satana (petite sœur de Tura ? cousine de Satanico Pandemonium ? une famille dont on aimerait faire partie) qui s'y est collée, avec un beau portrait de vampirette tatouée et piercée comme il sied à toute punkette qui se respecte. L'artiste ayant droit, comme de coutume, à son interview à l'intérieur, histoire d'en apprendre un peu plus sur son œuvre. Troisième bon point, le fanzine a beau traiter de punk, il aime la classe et le luxe avec son habituel papier glacé et son impression tout en couleurs. C'est quand même autre chose que la banale feuille de chou bêtement photocopiée non ? Et je sais de quoi je parle, vous aussi d'ailleurs si vous lisez cette chronique via la version papier de ma modeste gazette, même si, étant enfin entré dans le XXIe siècle, je suis par la même occasion également passé à la couleur, enfin surtout le photocopieur que je squatte éhontément pour contribuer à l'abattage d'arbres qui ne m'ont pourtant fait aucun mal, ce qui m'oblige à composer avec mes paradoxes personnels, mais comme je suppose que vous ne vous souciez guère de mes contradictions existentielles, je ne vais pas non plus m'appesantir sur ma petite personne. Corollaire de l'utilisation de ce papier haut de gamme, le truc pèse son poids. Inconvénient, vous aurez du mal à le glisser dans la poche, fut-ce celle d'un treillis militaire, au risque que ça déborde de partout, avantage, en le lisant vous faites aussi de la musculation, ce qui vous permet en outre d'éliminer quelques-uns des degrés absorbés avec votre dernière bière. À vous d'évaluer le ratio bénéfices/risques. Quatrième bon point enfin - que Vincent, le rédacteur en chef de l'ouvrage, va bientôt pouvoir transformer en image, les plus anciens lecteurs sauront de quoi il retourne - le contenu électrique et en béton du sommaire, béton, matériau fort peu conducteur, j'en conviens, mais c'est la seule métaphore que j'ai trouvé pour exprimer mon admiration et mon intérêt, ne me demandez quand même pas de trop réfléchir à ce que j'écris, déjà que j'attends avec impatience la fin de cette chronique pour aller me faire un café bien serré afin de stimuler mes pauvres neurones amorphes, je ne vais pas non plus faire du Pierre Dac ou du Pierre Desproges pour satisfaire votre envie de finesse. Au fil des pages, ça parle d'art, avec Laura Satana, je l'ai déjà évoquée, mais aussi la deuxième partie d'un article consacré aux crânes squelettiques sur les pochettes de disques, le collage usuel de BB Coyotte, une interview d'Alteau, une autre de Stéphane Oiry qui vient de consacrer une BD à Gilles Bertin, l'ex Camera Silens récemment disparu après sa cavale de près de trente cinq suite à un braquage de la Brinks, vous connaissez sûrement déjà l'histoire. Et puisqu'on en est aux portraits, on en trouve une belle fournée tout au long des cent pages du zine, Michel Garçin, un architecte spécialisé dans les salles de spectacle et fan de punk depuis le berceau, ou pas loin, Fred Skarface (toujours la patate sur scène celui-là, je l'ai encore constaté l'été dernier), Josh Santaga (ex Curbside notamment, aujourd'hui agriculteur cannabique), Fra (Eternal Youth, Burning Heads), Terreur Twist, M.S.T., Bakounine (le groupe, pas l'anarchiste, évidemment, je ne sache pas que Steph et Marylène Deviance puissent parler avec les morts, dans quelques années, peut-être, mais pour le moment, non), No Means No (raaahhhh, l'un des mes groupes préférés), the Worst, Wunderbach, Toyade, Jaws ou the Rough Kutz. On trouve aussi un brelan de tour reports, Jodie Faster en Europe (toute l'Europe ? non, pas loin mais pas tout à fait, quelques pays ont résisté à l'envahisseur gaulois, ce n'est que partie remise), Tados au Canada, René Binamé au Canada itou, quasiment en même temps mais pas ensemble. Arrosez le tout de chroniques disques (moins nombreuses que d'habitude), livres et fanzines, et ça devrait pousser sans trop de peine, y compris dans votre jardinière de balcon.
Léo442




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