7’’ part 25 : FLAMIN’ GROOVIES – Grease & More Grease (et la France)

 





J’aurais pu choisir presque n’importe quel single des Groovies, il n’y en a que des bons. Seuls quelques albums sont bancals. 

Deux pour le prix d’un cette fois, Grease et More Grease étant indissociables, merci Marc Zermati, cet article lui est dédié. J’avais bien sûr acheté ces deux singles sortis sur le label Skydog à l’Open Market, à l’époque (1973-74). Ces deux disques ont contribué à améliorer ma vie d’adolescent. 

Le EP 4 titres Grease et le single 2 titres More Grease ont été enregistrés à la maison (le salon d‘un des membres du groupe), « Live At Mangels » en 1971-72. Ils sont ensuite sortis format mini CD 3’’ puis ont été regroupés sur le maxi 12’’ Super Grease et plus tard sur un CD Grease (The Complete Skydog Collection), puis double LP remasterisés à l’occasion d’un Record Store Day en 2017, ces deux derniers contiennent bizarrement aussi les morceaux « Feel A Whole Lot Better », « Paint It Black » et « Shake Some Action », sortis sur Sire. Marc Z m’avait dit « eux aussi m’ont piqué des morceaux, ils ne diront rien ». Et puis il était copain avec Seymour Stein. Il y a aussi la compile Sixteen Tunes sortie format CD en 1990. Je vous passe les pressages japonais. 

Grease débute par « Let Me Rock », le tout premier titre co-composé par Chris Wilson et Cyril Jordan, un message adressé aux radios FM, qu’ils avaient revisité sur leur dernier album Fantastic Plastic (2017) ainsi qu’en B side du single « Crazy Macy », seul single extrait de l’album (et le morceau que j‘aime le moins). « Let Me Rock » est le morceau que les Shoo Chain Brothers avaient choisi de reprendre pour la compile espagnole Groovin ‘ Round The World:  A Tribute To The Flamin’ Groovies.


Arrive ensuite « Dog Meat », un de mes titres des Groovies favoris, intro basse/ batterie / guitare incroyable, on sait dès les trois premières secondes que le morceau va être fabuleux. Une autre composition Wilson / Jordan. Sur le même tribute espagnol, c’est Adam West qui a choisi de reprendre « Dog Meat ». Il y a aussi une version par Yo La Tengo incognito sur leur album Condo Fucks.



« Sweet Little Rock’n’Roller » est bien sûr le morceau de Chuck Berry, très bonne version qui aurait pu s’intitulé « Sweet Little Rock'n’Roll Holler », Chris était spécialiste des cris à l’époque.


« Slow Death » a été composé par Cyril Jordan et Roy Loney, juste avant que ce dernier quitte le groupe. Il existe une version live en juillet 1971 que l’on trouve sur l’album Live 1971 San Francisco, sorti en 2017. On ne compte plus les reprises de « Slow Death » : Dictators, Hoodoo Gurus, Scientists, Barracudas, Brimstone Howl, Street Walking Cheetahs (sur la compile espagnole), Vibrators, les membres des Groovies eux-mêmes, à plusieurs reprises (c’est le cas de l’écrire), pour citer les plus intéressants. Il existe même une version française, genre Tambours du Bronx au début puis Captain Beefheart, « Mort Lente », par Gegenacht (cassette de 1984, réédition CD en 2011), ex Guerre Froide. Toujours des français, les Dynamite Shakers reprennent aussi « Slow Death ». 


Alive Forever! (More Grease) c’est « Jumpin’ Jack Flash » sur la face 1, dans une version quasiment aussi bonne que celle des Stones, dont c’est mon morceau favori. Le disque commence par « We want The Stones, we want The Stones » qui introduisait le EP de ces derniers, Got Live If You Want It (1966). Les Groovies ont revisité le morceau sur leur dernier album et, sur scène, Cyril Jordan introduisant le titre en disant que c’était le morceau le plus jouissif qu’il ait jamais interprété. La B side « Blues From Phyllis » est tout aussi bonne, un de ces morceaux mid tempo qui va très bien aux Groovies (et aux Real Kids). Ils se sont servis de base du morceau pour « Don’t Put Me On », qui figure sur l’album  Now (1978). Je ne connais qu’une seule reprise de ce morceau, par le groupe new yorkais garage punk The Easy Leavin’, mispelled « Blues For Phylis » sur leur premier album, Good Time Head-On Collision! (2000), déjà mal orthographié, mais un peu moins, « Blues For Phillis » sur la compile espagnole, que je vous recommande au passage, à force de la citer. 

    

Les Groovies en France / bio light intercalée 

Les Flamin’ Groovies Mk1, avec Roy Loney au chant, n’ont joué qu’aux USA. Une tournée était prévue après la sortie de l’album Teenage Head, le label a fait faillite. Exit Roy Loney, remplacé par Chris Wilson, en 1971, donc. 

En 1972, les Groovies débarquent en Angleterre, où ils donneront plusieurs shows, notamment au Bikershow Festival, longtemps recherché (partagé récemment) par les fans, les Groovies reprennent notamment « Sweet Jane » du Velvet Underground. Ils donnent également un concert à Créteil, le 18 octobre, dans le cadre de l’ouverture d’une grande surface. Jacques y était. Il pourra compléter. (voir en PS)


Il faudra attendre 1975 pour un show à l’Olympia, show qui a failli être annulé parce que Cyril Jordan avait un petit rhume ou autre. Marc Zermati, un des organisateurs du show, m’a raconté qu’il avait failli en venir aux mains avec Greg Shaw (Bomp!), qui soutenait Cyril. Pour ma part, je verrais les Groovies pour la première fois en 1976, à l’Hippodrome de Paris – ils étaient passés à Le Havre la veille, puis au Stadium en 1978. 

Ils ne tourneront pratiquement qu’aux USA entre 1979 et 1981 – à part quelques shows en Allemagne en 1980, dont Berlin, en compagnie des Cramps, notamment - et finiront par se séparer avec le départ de Chris Wilson le 31 octobre, après un show au Miyako Hotel de San Francisco (près du Fillmore). Le répertoire n’était quasi plus composé que de reprises des Beatles et des Stones. Le groupe a continué à vivoter durant quelques concerts en 1982. 

Cyril Jordan et George Alexander ont ravivé le groupe en 1986, avec assez de succès. Je les avais vus au Rex Club en 1987, seul concert français auquel assistait aussi Daniel Darc, visiblement épris du groupe. Chanteur un peu trop hardos à mon goût. Ils ont joué un peu partout, y compris en Australie, qui, après la France (Skydog) allait devenir leur terre d’adoption, avec un fan club et de nombreuses sorties (nouvelles et rééditions) sur le label Aim. 

Cyril et Roy Loney ont commencé à rejouer ensemble en 2009-11, puis, après des années de silence, voire de procès à propos de l’utilisation de « Shake Some Action » dans un film (Clueless, 1995, version par Cracker), Cyril et Chris Jordan se sont rabibochés et ont commencé à tourner à nouveau, toujours avec George à la basse, à partir de 2013 – Japon, Australie… et jusqu’en 2017. Une tournée était prévue en 2014, les Groovies seraient passés chez moi, à Évreux (j’ai un pote à SF qui est le meilleur ami de Cyril) pour être ensuite répartis moitié chez moi moitié chez Jacques à Paris pour passer la nuit. Mais Cyril « collapsed on stage », une tournée de plus annulée.

 En 2015, ils ont joué au Trabendo, à Bordeaux aussi. En 2016 au Petit Bain et, en 2017, à la Maroquinerie, à Toulouse et à des endroits improbables comme Pagney-Derrière-Barine. 

J’ai vu les Groovies pour la dernière fois au Petit Bain, à Paris en 2019, il y avait toujours Cyril, mais plus Chris, parti s’installer à Portland, Oregon. 

Les Groovies tournent encore, avec Cyril Jordan comme seul membre historique, qui a eu le culot de virer son ami d’enfance George Alexander, peut-être le meilleur bassiste du monde. Les derniers concerts français ont eu lieu en 2022. J’ai zappé. 

Discographie française

Le premier (mini) album des Groovies, Sneakers, était un 10’’ autoproduit, 1968. Même format pour la réédition Skydog, 1975, puis espagnole (2000) et italienne (2004). D’autres pays (Allemagne 1980 et Australie 1985) ont préféré le format LP, et les USA (Sundazed, 1996) le format CD, avec un live 1968 en bonus, quand même. 

Le deuxième album, Supersnazz, avec les petits pompiers dessinés par Cyril Jordan qui resteront les mascottes du groupe, est sorti aux USA / Canada / Pays-Bas (EPIC) en 1969. La première réédition est encore une fois la française (MZ) en 1975. 

L’album suivant, Flamingo, sorti en 1970, n’a jamais bénéficié d’une sortie française à l’époque, contrairement à Teenage Head (1971), l’album que les Stones auraient aimé sortir (supérieur à Sticky Fingers de la bouche même de Mick Jagger), qui contrairement à l’édition US affichait le nom Flamin’ Groovies sur le haut de la cover. Dernier album avec Roy Loney au chant. En France, un double LP regroupant Flamingo et Teenage Head est sorti en 1976 sous le nom de Collector’s Item

Après la période UK 1972-73, il faudra attendre 1976 pour le nouvel album Shake Some Action, dont la première édition est la française, avec un ordre de morceaux différent (les mêmes quatorze) par rapport à l’édition US ou UK, et aussi un son beaucoup moins bon, je le sais j’ai gardé les deux, le français acheté à l’époque (à Lisieux) et l’US plus tard, quand j’ai su… 

Still Shakin’, un album de démos, est aussi sorti en France en 1976, avec la réputation de n’avoir été écouté (acheté ?) que par des rock critiques. Je n’étais pas encore rock critique à l’époque mais j’ai acheté l’album lors de sa sortie. 

L’album suivant, Now  (1978), est sorti en France avec le même format quatorze titres que l’édition US, sur l’anglaise il manquait « Blue Turns To Gey » et « Paint it Black », pourtant des morceaux anglais à l’origine. 

L’édition française du troisième LP Sire, Jumpin’ In The Night (1979), a l’intelligence de contenir quatorze morceaux, comme l’édition allemande. Sur celles US et UK, il manque trois morceaux, « You’re My Wonderful One / 19th Nervous Breakdown (2 morceaux des Stones, décidemment) / Boys », mais contient deux morceaux en plus, « Werewolves Of London / It Won’t Be Wrong ». 

Ensuite, viennent, éditions French only, les albums EVA Studio ‘68 et Flamin’ Groovies ‘70 en 1984, assez moyens, valeur de documents (comme pour Iggy), la compile 68/70 (CD 1992) regroupe les deux et celle Groove In, format CD aussi (1988), regroupe plus ou moins les deux. Il y a aussi Live At The Whiskey A Go-Go ‘79 en 1985 (sur Lolita). Je possède pas mal d'enregistrements des Groovies qui bénéficient d'un meilleur son.

L’album de reformation 1986 One Night Stand est également sorti en France l’année suivante. Mais pas les suivants, sortis et Australie, USA ou UK only. Parfois en Espagne ou Italie pour les tous derniers albums. 

Pour finir le volet album, une particularité en France, le CD compile sorti aux éditions Atlas en 1993. 

S’agissant des 7’’ / EP’s / 12’’ / mini CD 3’’ ou autres, en dehors de Grease et More Grease, quelques autres singles sont sortis en France. Tout d’abord, en 1972, sur United Artists, les singles « Slow Death / Tallahasse Lassie » (morceau qui sera plus tard repris par les Rolling Stones) et « Married Woman / Get A Shot Of Rhythm & Blues », chacun avec deux covers exclusives différentes. 

« You Tore Me Down / Him Or Me », extraits de Shake Some Action n’avait pas bénéficié d’une édition frenchie, oubli réparé, avec cover exclusive, en 1984, par le label Surfin’ Bird, qui à part ça n’a sorti que des disques de groupes français. Le choix de Philips France s’était porté à l’époque sur « Let The Boy Rock’n’Roll » couplé à « Yes It’s True », couplage et cover (Olympia 1975) exclusives. 

En 1977, Skydog sort « Can’t Explain / Little Queenie » (Who / Chuck Berry), avec de nombreuses covers misprint (genre photo du MC5 au lieu des Groovies). Un acetate 10’’ semble comporter des mix différents, je ne l’ai plus pour vérifier. La face 1 est un outtake de Teenage Head tandis que la face 2 remonte aux sessions 1972 avec Dave Edmunds. 

Toujours sur Skydog, ou presque (Underdog) sort le single « River Deep, Mountain High / So Much In Love », en 1981, en prémisse du maxi 12’’ The Gold Star Tape (toute l’histoire, telle que vécue par MZ, est racontée dans le bouquin « Wanna Be Your Skydog »). Des mêmes sessions, deux inédits sont sortis, d’abord en UK en 2017 (c’est Anthony qui a retrouvé les bandes et les a décollées) puis en France l’année suivante sur le label Pop The Balloon, co-géré par mon pote Fabien. Ah oui, les deux morceaux : « Long Way To Be Happy » est une composition du couple Goffin / King et « Don’t Forget To Write », dont la piste voix a dû disparaître à jamais, est signé Jordan / Wilson. Techniquement, il doit rester environ cinq morceaux (perdus à jamais ?) de ces sessions Gold Star, destinées initialement à un album, avorté faute de budget. Cela résume bien toute l’histoire des Flamin’ Groovies, un des groupes les plus mésestimés du rock’n’roll pendant un long moment

Patrick Bainée

PS: Les Flamin Groovies à Créteil - 1972 

En automne 72, l’ouverture de l’hypermarché Carrefour de Créteil est l’occasion d’une fête et une soirée d’inauguration est organisée avec deux forts centres d’intérêt pour moi, étudiant fraîchement débarqué à Paris, un concert de rock et un buffet dînatoire gratos. Et le concert de rock annoncé, ce sont les Flamin’ Groovies que je suis impatient de voir après avoir lu le compte-rendu de leur prestation au festival de Bickershaw dans le N.M.E.

Sur place, l’aspect béton d’un mall américain avec divers stands pour boire et manger et une scène constituée du plateau d’un semi-remorque, recouvert d’une espèce de chapiteau de cirque. Je me souviens d’une foule pour le moins hétéroclite, des banlieusards, des étudiants, et des manouches. A part le concert j’ai encore en tête quelques images fortes comme celles de ces gusses qui en fin de soirée récupèrent les reliefs du buffet dînatoire dans des grands sacs en plastique ou ceux qui mettent les barriques de pinard directement dans le coffre de leur voiture.

Les Flamin Groovies sont entrés en scène pour un set plus rock’n roll que ce à quoi on était habitué depuis quelques temps en France. La setlist en fait foi : Jumpin’ Jack Flash, Sweet Little Rock’n Roller, Nervous Breakdown, Little Queenie, Sweet Jane, Roll Over Beethoven, Teenage Head, Have you seen my baby ?, Louie Louie. Des reprises de Chuck Berry, de Eddy Cochran, des Stones, de Lou Reed et seulement deux titres de Teenage Head dont la cover de Randy Newman. Et évidemment l’imparable Louie Louie pour finir. Je suis frappé par l’allure du groupe : les musiciens ont à la fois les attributs des rockers et des musiciens du glam rock, bottes de motard et platform shoes, perfectos et vestes de mods. Le chanteur Chris Wilson saute partout sur scène, un paquet de dynamite à lui tout seul. Les amplis Orange pètent le feu, les guitares transparentes Dan Amstrong de Cyril Jordan et James Ferrell me fascinent. Ce James Ferrell qui joue en slide d’une façon quasi maléfique. La section rythmique Danny Mihm le géant derrière les drums et George Alexander en bassiste emblématique. Par la suite j’ai revu les Groovies plusieurs fois sur scène et jamais je n’ai retrouvé la cohésion totale du groupe de ce soir là, même quand Mike Wilhelm faisait partie du combo.

Trois décennies plus tard je me remémorais ce concert avec Chris Wilson et son commentaire fut : « .. Créteil dans une tente de cirque avec un public étonnant surtout des jeunes comme toi à l’époque et des kids et beaucoup de gitans. Je me rappelle d’une vieille manouche se balançant sur un rockin’ chair avec une pipe au bec en train de rire : « ah ah… le rock’n roll c’est ça ! ah ah… c’est beau ».

Jacques_B 

 

Commentaires

Sean Curran a dit…
The reformed 1982 Groovies including original drummer Danny Mihm played Detroit, Toronto and New York. Skydog also released Little Queenie/ Can't Explain five years after releasing it with Slow Death (as a B side!) in 1972.
Jpstones a dit…
Très bon article l'essntiel est dis j'aime beaucoup roy loney tous c'est album sont excellent ils sont assez difficile a trouver en vinyles j'ais tous les cds
Jpstones a dit…
Très bel article l'essentiel est dis j'aime beaucoup les albums de roy loney après les groovies assez difficile a trouver en vinyles j'ais tous les cds

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