FLATHEAD - INTERVIEW : "Marseille c'est la plus belle ville du monde… Le problème, c'est que maintenant tout le monde est au courant !"
Il existe une multitude de groupes français. Il existe une multitude de groupes marseillais. Par contre, il n'existe qu'un seul groupe nommé Flathead, du moins en France 😉. Le seul et unique Téo de Flathead a bien voulu nous parler de tout cela !
All star band" from Marseille " : vous vous définissez comme cela dans votre bio. Il est vrai que la liste de vos anciennes aventures fait figure de bottin (Tomy & the Cougars, Sergent Peppers, Calvitie, Sunsick, Pogy & les Kefars, Technopolice, Seppuku, Hofmann Family Blues Experience, La Flingue...) qu'est-ce qui a fait la réunion de tous les acteurs (5) du groupe actuel ?
David Hofmann et moi on est amis depuis les années lycée, mais on avait jamais joué ensemble. On s’est rapproché après la fin de mon groupe Tomy & The Cougars vers 2018/2019 et on a commencé à jouer de la guitare comme ça sans trop d’idées. Au final on a écrit pas mal de bons morceaux (ou réécrit des morceaux de nos anciens groupes qui n’avaient jamais été sortis) et on s’est mis en tête de former un groupe de rock, différent de nos projets précédents, un peu moins punk et axé vers la powerpop.
Ça coïncidait aussi du fait que les projets de David étaient finis (Sergent Poppers), et plus ou moins mis en pause prolongée (Seppuku).
Si on s’est auto-proclamé "all star band", c’est notre côté fanfaron, mais aussi parce que je voulais rassembler les meilleurs musiciens qui étaient disponibles dans notre bande de potes.
On a demandé à Rudy Romeur de venir jouer de la guitare dans le groupe parce que c’était un peu un rêve de jouer avec lui. Il nous a beaucoup marqué et aidé lorsque l’on était ado, que ce soit sur scène avec ses groupes précédents (The Irritones, Sun Sick) ou en studio, parce que c’est lui qui a enregistré pratiquement tous les albums de nos groupes. C’est un peu notre papa dans le rock à Marseille.
Théo Serre est le meilleur bassiste de notre génération, c’est un monstre ce mec, il l’avait prouvé avec Pogy & Les Kefars et il fallait absolument que ce soit lui qui tienne la basse dans le groupe.
Et enfin Jules Massa est arrivé plus tardivement dans le projet, après que l’on se soit séparé de notre 1ᵉʳ batteur. Il nous avait impressionnés dans Technopolice, il vient du même quartier que nous et ça a été naturel qu’il nous rejoigne dans Flathead.
Le groupe existe depuis 2020 mais ce n’est qu’avec l’arrivée de Jules fin 2023 que l’on a commencé à enchaîner les concerts, tournées et enregistrements.
Vu que la powerpop est à la mode, est-ce que c'est pour suivre cette mode que vous avez choisi ce style ? Quel a été le déclic pour vous ?
Non,n ce n'est pas pour suivre une "mode" qu'on fait de la musique. C'est juste une évolution naturelle au fil des rencontres, des concerts. A 17 ans, je n'écoutais essentiellement que les Ramones, Clash et Green Day. Et puis plus tardivement j'ai vraiment écouté les Beatles et tout ce qui s'ensuit : Nerves, Big Star, Groovies... Dans les années 2010 il y avait un super groupe de "powerpop", Les Cruzaders of Love qui sont venus jouer plusieurs fois à Marseille, ça m'a marqué. C'est pas forcément "faire de la powerpop" qui m'intéresse, en vrai le style on s'en fout. À mon sens, le but de faire de la musique, c'est de jouer et construire des morceaux avec tes potes - morceaux que tu as commencé à écrire tout seul dans ta chambre en fermant les yeux et en imaginant les jouer sur scène. C'est ça faire de la musique. La seule chose qui compte à mon sens, c'est la qualité des morceaux, et pas à quel style ou quelle mode ils appartiennent…
Trois guitares dans un groupe c'est pas banal! aussi bien que Blue Oyster Cult ou Lynyrd Skynyrd!! une volonté affichée ou un hasard malicieux ?
Non, ce n’est pas un hasard, on voulait 3 guitares pour faire un mur de son accompagnant les mélodies de voix bien pop, mais aussi parce que les morceaux avaient besoin de 3 guitares : les plans de David et Rudy qui tricotent de leur côté et prennent le lead à tour de rôle soutenus par ma guitare beaucoup plus rythmique. C’était l’idée de départ dès que le groupe a commencé à répéter.
Quand vous parlez de mur du son, c'est dans le sens d'un côté Spector que vous vouliez aller ?
Non, c'était plus pour parler du fait qu'il y a 3 guitares, ce qui est moins courant, et qui nous permet d'avoir un son de brute en live, notamment. On a pas la prétention, le génie maléfique ni les morceaux pour faire du Spector…
Faut nous expliquer Flathead, ça a un rapport avec les Coneheads ?
Alors non pas du tout ! On a eu du mal à trouver un nom, ça a toujours été plus facile pour nous d'écrire des (bons) morceaux… Entre nous on s'appelle affectueusement "tête d'ail" ou "tête plate", le dernier traduit en anglais est resté pour le nom du groupe, "Garlic Head" étant vraiment très moche…
Le point d'attache c'est Marseille : influence sur vos compos ?
C’est plus que notre point d’attache, c’est notre ville, on est tous des Marseillais pur jus.
Mais surtout on est tous de la même bande qui fréquente les mêmes lieux. On fait partie de ce microcosme rock qui s’est rencontré et réuni au départ à la Machine à Coudre, et depuis sa fermeture la scène a migré vers L’intermédiaire Live, qui a heureusement pris la relève.
Ce n’est pas la ville en tant que telle qui nous influence, en tout cas pas dans mon écriture, mais c'est surtout le fait qu’on traîne ensemble, on écoute plus ou moins les mêmes groupes, qu’on va aux mêmes concerts et que Marseille a connu d’excellents groupes dans son histoire qui nous ont marqués, je pense par exemple à Warrior Kids, Les Jolis, The Dolipranes, The Hatepinks, The Aggravation… ET maintenant il y a toute une nouvelle génération incroyable : Sasha Vaughan, Technopolice, La Flemme, Las Grimas, Cheap Entertainment, Tessina, et tant d'autres, la plupart regroupés dans le volume 1 dans la compil' "Massilia's Burning", bientôt le volume 2, pour vous dire la profusion de bons groupe à Marseille....
https://open.spotify.com/intl-fr/album/00OjMk6l6fDd46HKTKpV6k?si=S0ffOJtBSPSVRiMPi95V_g
https://www.mowno.com/disques/v-a-massilias-burning/
Oui c'est normal, Marseille c'est la plus belle ville du monde… Le problème, c'est que maintenant tout le monde est au courant ! Sans partir dans du chauvinisme basique, quand tu grandis dans le centre-ville de Marseille, tu apprends des choses qui ne sont pas forcément accessibles dans toutes les villes, par exemple la tolérance, le respect de l'autre. Même s'il y a de gros problèmes fondamentaux à Marseille, de ségrégation et de détresse sociale, mais aussi de gentrification, en tant que Marseillais on a un petit truc en plus, une ouverture sur les autres et sur le monde.
En quoi Marseille a marqué chacun des groupes auxquels vous avez participé ?
On habite tous autour du quartier de la Plaine, plus ou moins à 5 minutes à pied, notre bande de potes aussi, depuis plus d'une dizaine d'années. Quand on était ado on fréquentait donc La Machine à Coudre, on a pu y découvrir énormément de groupes français, mais aussi allemands, américains, australiens, mais surtout tous les groupes marseillais qui faisaient généralement les premières parties, et qui étaient des fois meilleurs que ceux qui étaient en tournée. Je pense notamment à The Dolipranes et Les Jolis (mais il y en a tant d'autres) qui étaient un tout petit peu plus âgés que moi, et qui personnellement m'ont impressionné et donné envie de faire un groupe de rock. Maintenant c'est des potes, et j'ai pas vraiment fait exprès mais j'habite avec mon amoureuse dans la rue de mon morceau préféré des Dolipranes, "The Crew Lodi Street". De même que Rudy qui jouait dans les excellents Sun Sick et The Irritones (mais aussi The Aggravation entre autres que je n'ai pas connus), à joué et/ou enregistré tous les groupes de Marseille des années 2000-2010, et maintenant il est avec nous. C'est un peu une histoire de famille, notre relation avec le rock à Marseille.
Power Pop : Dogs, Flamin Groovies, on sent les influences dans vos compos. Il parait (dixit un article récent dans "Rock'n'Folk") que la France serait le nouvel eldorado de ce style musical . Qu'en pensez-vous ?
Oui la scène powerpop française est particulièrement foisonnante en ce moment dans le style. On pourrait citer Alvilda, Les Lullies, Coeur à l’index, Almost Lovers, Food Fight, The Segments… C'est tous des copains et la plupart ont été rassemblés dans l’excellente compilation "Nuits Blanches" en 2022, qui compile la crème de la scène rock indé française actuelle sur Lollipop Records.
Entendu dans une émission de 2023 sur Radio Grenouille (radio indépendante marseillaise) la définition de la power pop (que je trouve très jolie) : "aimer les Beatles, un soupçon de punk et être amoureux". Toujours d'actualité ?
Oui, très bonne définition, j’aurais pas dit mieux ! Juste pas besoin d'être amoureux, frustré ça suffit.
Si on devait citer deux artistes ou groupes qui vous ont influencé pour l'album. Lesquels ce seraient et en quoi l'ont-ils fait ?
Je ne vais pas être très original en citant The Clash premier album et Big Star (premier et deuxième album) mais je pense que ça résume bien l'album ! Les Clash pour ce côté album court et ce côté un peu "coup de poing", sûrement l'album que j'ai le plus écouté, avec cet enchainement de morceaux que j'admire tant. Et Big Star pour cette construction d'album atypique - alternance systématique entre morceaux très rock (qui ont plutôt mal vieilli) et grosses balades fantastiques… Les balades du duo Chilton/Bell ont été très importantes pour nous, car elles sont tendrement efficaces.
Un album (sur Dangerhouse Skylab) et un split maxi (avec the Segments/toujours sur Dangerhouse Skylab) en peu de temps : quelle sera la suite ?
On avait une tournée en Espagne prévue pour fin octobre 2025 qui a été malheureusement annulée plus ou moins au dernier moment. Le principal défi pour un groupe comme nous qui n'a pas de tourneurs/bookeurs ni d'aides externes c'est de toujours garder la motivation, de ne jamais se reposer sur ses lauriers, et de se projeter sans cesse sur les prochains mois/années. L'annulation de la tournée d'octobre nous a mis un petit coup au moral, l'année 2026 sera donc plutôt calme pour le groupe, même si on va quand même essayer de partir sur les routes espagnoles car Flathead a du public. On doit donc déjà se projeter sur 2027 avec une nouvelle sortie disque et des tournées !
Merci Téo et les Flathead


Commentaires