7’’ part 29 : LINK WRAY – The Fuzz (et la France)
Choix orienté. J’écris ceci le 5 novembre, soit exactement 20 ans après la disparition de Link Wray, en 2005.
J’ai mis des années à trouver ce
single, « The Fuzz » n’apparaissant que sur la B side de la version
promo du single « Ace Of Spades ». J’avais découvert ce
morceau sur la compile concoctée par Lux, The Cramps All Time Favorites
Radio Show (De Luxe Interior), sortie en 1984. La chanson apparaîtra
ensuite sur plusieurs compiles consacrées à Link Wray, sur les labels ACE ou
autres.
Encore un single two sider(s) de rêve, en précisant que la version de « Ace Of Spades » est différente de la version du single non promo. Précisons aussi que les Cramps se sont inspirés de ce morceau (ainsi que de « Fatback ») pour bâtir « Sunglasses After Dark » (nom aussi d’un morceau de Dwight Pullen).
Cet article sera plus court que d’habitude, les deux morceaux étant instrumentaux. Je rappelle au passage que Link Wray avait été banni à la radio pour incitation à la violence de son single « Rumble » de 1958, un instrumental aussi !
The Fuzz
Est l’autre morceau que je passe quand on me demande pourquoi je préfère le vinyle au CD (en tout cas pour ce qui a été enregistré en analogique). C’est aussi mon morceau instrumental préféré.
Je ne connais que deux reprises de « The Fuzz ». La première par les norvégiens The Balloonics, sur leur unique album Hunchy Punchy Wicked Wacked Whoo sorti en 1992. La seconde se trouve sur l’album Aloha From Havana de Robert Johnson and Punchdrunks (1997).
Un groupe soul 70’s s’est appelé The Fuzz et un autre plus récent, heavy garage, Fuzz, featuring notamment Ty Segall et son pote Charles Moothart. Est-ce que les texans punk 60’s Randy Alvey & The Green Fuz, créateur de « Green Fuz » (Cramps, encore) ont été inspirés par le morceau de Link Wray, ou bien est-ce seulement parce que le guitariste Les Dale avait une fuzz box verte ?
Ace Of Spades
« Ace Of Spades » a en revanche été repris plusieurs fois. Par Cub Koda, d’abord (1984) et par Flat Duo Jets (live, 1998), surtout, notamment. Pas par Motörhead, c’est un autre morceau.
Discographie française de Link Wray
Le premier album solo eponymous entièrement chanté de Link Wray, datant de 1971, est sorti en France en 1979, sans la belle pochette gatefold découpée, d’autant plus bizarre que le single « Fire And Brimstone », le hit de l’album, a bénéficié d’une sortie française avec cover exclusive, en 1971. C’était son troisième album solo, les deux précédents (1964 et 1969) ne sont pas sortis en France, pas plus que ceux de Link Wray & His Wraymen, dont certains ont toutefois bénéficié d’une distribution européenne. Même chose pour les singles alors que certains sont sortis en Angleterre, Allemagne, Suède et même Italie. Beaucoup ont été réédités par Norton.
Les albums solo de Link suivants ont bénéficié d’une sortie française : Be What You Want (1972), Beans And Fatback (1973), The Link Wray Rumble (1974), Stuck In Gear (1975) et son single appelé "Rock’n’Roll en France", avec encore une cover exclusive, les deux avec Robert Gordon, RG with Link Wray, ahah (1977 et 1978) ainsi que les singles qui en ont été extraits, Bullshot (1979), mais plus aucun des suivants (huit hors live et compiles).
Côté compiles early works, il y a Early Recordings (1979). Il existe aussi un CD français, Rumble, sorti aux éditions Atlas en 1994 ; le disque s’appelait There’s Good Rockin’ Tonight ou Rockin’ Rumble dans les autres pays.
Link Wray live
À part quelques concerts UK en 1975, Link Wray a dû attendre 1977-78 (tournées avec Robert Gordon), puis 1979 pour qu’on lui organise des tournées en dehors des USA. Il est revenu en Europe en 1982-83-85-86-89.
Il faudra attende 1993 pour le premier et seul vrai concert français, aux Transmusicales de Rennes, le 4 décembre.
Il existe aussi une session à Paris en 1994, au studio Luna Rossa, près d’Austerlitz : « Link Wray & James Madru Lost Paris Session », James Madru étant le bassiste de cette session, avec aussi Pierre Azagra à la batterie.
Autre bizarrerie, la même année, Link Wray joue sur quatre titres de l’album Chatterton d’Alain Bashung. On peut voir sur Youtube une vidéo des deux interprétant live « Love Me Tender », à la Cité de la musique à Paris le 13 avril 2005.
Il redonnera quelques concerts en Europe jusqu’à la fin des années 90.
Link Wray a laissé un héritage immense. Ivy a déclaré, à propos de Link Wray : « il avait le son le plus apocalyptique, le plus monumental que j'aie jamais entendu – d'une intensité émotionnelle rare, à la fois si simple et si violent. C'est l'essence même du rock'n'roll, censé être violent, dangereux et avoir ce son si particulier… ».
Il y a même un groupe féminin australien, les Wraylettes, qui a sorti
un EP 4 titres, Wraydioactive, deux compos et deux reprises de
Link. Elles avaient remporté le Top Monstres dominical.
https://thewraylettes.bandcamp.com/album/wraydioactive
Patrick Bainée
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