BRUCE JOYNER / OUT OF THE FIRE
On a souvent écrit ou raconté que le Sud des USA, la fameuse bible belt, portait l’incommensurable fardeau de la traite négrière. Inexcusable faute originelle dont l’entier pays souffre encore aujourd’hui. Croix à porter difficilement expiée par un grotesque rigorisme religieux. Atermoiement moral plus qu’encombrant fournissant l’arrière-plan de nombreux romans de certains de ses auteurs les plus célébrés, William Faulkner comme Robert Penn Warren, par exemple. Ou l’Okie Jim Thomson, si l’on s’aventure sur le versant durs-à-cuire. Idem pour la musique populaire, depuis l’incorrigible Hank Williams jusqu’à Elvis ou Jerry Lee Lewis, chez qui les spectaculaires bondieuseries n’étaient pas que monnaie de singe. Souvent, le sud est tourment ! Alors, pris sous cet angle, l’album de Out Of The Fire, enregistré plus de trente ans plus tôt, est un cadeau du ciel. Et à plus d’un titre. D’abord parce qu’il est l’occasion d’écouter une ultime fois le magnétique Bruce Joyner, éminent représentant d’une Georgie qu’il a chanté mieux que personne, définitivement parti en mars 2025, et dont pas mal de chansons pouvaient s’entendre comme de brèves extensions rythmées de l’univers des auteurs précités. Ensuite parce qu’Out Of The Fire, au-delà d’une généalogie plus embrouillée qu’un discours du président Trump, est un groupe particulièrement digne d’intérêt. Brûlant réellement d’un feu intérieur. Plus si fréquent désormais. Ajoutons, pour finir, s’adressant à ceux qui réclament cautions et assurances, qu’il rassemble des gens aussi talentueux et divers que Tom Byars, l’éternel complice de Bruce Joyner, Mitch Easter, qu’il serait injurieux de présenter, ou l’ubique Peter Buck, n’ayant de cesse d’aider et soutenir une foultitude de projets tous plus louables les uns que les autres. Et Out Of The Fire est incontestablement du lot. Si, par ailleurs, les noms des trois autres (Randy Cooksey/John Jones/ Shannon Mims) sont un peu moins évocateurs, ils font néanmoins le job avec une irréprochable conviction. Ça dégringole épais, ça déboule dru, tissant un tapis au groove impeccable, d’une indéniable verdeur, écrin sur mesure pour la voix de Joyner, posée là-dessus comme un diamant brut le serait sur un drap de soie. C’est beau à ce point ! Même si, en l’occurrence, il ne chante pas partout, se contentant, ailleurs, du clavier et des contre-chants. Pourtant, il est grand temps de convenir, qu’avec son port de marquis sans le sou, cet œil de verre, ses cannes ou ses béquilles, Bruce Joyner est de la lignée de nos grands estropiés. Ceux qui font mythes et fabulation. Alors, ce Georgien tout déboité, c’est un peu des poumons ravagés de Jimmy Rodgers, de la patte folle de Gene Vincent, du crochet de Moulty, c’est Ian Dury, également, corps démantibulé par la polio. Du talent brut pour défier le mauvais sort, c’est du drame mis en musique d’une voix ample et chevrotante, portée par un timbre unique. Comme si Roy Orbison avait nargué la foudre ou si Ricky Nelson, tout de noir vêtu, n’avait chanté que mistoufle et vents viciés. Un pèlerin exalté qu’aimante également Buddy Holly à la façon d’un sacristain accroché à son cierge. Un voleur de feu. Quelqu’un dont on a sans doute mal mesuré les particularismes et le talent hors normes. Forte personnalité, c’est le moins qu’on puisse dire, dont la présence irradie à chaque fois qu’il en pousse une. Et si Out Of The Fire est d’abord - et avant tout - la chose de Tom Byars, les deux hommes ont tellement en commun qu’ils peuvent être confondus sous les mêmes compliments. Et il n’en manquera pas à l’écoute de ces titres enchanteurs, depuis le fiévreux World For You jusqu’à l’exotique trompette mariachi enrobant Mexico. La tête hors de l’eau, constamment. Pas une avanie, pas le moindre faux pas. Du talent pur qui nous revient, plein phare. Et les plus attentifs n’auront pas manqué de noter que la raison sociale de ce label tout neuf, Prairie Dogs, est directement inspirée de la chanson quasi éponyme tirée de l’album The Devil Is Beating His Wife, co-écrite par Joyner et Byars, rendant le clin d’œil adroitement signifiant ! Pour un premier disque, on ne pouvait rêver meilleur départ.
Out of the Fire on You Tube :
https://www.youtube.com/watch?v=3CT6vXx33Uc
https://www.youtube.com/watch?v=ZsymAvViQ9A
https://www.youtube.com/watch?v=WHqk-I_7KVI
lemonmnm on Bandcamp :
https://lemonmnm.bandcamp.com/album/holiday-single
lemonmnm on You Tube :
https://www.youtube.com/watch?v=TQJkMkm8i8Y
https://www.youtube.com/watch?v=ggzkt9kewp0
https://www.youtube.com/watch?v=pHS5LNspVeE
Liens vers Prairie Dogs Music :
Lien Site: https://www.prairie-dogs-music.com/
Lien Facebook: https://www.facebook.com/prairie.dogs.music.label/
Lien Bandcamp: https://prairiedogmusic.bandcamp.com/track/out-of-the-fire-mexico
Lien You Tube: https://www.youtube.com/@prairie-dogs-music



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