7’’ part 46 : THE SHANGRI-LAS – Out In The Streets (et la France)
Toujours dans la logique 2-sider(s), j’ai choisi « Out In The Streets / The Boy », un single extrait du second album et seul réel album des Shangri-Las, Shangri-Las - 65!. On y reviendra. J’aurai pu choisir quasiment n’importe quel single des Shangri-Las mais celui-ci est le premier que j’ai acheté. Et puis c’est aussi un Lux & Ivy’s fave.
J’avais découvert les Shangri-Las avec l’album Golden Hits Of The Shangri-Las, en 1972, il me semble, album acheté au Discobole en été, en même temps que les premiers albums du Velvet. L’album était sorti en 1966, avec déjà plus Betty Weiss (qui avait temporairement quitté le groupe) sur la cover, puis a été réédité en 1971 et des dizaines de fois depuis, avec des covers plus ou moins différentes. J’ai bien sûr depuis acheté les albums originaux et les singles hors albums, c’est un minimum.
Les Shangri-Las ont inventé l’intro parlée pour commencer une chanson, dès leur deuxième single avant même que George Shadow Morton s’occupe d’elles. En revanche, elles détestent le premier single, «.Simon Says », sorti sur le label Smash en 1963. Elles étaient un peu aux Supremes ce que les Stones étaient aux Beatles, mean girls, qui portaient des pantalons pour homme sur la cover de leur premier album.
Les Shangri-Las, qui chantaient dès 1963 avant même d’avoir un nom, étaient composé des deux sœurs Elisabeth « Betty » et Mary Weiss (16 et 14 ans), Mary étant la chanteuse principale du groupe, et des deux jumelles Mary Ann et Marguerite « Marge » Ganser (15 ans). Elles avaient la réputation d’être des « bad girls » (Mary se baladait avec un révolver pour se défendre. Les quatre filles fréquentaient le même bahut, la Andrew Jackson High School, dans le Queens, à New York.
C’est Mary qui a trouvé le nom Shangri-Las, en repérant un resto appelé « Shangri-La » lors d’une balade à New York, dans le quartier de Long Island.
Le succès des Shangri-Las n’a en fait duré que de 1964 à 1966. Elles jettent l’éponge en 1968. Mary Ann décédera d’une encéphalite (ou d’une overdose selon les sources) en 1970. Elle n’avait que 22 ans.
Les Shangri-Las ont souffert du syndrome girl group (terme inventé par les rock critics apparu au début des 70’s) elles n’écrivaient pas leurs chansons, ne jouaient d’aucun instrument. On a moins fait ce reproche aux Ronettes, avec qui les Shangri-Las partageaient certains auteurs, ou aux Supremes. Rassurez-vous, je ne fais pas du racisme à l’envers, pas mon genre. Ou peut-être que les Shangri-Las étaient trop mélodramatiques, comme le pensent certains détracteurs de Roy Orbison, les pauvres. Ou bien c’est juste que les Shangri-Las, tout comme le Big O, étaient uniques. Il y a bien eu un peu plus tard les Goodees, un peu les Shangri-Las de Memphis. Il y avait aussi les Goodies, de long Island, comme les Shangri-Las. Ce sont même elles qui enregistreront la première fois « Give Him A Great Big Kiss », un morceau de Shadow Morton qui s’est occupé d’elles à un moment, chanson offerte finalement aux Shangri-las. Leur producteur leur avait dit « je vais faire de vous les white Supremes »., elle n’ont sorti qu’un seul single, et reprenaient sur scène des morceaux que les Shangri-Las interpréteront ensuite, comme « Sophisticated Boom Boom », morceau également écrit par Show Morton.
La légende des Shangri-Las est due bien sûr à la voix exceptionnelle de Mary et des autres filles, à leur côté théâtral unique et à la production géniale de Shadow Morton. Elle a été amplifiée au fil des ans grâce notamment aux New York Dolls, qui reprenaient « Give Him A Great Big Kiss » live (il existe une démo de 1973), à Blondie qui reprenait « Out In The Streets » en 1974 (démo) et qui fait un clin d’œil aux Shangri-Las en intro de « X-Offender », aux Ramones, ou encore aux Damned qui démarraient leur premier single « New Rose » (et album) par « Is she really goin’ ou with him? », qui était aussi l’intro de « Leader Of The Pack », un des premiers singles des Shangri-Las. Parmi les autres artistes à avoir repris un morceau des Shangri-Las ou à les avoir citées comme inspiration, je cite en vrac les Beach Boys - « Remember (Walkin’ In The Sand) », ainsi qu’Aerosmith, avec Mary Weiss & Mary Chain, Amy Winehouse, dans les chœurs, les Beatles - « Free As A Bird » emprunte quelques paroles de «.Remember » et Amy Winehouse incluait parfois une partie de ce même morceau au milieu de sa chanson « Back To Black », Jesus & Mary Chain et Lana Del Ray, liste non exhaustive.
En 1967, après deux singles sur Mercury, toujours plus ou moins produits par Shadow Morton et soi-disant composés par l’équipe de truands de Roulette Records, les Shangri-Las jettent l’éponge, comme d’ailleurs tous les groupes de doo wop, passés de mode.
Mary et Betty essaieront de relancer le groupe en 1977, avec l’aide d'Andy Paley. Il n’en sortira rien sinon quatre morceaux restés inédits (« it wasn’t that good » selon Mary). Les trois filles donnèrent toutefois un show au CBGB en 1977 et un autre en 1989, le 3 juin, dans le New Jersey.
Marge est décédée en 1996 d’un
cancer du poumon. Mary a sorti un album solo en 2007 et deux singles avec à
chaque fois un inédit. Un problème pulmonaire l’a emmenée en 2024, laissant
Betty comme seul membre survivant du groupe.
Out In The Streets
He don't
Hang around
With the gang no more
He don't do the wild things that he did before
He used to act bad
Used to, but he quit it
It make me so sad
'Cause I know that he did it for me
And I can see
(It's still in the streets)
His heart, is out in the streets
He don't
Comb his hair
Like he did before
And he don't wear those dirty old black boots no more
But he's not the same
Somethin' about his kissin'
That tells me he's changed
I know that something's missing inside
Somethin's died
(It's still in the streets)
His heart, is out in the streets
He grew up on the sidewalk
Streetlight shinin' above
He grew up with no-one to love
He grew up on the sidewalk
He grew up running free
He grew up and then he met me
He don't
Hang around
With the gang no more
Gee, he doesn't smile like he did before
I wish I didn't care
I wish I'd never met him
They're waitin' downstairs
I know I've got to set him free
He's gotta be
(Out in the streets)
His heart is out in the streets
He don't hang around with the gang no more (Out in the streets) x 4)
Ce morceau, composé par le duo magique Jeff Barry / Ellie Greenwich, est un peu la suite de « Leader Of The Pack », composé par les mêmes avec l’aide de Shadow Morton, qui avait eu l’idée originale de l’histoire après s’être acheté une Harley Davidson avec la retombée des ventes de « Remember (Walkin’ In The Sand) » qu’il a composé et produit, comme tous les autres morceaux des Shangri-Las. « Out In The Streets » est encore une histoire de relation d’une jeune fille avec un délinquent - tu ne peux pas le changer, mais là le mauvais garçon ne meure pas à la fin, mais il ne traîne plus avec son gang, il a changé, il est moins fun, elle ne va pas rester avec lui.
« Out In The Streets » a
été pas mal repris. J’ai déjà cité Blondie – ça se trouve sur un EP bootleg de
1975 puis sur le coffret « Against The Odds 1974-1982 » (2022).
La première reprise / adaptation
doit être française, dès 1965, sous le nom de « Une Autre Vie », par
les Émeraudes, un trio féminin. Un autre trio, The Hearts Of Soul, des
hollandaises, ont repris le morceau en 1970. Version rock avec Dynette Set puis
punk, si on veut, avec Pearl Harbour, en trio aussi (les deux en 1983) et
hardcore punk avec White Flag (1992). Liste non exhaustive.
Discographie (française)
The Leader Of The Pack, le premier album des Shangri-Las est sorti en 1964. Il faudra attendre 1983 pour une sortie Française (européenne en fait). Cet album, sorti sur le label Red Bird, est en fait une composition des singles sur la face une complétée sur le B side par des morceaux live au son très moyen (euphémisme). Pas d’édition française du second album Shangri-Las – 65!.
Pour les compiles sorties en France, il y a le LP « The Shangri-Las Collection (20 Greatest Hits) » et sa pochette affreuse et la compile CD aux éditions Atlas (1993, quinze titres seulement).
On est mieux servi côté singles, avec « Remember » (titre raccourci), le premier morceau jamais écrit pas Shadow Morton, en voiture, en allant au studio – la première version / démo durait plus de sept minutes, « Maybe / Shout » et « Give Him A Great Big Kiss / Twist And Shout » en 1964 (bravo), tout comme les split EP’s « Remember » et « Leader Of The Pack » - deux titres des Shangri-Las et deux des Jelly Beans pour le premier et des Butterflys pour le second, comme ça se faisait à l’époque. Toujours en 1964, le EP « Give Him A Great Big Kiss ». Le second album n’a pas été complétement ignoré, avec les EP et single du tearjerker « I Can Never Go Home Anymore », sortis avec un an de retard (1966), ainsi que le non LP track « Long Live Our Love » (qui figure aussi sur le EP), couplé au morceau d’intro du second album, « Right Now And Not Later ». Aucun des singles français ne dispose d’une cover, les EP’s, oui, heureusement. Parmi les nombreux singles posthumes, un seul est sorti en France : « Past Present And Future / Leader Of The Pack », en 1985.
En 1977, les Shangri-Las enregistrent, avec Andy Paley, quelques titres en vue d’un nouvel album sur le label Sire, toujours inédit à ce jour.
The Shangri-Las live
Les Shangri-Las ont été dispensées d’école pour partir en tournée avec les Beatles, puis les Rolling Stones, les Animals, Vanilla Fudge (dont le premier album a été produit par Shadow Morton), les Drifters, James Brown et les Sonics. Après avoir tourné uniquement aux USA en 1964, elles se produisent en trio – Betty Weiss, 17 ans, étant enceinte, quittera le groupe - pour quelques dates et TV shows en Angleterre en 1965, notamment en compagnie du groupe Herman’s Hermits. Elles se sont amusées. Quelques concerts au Canada aussi, mais nulle part ailleurs.
Leur répertoire était composé de leurs hits, bien sûr, avec parfois une moto sur scène pour « The Leader Of The Pack », mais aussi de morceaux doo wop, comme « So Much In Love » des Thymes.
Elles n’avaient pas de musiciens attitrés sur scène – aucun n’est d’ailleurs crédité pour la partie live de leur premier album. Lors d’un concert à Harbor Springs, ce sont les Iguanas qui les ont accompagnées, avec Iggy à la batterie.
Lors d’un Rock’n’Roll revival show à New York en 1970, en compagnie notamment des Ronettes, les Shangri-Las sont présentées comme « revival », alors qu’elles ont à peine plus de vingt ans.
Après un concert de reformation au CBGB en 1978, accompagnées par Andy Paley et deux membres du Patti Smith Group, elles ont ensuite tourné épisodiquement (genre un concert par an) entre 1989 et 2005. En 1989, elles ont gagné un procès qui les empêchaient jusque-là de jouer : le nom Shangri-Las n’ayant pas été déposé, un autre groupe l’avait utilisé ! C’est arrivé à d’autres groupes comme les Marvelettes, les Coasters et les Drifters, notamment.
Mary Weiss a donné une dizaine de
concerts (USA only) en 2007-08, pour promouvoir son album solo. À l’époque
j’avais traduit (paru dans deux numéros de Dig It!), avec son autorisation, la
géniale interview fleuve de Mary réalisée par Billy Miller.
The Boy
His eyes are the eyes of a boy
growing old
Deep down inside, there's a story untold
He's sad, then he laughs a while
He looks at me, and then he smiles
I'm in love
I'm in love with that boy
'Til I met him, I never thought
That love could feel this way
My nights were filled with lonely dreams
That grew worse with each passing day
I used to walk the streets at night
With really no place to go
With loneliness as a part of my past
A million tears ago
When I stand by his side, my
heart's full of pride
I look up at his face
And I know, among giants, he'll hold his place
So proud, so bold
So strong and I belong
Do you think that people are being fair?
'Cause they fear we're too young to care
But I don't care what people say
My love will grow stronger with each passing day
Oh-oh-oh, I'm in love x 3
Encore une histoire d’amour, qui se passe bien celle-ci. Il est troublé et incompris, moi je l’aime profondément.
Je ne connais aucune reprise de « The Boy », pourtant un superbe morceau, quasi doo wop, ce qu’étaient un peu les Shangri-Las, bien que blanches de peau.
Patrick Bainée

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