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ROCK LIBRARY - PHILIPPE THIEYRE – ÉRUDIT ROCK, DE LA LIBRAIRIE "PARALLÈLES" À "ROCK & FOLK" - 2IÈME PARTIE


PHLIPPE THIEYRE

À quels moments et pourquoi avez-vous écrit vos différents livres ?


Il en existe plusieurs sur les mêmes thèmes dans votre bibliographie (blues, psyché), pourquoi y revenir à plusieurs reprises ? Vous avez également écrit un ouvrage sur Frank Zappa (et de multiples articles dans R&F) ainsi qu’un autre d’anecdotes. Aviez-vous décidé de les écrire ou était-ce une commande ?

A l’écoute des émissions radios et à la lecture de vos réponses dans Erudit Rock, vous semblez être intéressé par de nombreux genres musicaux. Pourtant vous restez un des spécialistes du rock Psyché pour la France. Vous précisez également que le rock psyché n’est que 20% de votre collection de disques. Comment vivez-vous cette catégorisation, avez-vous envie d’écrire sur autre chose ?


D’abord, les sujets sont traités de manière différente, ensuite la plupart des parutions précédentes sur le rock psychédélique sont épuisées. Concernant le blues, même si les titres ont des similitudes, les contenus et les présentations sont totalement différents.

Psychédélisme, des USA à l’Europe est lié à ma première grande exposition à Rochefort entre deux éditions du festival. Parcours Blues est une proposition au Mot et le Reste. Les autres sont des commandes comme Rock’n’Records avec le dessinateur Luz, Les années psychédéliques au spectre plus sociétal qu’uniquement musical, Psychedelic Vinyls et les deux ouvrages aux éditions du Layeur, Blues en 150 figures et Le Rock psychédélique en 150 figures. Zappa In France est né de la rencontre avec le photographe Christian Rose et Robert Wyatt est un projet avec un autre photographe Jean-François Dréan pour lequel nous avons été reçus chez Robert Wyatt.

A Parallèles, j’ai fait aussi office de correcteur pour les livres que nous éditions de même pour les éditions des Accords. Parfois, on peut dire que je les réécrivais ou que j‘apportais une contribution importante, Frank Zappa, Chronique discographique, Disques et bande dessinée. A la librairie, hors musique, nous avons publié Archives situationnistes.

Et des collaborations : les expositions Art Nouveau Revival au musée d’Orsay et Hey ! à la Halle St. Pierre avec, à chaque fois des contributions aux catalogues ; Guitare, 160 portraits de légende ; Rock français de Philippe Manœuvre ; L’année du rock français.

Après Rochefort, dans des médiathèques, scènes musicales et théâtres, plus d’une dizaine d’expositions se sont ainsi succédées, sur le psychédélisme et le rock progressif, avec pochettes de disques, objets, posters, photos, incluant parfois une conférence. La dernière a eu lieu au 106 à Rouen en 2019.

A Rochefort, collaborant au magazine culturel régional Expressions, j’ai écrit sur des sujets très divers, littérature, musique, théâtre, le fonctionnement des scènes nationales, le Lieu Unique à Nantes, une école libertaire, un lycée autogéré à Oléron, etc.

J’ai récemment conçu une compilation Folk dans le cadre d’un partenariat Rock & Folk et le label Wagram, chaque journaliste de R&F choisissant les titres avec certaines contraintes par rapport à la durée des chansons et aux droits. Ces compilations sont distribuées dans les magasins de disques, la plupart ayant des sites.

Il est toujours plus facile de classer les gens dans des cases. D’un autre côté, si je pourrais écrire sur presque tous les sujets musicaux (ou pas), il y a des auteurs bien plus compétents que moi sur une majorité d’entre eux. Enfin, il ne tient qu’à moi de proposer autre chose, mais j’ai un aspect un peu dilettante et nonchalant.

N’est-il pas frustrant de devoir répondre toujours aux mêmes questions (1er album psyché / Qu’est-ce-que le psychédélisme etc…) ? Par contre, je n’ai pas trouvé dans vos différentes interviews de questions personnelles par rapport à votre rapport à la drogue. C’est cependant un grand thème de vos écrits principaux.

Ce sont des questions logiques. Grâce à Rock & Folk et à un degré moindre à France Inter, j’ai pu discuter avec un bon nombre de musiciens et mes premières questions, comme celles de mes camarades, étaient assez basiques et indispensables d’une certaine façon. Après, si l’interview arrive à se prolonger ou si elle se déroule chez le musicien, on peut aborder des sujets plus personnels et moins convenus.

La drogue, notamment le LSD, est indissociable de l’émergence du psychédélisme. Il est donc normal qu’elle soit en toile de fond des articles sans être le thème principal. Mon rapport personnel a la drogue n’a que peu d’importance.

Comparez-vous vos livres avec ceux de Vernon Joynson ou Michael Hicks (voir notes) par exemple, vous donnent-ils envie de modifier les vôtres ?

Je ne connais pas les livres de Michael Hicks. Quand j’ai commencé à écrire dans Juke-box, Vernon Joynson n’avait publié que The Acid Trip. Ensuite, j’ai bien sûr lu les gros ouvrages sur les USA et le Royaume-Uni ainsi que ceux sur d’autres pays par d’autres auteurs, tous ayant été en vente à Parallèles. Joynson avait commencé une série de livres très intéressants sur les discographies US, Etats par Etats, mais elle a été arrêtée après cinq volumes. Leur spectre est plus large que le psychédélisme et englobe également des groupes qui n’ont sorti que des singles. Ils sont aussi, je dirais, plus techniques, se focalisant moins sur les histoires que sur les références. Ce sont des livres indispensables pour les amateurs et les collectionneurs. Ils m’ont effectivement été utiles pour améliorer mes connaissances. Toutefois, avec deux différences importantes, le fait que j’ai écouté dans leur intégralité tous les disques qui figurent dans mes livres et que j’ai vérifié plus à fond les infos.

Non pour les modifications éventuelles. Mes dernières parutions n’ont pas une vocation encyclopédique.

En revanche, si Le Rock psychédélique américain devait être réédité, j’intégrerais de nombreuses modifications, ayant depuis acquis de nouvelles connaissances, un grand nombre de disques et je modifierais la mise en page avec toutes les pochettes en couleur et incluses dans l’article sur le groupe.

Comment vivez-vous l’admiration de fans de musique pour vos écrits (vous êtes par exemple beaucoup apprécié par le feu excellent fanzine Vapeur Mauve)?

Je suis très content et flatté que mes écrits intéressent, plaisent et soient peut-être utiles d’autant que mes livres demandent toujours un gros et long travail. C’est toujours mieux que d’être ignoré. On écrit pour être lu.

Quels sont vos meilleurs souvenirs musicaux ? Avez-vous des anecdotes ?

Le premier concert auquel j’ai assisté, à 14 ans, c’était au Canet-plage avec Michel Delpech en vedette, un an après le succès de « Chez Laurette ». Détail amusant, trente ans plus tard, dans le cadre de mon travail à Parallèles, j’ai été acheté une partie de sa collection de disques à l’occasion d’un déménagement. Par ailleurs, quelqu’un de très sympathique comme Françoise Hardy chez qui je me suis rendu pour les mêmes raisons.

A 17 ans, 1969 fut une année marquante, Red Noise au lycée, les Stones à Hyde Park, les festivals de Plumpton et d’Amougies, les concerts au Marquee et autres salles londoniennes, puis en 1970 l’Olympia, la Taverne de l’Olympia (Deep Purple, In Rock), le Golf Drouot, Théâtre des Champs-Elysées Pink Floyd, puis les Who), etc. J’ai dû approximativement assister à plus de 1500 concerts dont de nombreux festivals, et beaucoup de très bons souvenirs, par exemple Tangerine Dream et Nico à la cathédrale de Reims, Robert Wyatt au Théâtre des Champs-Elysées, un de ses derniers concerts, ou Beck et Tame Impala (avec light-shows) à Belfort. J.J. Cale m’a impressionné.

Il y a aussi ceux que j’ai manqué à mon grand regret. Ainsi, j’avais acheté mon billet pour les Doors (L.A. Woman) à l’Olympia, mais, à la dernière minute, le concert a été annulé. Soi-disant leur matériel avait été bloqué à la frontière, une excuse souvent utilisée alors qu’en réalité, Jim Morrison se débattait avec l’affaire de Miami. Morrison a quitté le groupe peu après et sans lui, ce ne fut plus pareil.

Les rencontres sont les souvenirs les inattendus et les plus émouvants pour moi, créant des liens avec Robert Wyatt, John Greaves, Otis Taylor, Matin Stone, malheureusement décédé, Catherine Ribeiro avec qui je devais co-écrire un livre, mais c’était un trop compliqué pour moi, etc.

En 2010, à ma grande surprise car, nous étions à une époque où les voyages de presse étaient très limités, R&F et la maison de disques française m’envoient à New-York pour interviewer Steve Miller tout en me précisant que c’était quelqu’un de difficile et que l’entretien ne durerait sans doute qu’une demi-heure. A mon arrivée à New-York, l’attaché de presse me contacte et me donne RDV dans l’hôtel de Miller. Celui-ci m’accueille en me disant que je n’avais pas fait ce déplacement pour une petite demi-heure et il m’embarque avec son deuxième guitariste pour l’Iridium Club où se déroule un hommage à Les Paul, le parrain de Steve Dans l’escalier, il me présente déjà Allen Toussaint. Installé à une table au premier rang, je découvre que je suis le seul mec pas connu dans l’assistance, tous les guitaristes de passage dans la ville étaient là, notamment Warren Haynes que j’apprécie particulièrement. Sur scène, à deux mètres, Jeff Beck assure le show rock’n’roll avec Imelda May, Trombone Shorty, Brian Seltzer. Après un premier pot, fatigué par le voyage, j’ai décliné l’offre de Miller de poursuivre la soirée. Le lendemain, repas et long entretien. C’était une longue demi-heure. Lors de son excellent concert à Paris, nouvelle discussion dans sa loge.

Avec Otis Taylor au festival de Sinès, Portugal

J’ai lu sur votre site un passage consacré à Patti Smith et Lenny Kaye. En novembre 2011, lors d’un concert de Patti Smith à La Rochelle, l’ayant déjà interviewée, je voulais m’entretenir avec Lenny Kaye pour le magazine Expressions. Nous avons découvert un intérêt commun pour le doo-wop et surtout pour notre guitariste préféré John Cipollina. Je lui ai donné deux de mes livres sur le psyché. Peu de temps après, j’ai reçu un mail contenant quelques observations sur les livres ainsi qu’une photo réunissant Patti Smith, Lenny Kaye et John Cipollina prise dans les loges du Fillmore en novembre 1974.

Préférez-vous écouter la musique ou écrire dessus ?

La question ne se pose même pas. On écrit sur la musique parce qu’on aime l’écouter. Personnellement, j’ai conservé un côté naïf et un enthousiasme intact à l’écoute d’un disque ou d’une chanson qui me plaît. Je suis avant tout un amateur éclectique de musique.

Aimez-vous critiquer des disques, ou passez-vous à autre chose en ne montrant pas d'intérêt pour ceux-ci quand ils ne vous plaisent pas ?

Le nombre de chroniques étant limitées, je préfère me concentrer sur les disques que j’aime ou qui mérite une attention particulière, sauf à de rares exceptions.

Ecrire une chronique négative est un exercice des plus faciles, qui est vite expédié en se faisant plaisir.
Il est beaucoup plus difficile, complexe de raconter pourquoi on aime un disque.

Jouez-vous de la musique ?

J’ai vite compris que j’étais meilleur pour écouter que pour jouer.

(À suivre ...)


Interview réalisée en février 2022 
(Merci d'avance pour vos commentaires !)



AUTEURS CITÉS :

 

Michael Hicks :

1999 - « SIXTIES ROCK: GARAGE, PSYCHEDELIC, AND OTHER SATISFACTIONS », de Michael Hicks , University of Illinois Press

 

Vernon Joyson :

 

1987 – « An American Rock History Part One: California The Golden State » - Hugh MacLean et Vernon Joynson, Borderline Productions

1988 – « After The Acid Trip…The Flashback: The Ultimate Psychedelic Music Guide » - Vernon Joynson, Borderline Productions

1990 – « An American Rock History Part Two: Texas, Arizona and New Mexico: A Southwestern Pilgrimage (1960-1989) » - Hugh MacLean et Vernon Joynson, Borderline Productions

1992 – « An American Rock History Part Three: Chicago and Illinois: The Windy City and Prairie Smoke (1960-1992) » - Hugh MacLean et Vernon Joynson, Borderline Productions

1993 – « Fuzz Acid and Flowers: A Comprehensive Guide to American Garage Psychedelic and Hippie Rock (1964-1975) » - Vernon Joynson, Borderline Productions

1994 – « An American Rock History Part Four: Indiana, Iowa and Missouri: Hoosiers, Corn and Jesse James (1960-1993) » - Hugh MacLean et Vernon Joynson, Borderline Productions

1995 – « The Tapestry Of Delights: The Comprehensive Guide to British Music Of The Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Eras 1963-1976 » - Vernon Joynson, Borderline Productions

1997 – « Supplement to Fuzz Acid and Flowers: A Comprehensive Guide to American Garage Psychedelic and Hippie Rock (1964-1975) » - Vernon Joynson, Borderline Productions

1998 – « Supplement to The Tapestry Of Delights: The Comprehensive Guide to British Music Of The Beat, R&B, Psychedelic And Progressive Eras 1963-1976 » - Vernon Joynson, Borderline Productions

1999 – „Dreams Fantasies and Nightmares From Faraway Lands: Canadian, Australasian and Latin American Rock And Pop 1963-1975“ - Vernon Joynson, Borderline Productions

2000 – „An American Rock History Part Five: The Midwest C: Minnesota and Wisconsin (1960-1997) » - Hugh MacLean et Vernon Joynson, Borderline Productions

2004 – « Fuzz Acid and Flowers Revisited: A Comprehensive Guide to American Garage Psychedelic and Hippie Rock (1964-1975) » - Vernon Joynson, Borderline Productions

2006 – « The Tapestry Of Delights Revisited: The Comprehensive Guide to British Music Of The Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Eras 1963-1976 » - Vernon Joynson, Borderline Productions

2008 – « Dreams Fantasies and Nightmares From Faraway Lands Revisited: Canadian, Australasian and Latin American Rock And Pop 1963-1975 » - Vernon Joynson, Borderline Productions

2010 – « Fuzz, Acid & Flowers - Revisited Expanded Edition » - Vernon Joynson, Borderline Productions

2014 – « The Tapestry Of Delights Expanded Two Volume Edition: The Ultimate Guide to UK Rock & Pop Of The Beat, R&B, Psychedelic and Progressive Eras 1963-1976 » - Vernon Joynson, Borderline Productions

2017 – « A Melange Of Musical Pipedreams And Pandemonium » - Vernon Joynson

2017 – « A POTPOURRI OF MELODIES AND MAYHEM: Latin American And Canadian Rock, Pop, Beat, R&B, Folk, Garage, Psych And Prog 1963-1976 » - Vernon Joynson, Borderline Productions


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