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RADIOACTIVITY - SHAKE'N' POP - RENCONTRE AVEC ALAIN CONIL


Nous débutons aujourd'hui la nouvelle rubrique RADIOACTIVITY consacrée aux émissions de radio rock présentes et passées ainsi que leurs animateurs.
Alain Conil a accepté avec Shake'n' Pop d'en être le parrain pour notre plus grand plaisir. Contactez-nous si vous désirez participer !


Tout d’abord, peux-tu te présenter ? As-tu toujours vécu du côté de Clermont-Ferrand ?

J’ai tout juste 60 ans. J’ai divorcé peu avant de reprendre du service sur les ondes (2009). Mes 2 garçons vivent sur Paris. J’ai grandi à Riom, jolie ville pénalisée par la proximité (15km) avec Clermont où j’habite depuis 1989.

Quelle fut ton éducation musicale ? As-tu découvert la musique rock grâce à ta famille ?


Mon environnement familial était très éloigné de la musique. J’étais le grand frère. La première émission de radio écoutée assidûment fut Basket en fin d’après-midi sur Europe 1 en ‘77. Le déclic fut ma rencontre avec Patrick avec qui je faisais route vers le lycée ; il commençait à acheter des disques et un pote de son frangin avait laissé chez eux une quinzaine d’albums Rock authentifiés « WYNY » au marqueur qu’il ne vint jamais récupérer.

Basket - Europe 1
Quelles ont été les émissions et revues ou livres qui ont alimenté ta passion ? Te rappelles-tu quel morceau t’as mis sur le bon chemin « rockailleux » ?


Je n’ai que rarement réussi à résister au sommeil avant le début de POGO !. En 1979, la soirée débutait sur France Inter à 20h avec Loup-garou présentée par Patrice Blanc-Francard suivi de Feedback avec Bernard Lenoir. L’autre choix était de bifurquer (je crois que c’était à 20h30) vers Chlorophylle de Michèle Abraham sur Europe 1. Les lendemains matins, Patrick et moi nous racontions ce qu’avait diffusé l’antenne que l’autre avait négligé. L’époque était prolifique en nouveaux talents. Pour moi, les 2 morceaux emblématiques en étaient Euthanasie des Olivenstein & You’ve got my number des Undertones, tous deux généreusement proposés par Blanc-Francard. Je lisais Best chez Patrick avant de m’y abonner, début 1981.

Maneval et Pogo - Europe 1
Te rappelles-tu particulièrement d’une émission et pourquoi ?


Grâce au système des correspondants, 2 anglaises plus jeunes que nous sont venues à Riom pendant l’hiver ‘79. Elles se sont foutues de notre intérêt persistant pour les Pistols en évoquant Police dont le debut-album venait de sortir. Ce nom ne nous inspirait pas du tout mais on a changé d’avis à l’écoute. Aussi étions-nous impatients de découvrir la suite : ce fut un dimanche après-midi de toute fin d’été sur RTL qui l’avait bien « pré-vendu » que nous eûmes la primeur de Message in a bottle. On est rapidement passé à autre chose…


Patrice Blanc-Francard et Bernard Lenoir - Feedback 1979 (Philippe Picard)

Même question pour un livre ou une revue...

A partir de l’époque où j’ai cerné les styles musicaux qui me parlaient, Nineteen m’a accompagné une demi-douzaine d’années. Le spectre était large juste ce qu’il faut, la lecture facile. A Lyon, Gilles Raffier avait accompli du super boulot avec Teenage Kicks auquel j’ai participé (articles-fleuve sur Only Ones & Prisoners).


T’es-tu essayé à la musique ?


En 1979, Patrick et 3 autres potes ont monté un groupe. Je me suis contenté d’assister aux répétitions et de donner un coup de main pour un ou deux concerts. En 1985, je me suis équipé en basse et ampli avec lesquels j’ai constaté mes limites (ni oreille, ni dextérité et peu de tenacité). J’ai néanmoins participé à Dandelions (1987-’88) où débutait aussi Gilles Dupuy (drums) puis Number 6 (1989-’90) avec notamment les frères Coudert, futurs Shit For Brains. Moins de 5 concerts au total.

Pourquoi avoir choisi Radio Arverne pour ton émission Shake'n’Pop ?

Au milieu des années 2000, j’écoutais sur cette antenne une émission spécialisée dans les musiques Noires américaines, animée par Marin, à qui je dois mon intérêt pour elles depuis les ‘80’s où il officiait de même sur Radio Riom. J’étais intrigué par la programmation Rock pointue qui le précédait le vendredi soir (Fixed Up, notamment). J’ai pris le prétexte d’aller le saluer en studio pour identifier ces autres animateurs. Il se trouve que Lionel, l’un d’eux, me connaissait, ayant lui-même été proche de Patrick quelques années après moi. Il m’a indiqué avoir été inspiré par Jungle Baby mon émission sur Radio Riom (1985 – 1990) dans les ‘80’s et m’a proposé de participer à la sienne. Je n’y ai pas trop réfléchi mais, lors d’un concert de Radio Birdman à La Coopérative de Mai, il est revenu à la charge en me laissant le choix du sujet de ma première intervention : les Only Ones relancèrent mes aventures radiophoniques…

Est-ce du bénévolat ?


Oui, bien sûr. C’est une radio associative créée en 1988. Elle emploie 3 salariés. Depuis un déménagement salutaire en 2015, nous disposons de locaux spacieux et du matériel adéquat.

Raconte-nous Re-vox Populi !, ta précédente émission radio, d’ailleurs en avais-tu fait d’autres auparavant ?

Patrick (encore lui!) et moi nous étions lancés inconsidérément sur Radio Riom en décembre 1981. Y’a d’la boisson dans l’verre (titre approuvé par J-Louis Foulquier, référence à son Y’a d’la chanson dans l’air) a duré jusqu’en juin 1983. La saison suivante, je co-animais une heure les mercredis soirs avec Nicolas sur Station MU (Clermont). La tranche 20h-21h en semaine portait le même nom ( Rock Mutation), chaque soir avec une équipe animatrice différente : pas l’idéal pour se forger un auditoire… Je suis revenu sur Radio Riom en 1985 avec Jungle Baby sur des créneaux horaires qui ont évolué suite à une interruption d’une année, de mon fait. Sans réseaux sociaux, il était impossible d’avoir une idée de la taille de l’audience ce qui pouvait être décourageant à la longue. C’est aussi pour cela que j’ai abandonné au terme d’une année le radio-show que j’animai, au début des ‘90’s sur une radio associative Portugaise. Là, je pense que les auditeurs auraient pu se compter sans la 2ème main… Cela s’appelait déjà Shake’n’Pop
Patrick (au centre)
Si on avance de 15 ans, Lionel animait généralement son Back to the Oldies avec Fabrice, particulièrement intéressé par le post-Punk et les musiques expérimentales. A l’été ‘09, en l’absence de Lionel, Fabrice et moi avons tenu le navire en bossant en premier lieu sur Captain Beefheart. Chacun de nous avait ses préférences dans la discographie du bonhomme mais cela nous a semblé coller suffisamment pour que l’on demande un créneau horaire dédié à un radio-show hebdomadaire commun : Re-vox Populi !. Face à mon initial scepticisme vis-à-vis de nos backgrounds très éloignés, Fabrice a argumenté à partir de ses premières expériences sur les ondes Montpellieraines : elles tournaient autour du psychédélisme. Le projet présenté à notre Conseil d’Administration se basait sur cet univers musical. Nous avons élargi le spectre en proposant chaque semaine une heure partagée en 2 ou 3 thèmes. Nous avions élu Mick Farren & Kim Fowley comme figures tutélaires.

Alain aux manettes de la 400 ième
Quels présentateurs radio t’ont inspiré ? Y a-t-il une émission dont tu aurais rêvé d’être le modérateur ?


Mes débuts résultèrent d’un besoin d’implication dans le renouveau musical né vers la fin des ‘70’s. Ils coïncidaient avec l’émergence des radios locales. Je ne dirai pas que le style de l’un des animateurs des radios nationales évoquées précédemment m’ait particulièrement guidé. Aujourd’hui encore, j’apprécie que chacun exprime sa propre personnalité et partage ses goûts à sa façon.

Quel est le principe de Shake'n’Pop ?

Son lancement (juin 2014) résulte de la libération impromptue de l’heure d’antenne suivant Re-vox Populi ! : plutôt que 60mn de bandes préenregistrées sans direction musicale coincées entre nous et le jazz de fin de soirée, j’ai proposé de présenter seul des sélections Pop-Rock underground. En mars 2015, le décès accidentel de Fabrice a remis en question le programme de Radio Arverne les jeudis soirs ; après passage en revue des diverses solutions, j’ai sollicité les intervenants ponctuels dans Re-vox Populi ! ou Haust Line (émission expérimentale que Fabrice animait seul sur la tranche précédant Re-vox Populi !), Lionel (déjà occupé par son propre radio-show) & Marin (qui a refusé de reprendre du collier régulièrement). En les ayant tour-à-tour à mes côtés, il m’était possible d’assumer 2 heures hebdomadaires en élargissant le registre musical couvert. Contrairement à Re-vox Populi !, pas de thèmes autour desquels centrer chaque rendez-vous. La programmation se construit autour des actualités (parutions nouvelles, rééditions/compilations, concerts pas trop loin de Clermont, décès …). En rubrique récurrente, j’ai repris mes « 45 Printours » de Re-vox Populi ! : les singles fêtant leurs 45 ans.

La 400 ième : Pascal, Christophe & Lionel le 24.11.2022

Qui participe à l’émission et comment as-tu découvert ces compagnons de route ?


En alternance, Christophe et Pascal m’accompagnent, chacun venant une fois par mois. J’ai connu Christophe quand il participait, au même rythme mensuel, à  Haust-Line. De quelques bizarreries en rapport avec l’univers de Fabrice, il est passé à des sélections plus étoffées (presque une heure de musique) privilégiant la ligne claire et les ambiances Touching-Pop. Je connaissais Pascal de vue parce qu’il était D.J. les soirs de concert au Rat Pack, le club Rock Clermontois dans les années 2007-2012. Nous avons lié connaissance lors du Cosmic Trip Festival à Bourges en 2013. Il est venu quelques fois dans Re-vox Populi ! puis a accepté de partager ses larges connaissances à mes côtés. S’étant rapidement investi dans une émission supplémentaire qui précède Shake’n’Pop à l’antenne, Lionel devenait moins opérationnel. Il n’enchaîne les 2 shows qu’environ une fois par trimestre. Cela maintient un lien historique : il m’a filé le coup de kick pour revenir et était très pote avec Fabrice dont l’investissement pour ses émissions était peu commun. Chaque trimestre, nous animons un Shake’n’Pop à 4 ; c’est en quelque sorte une récréation (pas beaucoup de préparation individuelle et chambrage systématique).

Fabrice
Comment trouvez-vous les morceaux que vous proposez à l’écoute ?


La richesse vient de la diversité des sources. Chacun (comme dans les autres radios) a ses propres canaux. Pascal suit l’actualité des sorties et, en plus de ses propres achats, stocke ceux d’un ami qui, habitant La Réunion, ne les récupère qu’épisodiquement. Christophe écoute des émissions de radio anglaises et recueille les conseils de vieilles connaissances. Pour ma part, j’écoute plusieurs radio-shows U.S. et les Bandcamps me sont très utiles.

As-tu besoin d’une longue préparation pour chaque émission ?

Pour une émission en solo, la mise en place des 2 heures me prend environ 6 heures. Les dimanches avant une animation commune, Christophe ou Pascal me communiquent leurs choix ; je complète avec ce qui me paraît cohérent et établis l’ordre de diffusion. Le mardi, ils reçoivent la trame de l’épisode qui sera à mettre en ondes ensemble.

Raconte-nous comment tu les prépares.

En permanence, je collecte des morceaux que je classe dans des « réserves » selon l’urgence de leur diffusion, le rapport qu’ils peuvent avoir avec les centres d’intérêt de Christophe & Pascal. J’attends toujours d’avoir animé puis mis à disposition une émission avant d’entreprendre la « construction » de la suivante (à partir du week-end). L’un des moteurs de ce Meccano hebdomadaire est de trouver des liens entre les chansons (géographiques, labels, ). Je tiens une liste de concerts à venir dont je rassemble les plus proches dans une séquence introduite par le jingle (voix féminines amies) : « Et pourtant elle tourne… et eux aussi – les concerts en Arvernie & à proximité ». J’ai une collection de jingles ; j’en diffuse environ 6 par émission. La plupart des morceaux sont classés par ordre de passage sur une clé USB (moins sujette aux problèmes techniques que les Cds). Quelques vinyles et Cpmpact-discs pour compléter.


Quelles sont tes documentations et sources ?


En 2017, j’ai dû m’inscrire sur Facebook pour y monter une page « Shake’n’Pop » : le technicien d’Arverne m’a expliqué que cela éviterait que je monopolise l’ordinateur de montage de la radio pendant 20mn pour saisir juste avant l’émission le détail de ma play-list. Une fois sur ce réseau, j’ai réalisé le tri nécessaire pour recevoir quasi-exclusivement des posts relatifs aux styles musicaux qui me branchent. J’en tire une partie des infos, le reste vient surtout des autres radio-shows, Américains mais aussi Voix de garage animée par Bertrand Tappaz sur Campus Grenoble ou Power-Pop Pills de François Rey sur Radio Dio (Sainté).


Ne penses-tu pas que trop de préparation peut aussi gâcher une émission ? Par exemple ; enlever du naturel et devenir juste une suite d’informations. Certains modérateurs donnent parfois l’impression de lire les couvertures des disques au lieu d’en parler.


En la matière ; les attentes diffèrent sensiblement selon les auditrices (& auditeurs). Aucune manière de présenter ne satisfera tout le monde. Cela m’amène à penser que le principal, quand on est bénévole, est d’agir selon son ressenti et ses capacités. Personnellement, j’ai été un gros lecteur de romans avant de plonger dans le Rock. Pour autant, je n’ai jamais porté de réel intérêt aux paroles de chansons, estimant que ce format ne sied que rarement pour développer efficacement sa pensée. Les subtilités de l’Anglais m’échappent trop pour percevoir d’éventuelles métaphores ou autres exercices de style. Je ne donne généralement que des infos factuelles : géographie, membres du groupe si connus par ailleurs, titres et labels. Pour revenir sur ta question, on peut parfaitement n’avoir rien préparé et lire Wikipédia à l’antenne mais cela ne me correspond pas. Au micro, j’ai sous les yeux une feuille mentionnant les éléments ci-dessus auxquels j’ajoute souvent une anecdote s’il s’agit d’un vieux groupe sur lequel j’ai lu des trucs.

Peux-tu nous dire quels sont les avantages et les inconvénients de faire une émission telle que la tienne ?

Quand j’ai découvert que je pourrai parler des groupes qui me plaisent sans contrainte d’aucune sorte, j’ai trouvé cela presque aussi jouissif que de répéter dans une cave ou monter sur scène avec des potes sans savoir vraiment jouer de son instrument. J’aime chaque étape qui contribue à la réalité de Shake’n’Pop : glaner des infos & musiques, les organiser avec ou sans collaboration selon les semaines puis les présenter le jeudi soir (en direct c’est plus stimulant que lorsqu’il faut pallier une absence en enregistrant le dimanche). En inconvénient, je ne vois que la nécessité de fournir les 2 heures hebdomadaires : si j’étais systématiquement seul, cela serait lourd. Je vais terminer une nouvelle année affichant 52 nouveaux épisodes (aucune rediffusion!)

As-tu été tenté d’aller plus loin, de faire par exemple de la télévision ou de créer un label ?

Absolument pas ; la télé n’apporte que des contraintes supplémentaires et je ne vois pas où cela aurait été possible. J’ai plus l’âme d’un gestionnaire-organisateur que celle d’un créateur. Si label il devait y avoir, j’en serai un homme de l’ombre.

Peux-tu nous raconter les plus grands moments vécus dans ton émission ?


Ce qui sort de l’ordinaire, ce sont les invités ; je n’en ai pas eu beaucoup. Hormis le local Patrick Foulhoux – notamment pour son bouquin sur Les Thugs – ce fut par téléphone. J’ai été bigrement bluffé par la bio monumentale de Buddy Holly par Alain Feydri. Nous nous connaissons de longue date et l’avoir en ligne pour nous en parler fut un régal !

Est-ce-que des artistes sont occasionnellement invités, reçois-tu des morceaux inédits spécialement pour l’émission ?

L’an dernier, le boss du label local 6Tone est venu juste avant un concert rassemblant ses 3 groupes (dont les Badass Mother Fuzzers). On avait aussi eu les Clermontois d’Arcwest à l’occasion de la sortie d’un E.P. Au fil des ans, Didier Balducci, les Lookers (Pays-Basque) et Don Joe (Toulouse) ont aussi causé de leur actualité par téléphone. Je reçois quelques sollicitations de groupes quasi-inconnus pour diffusion de leur production : on n’a pas de liens commerciaux d’où toute latitude pour donner suite ou pas.

Qu’est-ce-qui est interdit dans ton émission, a-t-elle été déjà censurée ?


Je vois mal ce qui aurait pu être motif de censure. Mes collaborateurs te répondraient que je supporte mal les morceaux longs. Ils ont d’ailleurs négocié (et obtenu) d’en passer un chacun lors de notre 400ème (le 24 novembre). En terme de style, depuis le temps qu’on existe, chacun sait ce qui serait trop hors de propos. Malgré tout, une pièce « rapisante » s’est faufilée - pour le joke - lors de notre dernier « All together now ».

As-tu de temps en temps cédé au copinage ?

Quand tu balances 30 morceaux par semaine, tu as ton idée de ceux qui se distinguent mais ton avis n’est pas forcément celui de la majorité des auditeurs. N’ayant pas d’impact significatif sur les modes musicales, j’échappe à d’hypothétiques pressions. C’est donc de notre propre initiative que Christophe ou moi pouvons inclure une chanson d’une vieille connaissance qui, sans être exceptionnelle, s’inscrit dans ce que nous avons plaisir à écouter.

Combien de temps occupe la musique dans ta vie ?

Je vis seul et ne travaille plus depuis un an. Habitant en appartement, je dispose donc d’un volume horaire conséquent à organiser à ma guise. J’ai pris l’habitude de n’allumer mon P.C. qu’après 13h. Avec l’avènement des plate-formes, les platines tournent bien moins. Je dirai que ma moyenne approche 5 heures/jour.

Que pense ta famille de cette passion ?

Lorsque j’étais salarié, je disais que c’était un hobby équivalent à un travail à mi-temps. Mon entourage est conscient de l’importance qu’elle revêt pour moi et s’est rendu compte que je m’y épanouissais. Cela n’aurait pu fonctionner quand j’étais jeune père de famille.

As-tu des contacts avec d’autres présentateurs amateurs de la musique que l’on aime ? Est-ce une petite communauté faite de plaisirs communs ou une concurrence ?


J’étais en relation épistolaire avec Gildas Cospérec mais nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois, l’été précédant sa disparition. Dig It! restera la référence absolue en France pour ce qui est du Garage-Rock. L’héritage Nineteen, le couplage avec le fanzine et la longévité le place hors-concours. Auditeur assidu, j’avais détecté, malgré le niveau conséquent de son auditoire, une baisse de gnaque lorsqu’il s’est retrouvé le plus souvent seul au micro. J’ai aussi beaucoup regretté l’arrêt de Nous Sommes les Rockers présentée par Romanne Blouin sur CISJ (Montréal). Je suis ami avec François Rey, actif depuis plus de 3 ans avec Power-Pop Pills à laquelle j’ai été invité, tout comme l’inverse.. Plaisirs communs, bien sûr ! Rien n’empêchant une auditrice d’écouter 2 émissions, je ne vois pas comment il pourrait y avoir concurrence.


Quels sont tes rapports avec le monde du fanzinat ou des blogs ?


Je n’ambitionne pas d’être spécialiste d’un style particulier ; de même, je préfère les fanzines qui traitent de divers univers, parfois extra-musicaux. Je ne m’intéresse plus vraiment.aux fanzines. Mon préféré reste Chéri-Bibi. Il y a 30 ans, j’aurai répondu Staccato. Fabrice et moi suivions certains blogs mais les Bandcamps suffisent généralement à m’occuper.


Quels sont tes disquaires préférés ? Où as-tu l’habitude d’acheter tes galettes ?


Depuis 1979, j’ai contribué à faire le bonheur de diverses enseignes ou vendeurs d’occasion, que ce soit à Clermont, Paris ou Londres. Le suicide de mon frère, au printemps 2020, m’a conduit à relativiser l’importance de ces objets. L’envie s’est diluée. Je suis récemment rentré de Paris sans un disque. Le dernier endroit où une petite flamme subsiste est Dangerhouse à Lyon.

Es-tu aussi consommateur de musique numérique ?


Oui, évidemment. Sinon, il faudrait dépenser une fortune pour alimenter les play-lists. L’écoute d’inconnus en est immensément facilité.

Et les bootlegs, en as-tu dans ta collection ?

Je crois n’en avoir que deux, achetés le même jour à Paris pour écouter des morceaux inédits (à ma connaissance) du early Floyd et The Move. Par ailleurs, je n’ai acheté que très peu de « Live », même officiels.

Penses-tu que tu as déjà fait le Shake n’Pop idéal ? Si ce n’est pas le cas, à quoi penses-tu qu’il ressemblerait ?

Il y a 2 catégories : ceux où je suis seul et les autres. Dans les deux formules, il m’est arrivé de terminer des émissions en estimant que tout avait « roulé ». Pour cela, il faut cocher : le feeling, l’absence de souci technique, le plaisir ressenti à l’écoute de morceaux variés. Un équilibre à retrouver chaque jeudi : c’est le challenge.


Que penses-tu de l’élitisme dans le milieu rock français ?


A notre époque, je ne sais plus du tout où sont les limites de ce qu’on appellerait « Rock Français ». Il m’arrive d’écouter des jeunes artistes « émergents » présentés comme Rock. La plupart du temps, ils sont programmés parce qu’ils ont su y mêler d’autres types de musique. J’ai adoré les débuts des Liminanas et ils gardent toute mon estime. Pour autant, leur évolution vers des musiques propices à occuper la bande-son d’un film me passionne moins. La matrice musicale de l’hexagone était aux antipodes du Rock ; les Français qui s’en réclament ont dû se convertir à quelque chose d’étranger ; ils sont forcément minoritaires.

Quels sont tes meilleurs souvenirs liés à la musique ? Quels ont été tes meilleurs concerts ou rencontres ?


La rencontre avec mon (désormais ex-) épouse Toulousaine lors d’un festival à Fontenay-le-Comte en 1990. L’affiche Green On RedJoe « King » CarrascoViolent Femmes au Printemps de Bourges (1985). Fixed Up au Club 3000 (Clermont) en ‘84 ; les Fuzztones au même endroit au printemps suivant…., les Prisoners à Londres, les Liminanas au Club de La Coopérative de Mai, Grys-Grys au Bombshell (successeur du Rat Pack)….

À quel concert aurais-tu rêvé d’assister ?

23 novembre 1976, Maison du Peuple de Clermont-Fd. Les Gorillas devaient ouvrir pour les Flamin’ Groovies dont c’était la 1ère date de la tournée française. Maladie de Cyril Jordan ou problème de douane ? Je ne sais plus mais Patrick Mathé a dépêché Bijou pour remplacer les Ricains. Même avec ces « remplaçants », je donnerai beaucoup pour avoir eu 2 ou 3 ans de plus nécessairespour y être allé…


Quel est le disque de ta collection que tu apprécies le plus et pour quelle raison ?


« Never mind the bollocks ... » parce que c’était le premier et quand tu n’as que celui-là, tu l’écoutes en boucle. Presque au même niveau « L.A.M.F » et le 1er Real Kids. Heureusement, il y en a beaucoup pas bien loin….

Est-ce-que tu veux faire de la radio jusqu’à la fin de ta vie ou y a-t-il des moments où tu as envie de tout arrêter ?


Le hasard a voulu que Shake’n’Pop existe avant le décès de Fabrice. Dans le cas contraire, il est probable qu’il n’ait pas vu le jour. Etre régulièrement en compagnie des autres participants et constater - via Mixcloud/alain-shakenpop – que, chaque semaine, au minimum 10 personnes nous écoutent par ce canal (
où les 10 derniers épisodes sont toujours accessibles, en plus du direct et du podcast dispo sur notre page du site radioarverne.com/découvertes) me motive assez pour que je n’ai jamais eu la tentation d’arrêter. Si ma santé le permet, quelques belles années nous restent pour proposer des trucs encore inédits dans nos programmations. Arrivera forcément un moment où des impondérables remettront cela en question.

Est-ce-que tu conserves toutes les émissions que tu as faites, as-tu du plaisir à t’écouter à la radio ?

J’ai toutes les émissions postérieures à la 100ème. Chaque vendredi, j’écoute une partie de celle que je positionne sur Mixcloud. Je constate invariablement que ressortent les fractions de seconde d’hésitation senties en direct ; on se console en décrétant que cela restitue la spontanéité de l’exercice.


Qu’est-ce-qui a changé ta vie en faisant de la radio ?


J’étais un garçon particulièrement timide. Côtoyer Patrick a permis de tenter cette activité, récemment rendue possible et qui eut un grand succès (plus de 20 radios « libres » sur Clermont à l’époque!). D’autre part, contrairement à mon cursus étudiant et par hasard, je me suis retrouvé à servir une clientèle bancaire. Les années passant, l’assurance est venue, ce qui n’est pas rien. Dans ces deux pans de ma vie, j’ai mis à profit mes qualités d’organisation et d’autonomie.

Quelle est à ton avis la plus grande qualité de ton émission ?

J’ai espoir que le thème de la découverte musicale qui l’inspire ne soit pas antinomique avec le simple plaisir de l’écoute. L’auditoire recèle des niveaux de connaissance variables. Il serait sans doute apprécié que, au moins à chaque quart d’heure, un air connu sorte du poste ; mais, sauf à balancer un tube des sommités ‘60’s ou ‘70’s, celui de leur répertoire invariablement offert par les stations de référence, il est difficile de placer le curseur de la notoriété. Dans Shake’n’Pop, on craint les guitaristes « bavards » et les chants ampoulés ou beuglés. J’ambitionne de maintenir un équilibre subtil pour satisfaire de saines curiosités.

En quoi diffère ton émission de celle des autres consacrées au rock ? Quels seraient les arguments pour convaincre les gens de l’écouter ?

Je n’en connais pas des dizaines… Je ne recense pas la quasi-totalité des sorties dans un style limité et n’alterne pas d’un univers à un autre qui lui serait parfaitement étranger. N’étant pas musicien, je ne décris pas les types d’accords constituant un morceau. Mon débit vocal est proche de celui que j’ai hors antenne. J’espère que, de l’autre côté du poste, on ressent mon souhait de mettre à disposition des pistes. Je comprends que toutes ne parlent pas à la même personne. Si vous aimez les mélodies pas trop préfabriquées, vous devriez en trouver certaines à votre goût.

Maintenant, tu as le chant libre pour passer un message à nos lecteurs !

Animer une émission de radio est passé de mode depuis longtemps. Si vous avez des dons de musicien, chanteuse, tourneur ou autre, suivez votre voie ! Si, comme moi, vous êtes simplement requinqué quand un bon disque tourne et que vous aimez partager cette sensation, renseignez-vous : il est possible que des ondes vous soient ouvertes. L’exigence de régularité constitue un réel obstacle ; soit vous connaissez un programme existant auquel vous pourriez apporter votre contribution, soit vous constituez une équipe pour créer le vôtre. Cela vous préserve de l’obligation de présence hebdomadaire ou, au minimum, de vous impliquer seul dans sa production à pré-enregistrer. Go & do it !

Merci Alain pour avoir répondu à autant de questions 😉 !

Interview réalisée en novembre 2022

Christophe, Alain, Lionel, Pascal

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