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ROCK LIBRARY - SAM GUILLERAND & "EVERYDAY IS LIKE SUNDAY ENTERTAINMENT"

Sam Guillerand nous a contactés afin de nous présenter son livre d'entretiens avec Didier Balducci, le guitariste des Dum Dum Boys. Il est le premier volume de la collection "Les Derniers des Mohicans", une série de livres qui s'avère prometteuse. Après avoir découvert son site "Everyday Is Like Sunday Entertainment" et sa contribution époustouflante à de nombreuses passions communes, il nous sembla évident qu'une interview sur sa carrière allait être passionnante.


Salut Sam, tu es un impressionnant touche à tout, quand trouves-tu le temps de dormir ?


Une question que l’on me pose souvent. Je dors peu, et mal. Je profite de mes insomnies, et plus globalement de mon sommeil segmenté et agité pour lire, écrire, regarder des films (ou des documentaires), écouter la radio, jouer de la guitare ou travailler sur mon ordinateur pour mes diverses activités. Cela ne me pose aucun problème (hormis quelques coups de fatigue parfois en pleine journée !), je m’y suis accommodé, et j’apprécie le fait de pouvoir vivre une « deuxième journée » nocturne. Je m’endors donc (très) tardivement, et je me lève (relativement) tardivement également. Je savoure particulièrement la nuit, son mood, sa tranquillité, son contexte propice à la concentration et à la réflexion… Et je n’aime pas spécialement le matin, contrairement à pas mal de gens. La nuit, personne ne t’appelle, personne ne t’envoie de sms ou d’e-mails, personne ne te sollicite pour un oui ou pour un non, personne ne te grignote le cerveau, personne ne t’aspire ta vitalité, personne ne te vampirise l’énergie, bref tout glisse tranquillement. Je vis, à tous les niveaux, « à rebours ».

Comment as-tu découvert toutes les scènes alternatives auxquelles tu participes ? Sûrement pas par Champs Élysées le samedi soir à la TV ?

C’est un ensemble de rencontres, d’interactions, de collisions, d’expériences, et de contexte personnel et culturel. Mon père avait des goûts sûrs en musique, et assez variés. Grâce à lui, j’ai découvert très tôt – dans les années 1980, à l’âge de 10 ans – des groupes comme Gun Club, Lords of the New Church, the Smiths (et Morrissey en solo), Jesus and the Mary Chain, Prefab Sprout, Echo and the Bunnymen, les Jam, Cure, Sex Pistols, 999, Ramones, the Fall, Godfathers, les Cramps, Buzzcocks, Sisters of Mercy, et beaucoup d’autres. Il possédait pas mal de vinyles, que j’écoutais quand je passais des soirées chez lui – mes parents ont divorcé dès mon plus jeune âge. Ma mère, avec qui je vivais, qui m’a élevé, n’avait pas du tout la fibre musicale, mais s’intéressait néanmoins aux livres. A tout et n’importe quoi, mais elle lisait énormément. Je l’ai toujours vu avec un livre entre les mains, après diner, dans le canapé, ou quand elle avait quelques minutes de repos ici et là. Très tôt, par mimétisme je suppose, j’ai moi-même beaucoup lu. Et quand un de vos parents se passionne pour la littérature (quelle qu’elle soit), les cadeaux à Noel et aux anniversaires sont souvent les mêmes : des livres et des bande-dessinées. Ce qui me convenait parfaitement.
J’ai ensuite, au collège et lycée, traîné avec des potes qui s’intéressaient, comme moi, à la même musique et à tout l’univers que cela charriait… au début, comme tout le monde, au hard-rock relativement classique, puis très rapidement, au fil de la mutation du genre, au thrash, au crossover, au punk bourrin, au death metal et au hard core américain… j’ai aussi été impacté par la culture skate US, la mouvance grunge, l’explosion de la vague alternative américaine, anglaise et française… tout en continuant à gratter dans les bacs de mon père, dans lesquels je découvrais, au début des années 1990, énormément de groupes, comme les Pixies (dont il avait tous les disques), Sonic Youth (il a acheté l’album Goo à sa sortie, en 1990), ainsi que toute la vague brit pop de l’époque (Stone Roses, House of Love, et consorts) et même quelques groupes de rap qui cartonnaient au tout début des années 1990 (il a acheté le Fear of the Black Planet de Public Enemy en 1990, que j’ai adoré dès la première écoute). Bref, j’ai pu apprécier des styles et des esthétiques musicales et culturelles variées, qui semblaient même paraître antagonistes pour certains. A la fac, j’ai approfondi sur des franges du punk américain de l’époque (donc mélodique et plus calibré), la noise, différentes formes de hard core, ainsi que les origines du rock’n’roll, via les pionniers de la surf music, du rockabilly, du psychobilly et de certaines références du garage. J’ai découvert les fanzines durant cette période, tout en continuant à m’intéresser et à lire la presse culturelle en kiosques, des livres et comics/bd, et bien sûr à regarder des films. C’est un long processus, qui n’a d’ailleurs jamais cessé. Je suis toujours autant intéressé par la Chose Culturelle. Il n’y a même que ça qui m’inspire. Je ne vis que pour le cinéma, la littérature et la musique (même si pour cette dernière, je dois avouer avoir un rapport un tantinet moins obsessif qu’à l’époque).

Sam

As-tu une horreur de tout ce qui est mainstream ? Pourquoi cette fixation sur l'underground ?

Je ne fais aucune fixation sur l’underground. Pour répondre à ta question, il faudrait déjà définir précisément, et surtout correctement, ce qui relève de l’underground et du mainstream, ce qui nous demanderait quelques heures d’une discussion à bâtons rompus. Beaucoup de choses qui sont étiquetées « underground » ne le sont pas vraiment, c’est souvent une marque de fabrique qui ne repose que sur des concepts assez flous, une simple posture. Tout n’est pas noir ou blanc. Impossible de séparer d’une façon aussi définitive le bon grain de l’ivraie, l’underground et le mainstream. C’est une vision extrêmement simpliste et manichéenne du problème posé. Il existe dans le monde mainstream des artistes et musiciens hors-normes et vraiment singuliers… et beaucoup de groupes de la scène underground peuvent être stéréotypés, sans aucune personnalité, et plutôt médiocres. Et inversement. De petits labels usent des mêmes stratégies que les majors, dans une économie, certes, beaucoup plus restreinte, mais qui est finalement tout aussi discutable… et certains labels mainstream vont jusqu’à brouiller les cartes en essayant de se faire passer pour des structures indépendantes… bref, on y perd son latin, tout le monde essaie de s’inscrire dans une case prédéfinie, pour sauver le peu qu’il y a à sauver dans un milieu musical et culturel à l’agonie. Quoiqu’il en soit les termes « indépendants », « punk », « alternatif », « underground », « rock’n’roll », « do it yourself », ont perdu toute signification malheureusement aujourd’hui. Le contexte a tellement changé. C’est un sujet épineux et complexe, que je ne peux résumer en seulement quelques lignes, et sur lequel j’ai un avis très arrêté.
Qu’il s’agisse d’une culture dite souterraine ou officielle, mon seul curseur reste mon esprit critique, que j’ai façonné tout au long de ces 35 dernières années en m’intéressant de près à la musique, au cinéma, à la presse, à la bd et à la littérature, et bien sûr en évoluant « activement » sur le terrain. J’ai également eu la chance (si c’en est une) d’être des deux côtés du rideau ; à la fois musicien et journaliste musical/culturel, à la fois tourneur pour mes propres groupes, et organisateurs de concerts pour d’autres groupes dans la ville dans laquelle j’ai évolué pendant une 20aine d’année, à la fois auteur pour des éditeurs, et moi-même éditeur pour des livres auxquels j’ai contribué, à la fois éditeur de fanzines très pointus et pigiste pour la presse « nationale » en kiosques, etc. Une dualité qui m’a permis de ne pas trop me fourvoyer sur ces milieux respectifs. Bref, je pense avoir le recul et l’expérience nécessaires pour ne pas trop me laisser abuser par les stéréotypes des cultures mainstream ET underground. Il y a du très bon et du très mauvais dans les deux parties.
Personnellement, mon matériau de travail, pour mes livres et autres publications, concerne effectivement le milieu contre-culturel… je dirais que je choisis des sujets (pour mes livres) qui m’ont touché et impacté, et surtout des sujets qui ont peu – voire pas – été traités et archivés, et sur lesquels j’ai un regard, je pense, pertinent.

Dans quelles villes as-tu obtenu cette culture disons "hors norme" ?

J’ai passé mon enfance, jusqu’au lycée, dans deux villes situées à proximité de la Suisse, à quelques kilomètres seulement de la frontière, pas très éloignées également de l’Allemagne. Je me suis ensuite installé à Besançon en 1995, après avoir obtenu mon Bac, quand je me suis inscrit en fac d’Histoire. J’y ai vécu pendant une vingtaine d’années, tout en étant énormément en mouvement ici et là, dans toute l’Europe, du fait des tournées (avec mes groupes) et de quelques choix personnels. J’ai aussi passé pas mal de temps, sur une période de 10 ans, aux Etats-Unis car mon ex-femme en était originaire ; je m’y rendais une à deux fois par an, pour des séjours de trois semaines environ, dans des états différents à chaque fois. J’y suis même resté 6 mois il y a quelques années, pour un long road trip durant lequel j’ai parcouru le pays dans tous les sens (32 états au total)… expérience sur laquelle j’ai d’ailleurs écrit un livre (un carnet de route, Continental Divide). J’ai été amené également à passer pas mal de temps à Lyon, pendant 4 ans, une ville que j’appréciais, généreuse en salles de cinéma et librairies, ce qui représente pour moi deux critères absolument essentiels. Et depuis quatre ans je vis à Paris dont j’adore la vibration et la proposition culturelle pharaonique.

Tu es passionné de culture populaire des années 1980 et 1990. D'autres sont par exemple plus fascinés par les années 50/60 et le début du rock. A ton avis, qu'est-ce-qui différencie des autres la culture underground de cette époque ?

Non, je ne suis pas spécialement davantage passionné par la culture des années 1980-1990 que par celle d’autres périodes. Je suis né dans les années 1970, forcément j’ai grandi et je me suis construit culturellement dans les années 1980-1990, ce qui ne signifie pas que je dois adopter une attitude monomaniaque sur cette période, même si j’ai consacré beaucoup d’énergie à la documenter dans mes fanzines et livres… Je m’intéresse également à d’autres décennies, avec le même respect, intérêt et appétit, notamment en matière de cinéma, de littérature et de musique.
Musicalement, j’apprécie autant, pour des raisons différentes, Buddy Holly, Roy Orbison, Eddie Cochran, Gene Vincent, Vince Taylor, Link Wray, Dick Dale que Franck Black, Paul Westerberg, Morrissey, Bob Mould, Kurt Cobain, Henry Rollins, Glenn Danzig, Jeffrey Lee Pierce, Lux Interior… ce n’est pas tant une histoire « d’époques », mais plutôt de personnalités, de singularité, de radicalité, et de rapport au monde. Et ça s’applique également aux écrivains et aux cinéastes.

Parlons littérature, quels ont été les œuvres qui ont changé ta vie et pourquoi ?

J’ai commencé, comme beaucoup (en tout cas les jeunes lecteurs de ma génération) par la littérature policière classique, d’épouvante et un peu de SF. Et j’aimais beaucoup Maupassant (j’avais adoré Bel-Ami, découvert au lycée, dans le programme de français, qui reste à ce jour un de mes romans préférés). C’est surtout au lycée et en fac que j’ai pu affiner mes goûts, affuter mon jugement critique et ma compréhension de l’histoire de la littérature. Auparavant, je lisais ce que je trouvais dans les bibliothèques de mon bled, au CDI de mon collège, et dans les librairies du coin… le choix était donc plutôt restreint, mais ça m’a permis de lire des choses très différentes. Enchainer Van Vogt et San Antonio, Jules Verne et Gaston Leroux, Agatha Christie et Michael Moorcock, Simenon et Michael Crichton, Graham Masterton/Joe R Landsdale/Stephen King, des novellisations de films (ça se faisait beaucoup à l’époque), en passant par les collections « Alfred Hitchcock présente… » et même quelques S.A.S… sans oublier les livres que nous étions tenus de lire en classe de français (Barbey d’Aurevilly, Hemingway, Marcel Pagnol, etc.) ! Bref, ça partait dans tous les sens…ce qui est plutôt une bonne chose pour un ado’.
A la fin du lycée et en fac, j’ai découvert tout un pan de la littérature américaine (pour synthétiser : Charles Bukowski, John Fante – puis son fils Dan Fante –, Hubert Selby Jr, Raymond Carver, Richard Brautigan, Bret Easton Ellis, Jay McInerney, Douglas Coupland, et des dizaines d’autres, tous plus ou moins inspirés par les mêmes thèmes, c’est-à-dire l’envers du décor de l’american way of life), la littérature noire américaine (Jim Thompson, David Goodis et ceux qui s’en réclamaient) le polar français post Manchette (j’en lisais des tonnes), et pas mal d’auteurs français contemporains, qui sortaient alors leurs premiers romans (et qui sont devenus aujourd’hui les indéboulonnables : Emmanuel Carrère, Michel Houellebecq, Virginie Despentes, Nicolas Rey, Marie Darieussecq, et un peu avant eux, Philippe Djian, Jean-Paul Dubois, qui étaient eux-mêmes avides des auteurs américains que je me prenais en pleine poire, et qui en parlaient beaucoup lors d’interviews, etc.). Puis s’ajoutaient des auteurs découverts à l’instant T, à la suite de la lecture d’articles dans la presse, ou des noms cités par des auteurs ou des éditeurs… d’autres auteurs français oubliés (Emmanuel Bove, Henri Calet, Jean Freustié, Michel Déon, etc.) par exemple… j’ai gratté ici et là, à l’intuition, suivant des périodes et des genres… sans Internet, puisque cet outil n’existait pas.
Je lis un à deux livres par semaine, impossible de lister tous les auteurs que j’apprécie. A l’instar du cinéma et de la musique, une porte ouvre sur un dédale de couloirs qui mènent à d’autres portes. Il n’y a pas de règles ; mon appétit et mon intérêt connaissent des « phases », parfois je lis moins de fiction, et davantage d’essais, de poésie, de pièces de théâtre, de mémoires, de correspondances, de livres d’entretiens, etc. Puis je reviens au roman pendant quelques mois, je découvre des familles littéraires que je ne connais pas ou mal… un livre en appelle un autre… c’est un puit sans fond.

Est-ce-que la culture française était prédominante pour toi ? Par quels moyens pouvais-tu te mettre au courant de la littérature underground étrangère à cette époque ?

Je fais partie de la génération pour laquelle les Etats-Unis ont énormément compté. Dans les années 1980 et 1990, tous les regards étaient tournés sur ce que produisait ce continent en matière de musique, de cinéma, de bande-dessinée (comics), de mode, de télévision, etc. J’ai longtemps été fasciné par ce pays et cette culture… ce n’est plus du tout le cas. Néanmoins, j’ai toujours beaucoup lu d’auteurs français, et je me suis intéressé très tôt à la scène musicale alternative française (punk et metal, etc.), ainsi qu’au cinéma français (la Nouvelle Vague dans un premier temps, puis des courants plus obscurs, ou mésestimés par la suite). Depuis quelques années, je m’aperçois, sans que cela soit vraiment conscient, que je ne lis plus du tout d’auteurs américains… en fait, je ne lis plus de romans traduits. Ça changera certainement, je ne me pose pas beaucoup de questions, je suis mes envies… ça va et ça vient.

Qu'a représenté pour toi la série des livres Gore ? Connaissais-tu déjà les films de H.G. Lewis avant d'en lire les livres ?

J’ai été très friand de ce genre de littérature populaire, divertissante et régressive… la collection Gore mais aussi d’autres du même acabit (Frayeurs, dont le directeur n’était autre que Jean Rollin) et celles qui sont apparues plus tard – très influencées – comme Thrash et Karnage (cette dernière étant éditée par mon pote Jérémie Grima, avec qui j’ai co-écrit Enjoy the Violence. Tout comme les films du même genre : splatter gore, slasher, films de psycho-killer, horreur/épouvante classique (et donc, plus ou moins affiliée à la littérature gothique), monster movies, films bis et d’exploitation en tous genres, etc. Bien sûr HG Lewis, mais des dizaines d’autres réalisateurs bricoleurs, des cinéastes oubliés ou mésestimés, moqués même, parfois, des artisans au grand cœur, tous dans la lignée d’énergumènes comme Roger Corman et de William Castle. La culture horrifique fait partie de mon ADN ; à certaines périodes de ma vie, c’était une véritable obsession… je ne lis plus de tout de littérature de genre, ni de BD affiliées à ces styles, mais je regarde encore de temps en temps des films horrifiques, notamment dans le cadre de quelques festivals français dédiés à ces univers (comme le Festival du Film Fantastique de Gérardmer, L’Etrange Festival ou le PIFFF), où je m’efforce de me rendre chaque année.

Étais-tu aussi intéressé à toutes ces publications de science-fiction de la même époque ?

Comme je l’ai dit dans une de mes réponses précédentes, je lisais un peu de SF quand j’étais plus jeune, mais je n’ai jamais été un spécialiste, loin de là, ni même un fan du genre… Quelques classiques, faute de mieux – car il était difficile de trouver des trucs très pointus en librairie dans le village dans lequel j’ai grandi dans les années 1980. En cinéma, j’aime surtout les vieux films de SF, très naïfs et fauchés, mais hautement divertissants. Dès que l’élément SF devient trop premier degré, je quitte le navire. J’ai, bien sûr, vu tous les classiques de ce genre, mais je dois avouer qu’ils ne m’ont jamais vraiment excité… 2001, l’odyssée de l’espace et Blade Runner me font bâiller…idem pour tout ce qui touche la SF « moderne », que je ne prends même plus la peine de regarder. Quoiqu’il en soit, dès que j’ai découvert cette littérature américaine très typée, ainsi que certains courants de littérature française, je me suis beaucoup moins intéressé à la fiction « genrée » (horreur, SF, polar, etc.).


Est-ce-que la culture prônée dans le magazine
Actuel était aussi intéressante que celle plus "trash" à tes yeux ?

Je n’ai découvert Actuel que tardivement. Je suis trop jeune pour avoir connu la première version de ce journal. Et la deuxième, je l’ai connue en kiosques, mais je n’étais pas en âge de goûter son contenu. Bien sûr, j’apprécie et je respecte la vision (et la trajectoire) de Bizot, ce qu’il a entrepris, son énergie créatrice, le rôle de catalyseur d’idées qu’il a joué. J’ai fureté du côté d’Actuel plus tard, car je suis passionné par la presse culturelle et son aventure en général, mais je ne peux pas affirmer que c’est une publication qui m’a impacté. Et de ce que j’en ai vu et lu, je préfère évidemment la première incarnation du magazine : foutraque, décomplexée et poussée par un vent de liberté totale. J’ai récemment lu un livre qui revenait en détails sur la trajectoire d’Actuel, avec des interventions d’une partie des journalistes qui y ont contribué ; c’est surtout le contexte contre culturel de cette époque qui m’intéresse, plus que le magazine en lui-même.

Étais-tu plus Starfix ou Mad Movies ?

Les deux, mon capitaine. J’ai été un lecteur assidu de Mad Movies, de la fin des années 1980 à 2010 environ. J’aimais beaucoup la version des années 1980 et 1990. Starfix, je suis à peine trop jeune pour l’avoir lu à l’instant T, quand il était distribué en kiosques… j’ai bien sûr retrouvé pas mal de numéros ici ou là, et lu l’anthologie sortie il y a quelques années. J’aime son esprit, ainsi que la vision (et la personnalité) de quelques plumes qui y ont contribué. Et je voue un respect absolu à Christophe Gans, qui en était un des murs porteurs… il est toujours très impressionnant dans l’exercice de l’interview et de la conférence.

Dans quel sens cette littérature a-t-elle influencé ta vie ? Dans quelles créations personnelles la retrouve-t-on ?

Les livres sont au centre de ma vie, depuis mon plus jeune âge. J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre les gens qui peuvent (sur)vivre sans lire. C’est la première activité à laquelle je m’adonne en me réveillant, et la dernière avant de m’endormir. Chaque fois que je dois attendre quelque part, durant la journée, je sors un livre et me plonge dans ses pages. C’est une béquille dans mon quotidien, un bouclier, et une arme. La littérature a toujours été au cœur de mon apprentissage culturel, intellectuel, et émotionnel. Quelqu’un qui ne lit pas ne peut tout simplement pas appréhender ce (et ceux) qui l’entoure. Son rapport au monde est faussé. Enormément de gens arrivent à faire sans. Enormément de gens ne comprennent rien à ce qui les entoure. Quod erat demonstrandum.
Tout ce que j’ai produit culturellement (que ce soit musicalement ou en matière d’écrits) est directement influencé par ce que je lis… pas forcément dans le style, mais dans l’approche et la sensibilité. Certains auteurs m’ont plus appris en quelques livres que certaines personnes que j’ai côtoyées au quotidien pendant des années. Un constat qui pourra peut-être horrifier quelqu’un qui n’hésite pas à affirmer « ne pas avoir de temps » pour ouvrir un livre, j’en ai bien conscience, mais c’est ainsi.


Tu édites également des livres, peux-tu nous en dire plus ?

En effet, j’apprécie particulièrement la micro-édition ; c’est intrinsèquement lié à mon intérêt pour le medium fanzine, les deux activités étant évidemment similaires. J’aime collaborer en tant qu’auteur avec des éditeurs, mais j’aime aussi éditer moi-même des « petits » livres (pas forcément les miens, d’ailleurs), façonnés et bricolés avec les moyens du bord. Des livres qui trouvent leurs lecteurs dans des sérails culturels précis.

Nous avons parlé un peu Gore, quel est ton cinéma de prédilection ?

Je n’ai aucun genre de prédilection. Je m’intéresse à beaucoup de genres et de périodes, comme en musique, en littérature, et en BD. Concernant le ciné, je dirais, pour résumer, que la période que j’apprécie s’étale des années 1930 à nos jours. Mes goûts sont variés (à ne pas confondre cependant avec ce brouet tiédasse qu’est « l’éclectisme ») mais reposent sur des esthétiques et des thématiques assez reconnaissables.

Quel est le livre sur le cinéma que tu as le plus consulté ?

Je ne relis jamais deux fois le même livre, il n’y a donc pas un livre que j’ai plus consulté qu’un autre. Exception qui confirme la règle, j’ai dû lire deux fois le scénario de La Maman et la Putain de Jean Eustache, édité en petit format à la Petite Bibliothèque du Cinéma. J’ai dévoré énormément de livres portant sur le 7ème Art : des mémoires, des biographies, des ouvrages compilant des correspondances de réalisateurs, des espèces d’essais sur des genres précis, des anthologies de critiques, etc. Dernièrement, j’ai lu un livre sur la vie de Paul Gégauff, les mémoires du critique (malheureusement décédé récemment) Michel Ciment (Le Cinéma en partage), un livre sur William Wyler, un livre sur les exploitants dans le milieu du cinéma français durant ces 50 dernières années… Et je suis actuellement en train de lire une biographie sur Roger Vadim ainsi que les mémoires de Pascal Thomas. J’ai aimé des centaines d’ouvrages portant sur le cinéma, tous genres confondus : des mémoires de Jess Franco à celles de Jean Rollin, des entretiens avec Jean-Pierre Melville aux livres poilants de Mocky, ceux de Chabrol (ou sur Chabrol), les essais d’Antoine de Baecque, des livres de souvenirs de critiques, des anthologies de revues cinéphiles, etc., impossible à lister exhaustivement.

Te souviens-tu de ton premier grand moment "cinéma" ?

J’ai dû entrer pour la première fois dans une salle de cinéma à l’âge de 5 ans, pour y voir un dessin animé Disney, Rox et Rouky, en Suisse, à sa sortie en 1981. Mon premier souvenir prégnant de film vu en VHS est Conan le Barbare de John Milius (un film grandiose, et un réalisateur que j’adore), avec mon père, aux alentours de 1984 – je devais avoir 7 ou 8 ans. Il a fallu ensuite attendre l’adolescence pour plonger à corps perdu dans les salles obscures, car ma mère n’y allait jamais. A partir de 14 ans, j’ai commencé à m’y rendre fréquemment, avec des potes, le week-end. Je vivais dans une petite ville de 6000 habitants, dans laquelle il y avait pas mal de bars (qui faisaient aussi office de cafés-concerts), trois vidéoclubs et deux cinémas. Culturellement, vu sa taille, l’offre restait très correcte. C’aurait pu être bien pire.

Quels sont les films les plus marquants de ta vie ?

Impossible de me plier à ce genre de liste. Je vais voir 250 films par an en moyenne au cinéma (je m’y rends 4 à 6 fois par semaine), sans compter les dvd que j’emprunte dans des médiathèques, ceux que l’on me prête, etc. (je ne télécharge aucun film, ni n’utilise de sites de streaming, ni ne suis abonné aux sites du genre Netflix, etc.). Je peux te citer 500 « films marquants », chacun accolé à certaines périodes de ma vie… un film qui te marque à l’âge de 12 ans ne participe pas du tout de la même expérience qu’un film qui te secoue à 46 ans… les deux ont leur importance, mais il faut les remettre dans leurs contextes personnels (et culturels) respectifs. Un de mes films préférés est le Feu Follet de Louis Malle, une adaptation d’un court texte de Drieu La Rochelle.


Tu as aussi participé à beaucoup de fanzines, raconte-nous "ton histoire" du fanzinat.

J’ai commencé à éditer des news-letters et des fanzines en 1997. Et je n’ai jamais cessé depuis. Des formats différents, sur des sujets qui tournaient toujours autour de la musique, du cinéma, de la bd et de la littérature. Ça fait bientôt 30 ans que je publie des fanzines consacrés à ces univers… ces dix dernières années, c’est devenu vraiment ponctuel, quand une envie d’écrire sur un ou des sujets précis se fait ressentir, mais c’est toujours un medium qui me passionne. Quelques-uns des titres que j’ai publiés : Everyday is like Sunday, Maladjusted, Still ill, Shoot to Kill, There’s a place in hell for me and my friends, Teenage Diaries, Unwell News-letter, et d’autres auxquels j’ai contribué, Kerosene, Cathodic Overdose, Mixtape, etc.

Quelles sont, à tes yeux, les différences entre la presse officielle à laquelle tu collabores et le monde du fanzinat ? As-tu autant de plaisir à participer aux deux ?

J’ai pigé dans la presse pendant presque 15 ans ; à chaque fois, la même histoire : le rédac chef me contactait pour me proposer de collaborer à sa revue parce qu’il avait lu mes zines ou ce que j’écrivais sur mon site perso (quand celui-ci était une espèce de webzine/blog, au début des années 2000). Je n’établissais pas de distinction entre le medium presse et le medium fanzinat. J’ajustais un peu mon style, et je dégageais les éléments un peu trop personnels ou subjectifs (deux gimmicks qui caractérisaient la prose de mes fanzines), c’est tout. Par ailleurs, je n’ai jamais spécialement voulu être journaliste, ça n’a été qu’une activité en plus, la cerise sur le gâteau, à laquelle je m’adonnais à côté de la musique. Je me serais contenté de mes fanzines si on ne m’avait pas branché pour collaborer à des titres de presse. C’est une opportunité que j’ai saisie, mais je n’ai jamais cherché à contacter d’autres rédactions. J’ai contribué à trois magazines (dont deux dans lesquels j’avais une rubrique à mon nom dans chaque numéro), plus ou moins à la même période, entre 2006 et 2019… Quand ils ont cessé de paraître, je n’ai pas essayé de placer mes piges ailleurs. Ecrire au kilomètre des reviews ou des interviews pour des magazines ne m’a jamais plus motivé que ça. Quand ça devient un gagne-pain, que tu cours après les piges, que tu te dois d’écrire sur tout et sur rien, je pense que tu perds un truc en route. De toute façon, la presse a sérieusement commencé à péricliter aux alentours de 2006/2007. Je savais donc que je n’allais pas bâtir une « carrière » autour de cette activité. Ça me permettait de gagner un peu d’argent en dehors de mes autres activités, et c’était déjà pas mal. J’ai toujours tenu à placer mes œufs dans plusieurs paniers, comme le dit l’expression… D’un côté, la musique, de l’autre la presse, puis entre les deux les fanzines, les livres, les contributions ici et là, les podcasts que je produisais et animais pendant une dizaine d’années, l’organisation de concerts et de soirées, etc. Et de temps en temps, des jobs alimentaires très ponctuels, quand c’était nécessaire (et ça l’est, parfois).

Tu es aussi très présent dans le monde de la musique. Tu as écrit ou participé à l'écriture de quelques livres sur la musique. Peux-tu nous en parler ?

J’ai écrit les livres Rock the Citadelle, co-écrit Enjoy the Violence (Une histoire orale des origines de la scène thrash/death en France, sorti en 2018) avec Jérémie Grima, co-écrit Hey You ! (Une histoire orale des Burning Heads, sorti en 2020) avec Guillaume Gwardeath… j’ai également supervisé le livre Explosion textiles et quelques autres, sur des sujets liés à la musique, ou connexes.
Je viens également de créer une petite collection, « Les Derniers des Mohicans », qui abritera une série de livres d’entretiens avec des « activistes » culturel – des journalistes, des musiciens, des éditeurs, des boss de labels, des fanzineux, etc. –, des érudits qui ont passé leur vie à n’en faire qu’à leur tête et à produire, sans tenir compte aux changements de mode, loin du goût du jour et de l’air du temps. Le premier livre de la collection, Never Give Up, sorti il y a quelques mois (en octobre 2023) invitait Didier Balducci, guitariste des Dum Dum Boys, auteur d’une dizaine de livres, éditeur (Mono-Tone Editions), et boss du label Mono-tone Rds. Le deuxième livre de la série devrait sortir avant l’été 2024.

As-tu d'abord commencé à écrire sur la musique ou en as-tu fait d'abord ?

J’ai commencé à jouer de la guitare en 1992, j’ai écrit mes premiers petits textes ou chroniques pour des news-letters ou des fanzines en 1997.


Peux-tu nous parler de ton parcours en tant que musiciens ?

Impossible de lister tous les groupes dans lesquels j’ai joué ; pour résumer j’ai commencé à donner mes premiers concerts en 1995, quand j’étais au lycée, dans un groupe pas très sérieux, mais qui a posé les bases de mon envie de vivre autrement, même si ce n’était pas vraiment conscient, et que je n’aurais pas pu le formuler de cette façon à cette époque. J’ai ensuite joué dans bon nombre de groupes affiliés au genre punk rock mélodique, surf-music, psychobilly, rock indé à tendance 90’s, action rock’n’roll, heavy rock, hardcore et crossover, avec lesquels j’ai enregistré pas mal de disques divers et variés (environ 30 albums, je n’ai pas compté les 45t, les singles, les split EP, les compilations, les k7 démos, etc.) produits sur un paquet de labels, français et européens. J’ai aussi collaboré avec quelques groupes étrangers (américain et australien), J’ai dû jouer, de 1995 à 2020, pas loin de 1500 concerts, dans 17 ou 18 pays. Pour ceux que ça intéresse, qui aiment les détails et la précision, je leur conseille de faire un tour sur mon site www.likesunday.com, dans la rubrique Bio/Disco.

Quels en ont été les plus grands moments jusqu'à aujourd'hui ?

Je ne distingue pas les bons moments des moins bons ; c’est un long voyage, ininterrompu, articulé autour de concerts, de tournées, de sessions studios, de séances de répétition, de route à n’en plus finir, de milliers de kilomètres parcourus, de paysages qui défilent… au volant d’un van, ou à attendre au fond d’une loge pourrie de jouer son concert du jour, pour ensuite enfin poser ses affaires pendant quelques heures dans des hôtels cheap ou des appartements prêtés pour l’occasion… puis remballer le matos dans le van au petit matin, pour refaire la même en couleurs le lendemain…. puis le surlendemain… puis le jour suivant… et encore, et encore… jusqu’à épuisement. J’ai tourné activement, passant le plus clair de mon temps sur les routes, de 1998 à 2020, croisant pas mal de groupes (en concert et festival) dont j’étais « fan » quand j’étais plus jeune.
J’ai cessé de jouer live en 2020, le covid m’a donné une très bonne excuse pour passer à autre chose et me permettre de me concentrer sur d’autres aspect de mes activités – que je pratiquais déjà, mais dans d’autres cadres – notamment l’écriture et l’édition. Ce qui n’empêche pas l’enregistrement de morceaux en studio, ici et là, quand l’envie m’en prend. J’ai d’ailleurs continué à sortir des disques depuis que j’ai cessé de me produire en concert. Ce qui me convient parfaitement. La route, ainsi que les concerts, ne me manquent pas le moins du monde.

As-tu pu réaliser des rêves musicaux ?

Je n’avais pas vraiment de rêves en commençant, et je n’en ai pas davantage aujourd’hui. Pour être honnête, je ne me destinais pas du tout à passer 20 ans de ma vie sur les routes avec mes groupes. Quand j’étais à la fac, je n’avais d’ailleurs aucune envie particulière. Je n’ai jamais été carriériste, ni très ambitieux. Je me suis toujours totalement désintéressé de l’argent, du confort, du matérialisme, de la position sociale, et de tout ce qui semble absolument vital pour une bonne partie des êtres humains. Je n’ai jamais eu d’illusion sur ce milieu musical et culturel ; ni sur aucun autre milieu professionnel, d’ailleurs. J’aime « faire des trucs ». Ecrire, publier, composer des morceaux, les enregistrer, être en mouvement. Je suis plutôt créatif et productif, tout en ayant parfaitement conscience que ça n’aura pas beaucoup d’incidence sur le sens de rotation de notre planète. Je suis globalement satisfait d’avoir énormément voyagé et rencontré des groupes et des gens – parfois très cool et stimulants, parfois totalement inconsistants. Mon regard sur le monde à forcément été impacté par ce mode de vie nomade très singulier (et sur la brèche), pendant plus de 20 ans. J’ai appris au fil des années à vivre à rebours, comme je le disais précédemment, en complet décalage. Depuis quelques années, je vis encore davantage près de l’os, dans une dynamique de décroissance totale. Mon seul souhait, mes seules attentes sont de pouvoir lire des livres, aller au cinéma, au théâtre, écrire un ou deux livres par an, rencontrer quelques personnes énergisantes avec qui collaborer ponctuellement sur des projets captivant… Le reste m’indiffère totalement.

Tu as également organisé des concerts. D'où t'en est venu l'envie ?

J’ai organisé des concerts pendant une douzaine d’années à Besançon, la ville dans laquelle je vivais à l’époque, de la fin des années 1990 à 2010 environ… davantage pour dépanner des groupes ou des tourneurs que je connaissais et qui me dépannaient aussi de leur côté quand j’avais besoin d’un coup de main sur une tournée.

Quels sont tes projets actuels ?

Vient de sortir, ces jours-ci, le numéro 2 de Rëquiëm Fanzine, qui ressemble d’ailleurs plus à un livre qu’à un fanzine, que j’ai co-écrit et co-édité avec ma compagne… publication dont l’axe rédactionnel est centré sur la presse française (‘rock dur’ et genres affiliés) dans les années 1980 et au début des années 1990. Le premier tirage a été dégommé en moins de 10 jours. Nous le retirons donc dans la foulée.
Je travaille actuellement sur trois livres. Le prochain sortira au mois de mars 2024, chez l’éditeur Mediapop, avec qui j’ai déjà collaboré, dont j’apprécie beaucoup la qualité et l’élégance de son catalogue. Il s’agira d’un livre d’entretiens avec le photographe de presse Renaud Monfourny, l’un des fondateurs des Inrockuptibles, magazine pour lequel il travaille depuis 37 ans. Au programme, l’histoire (forcément subjective) de ce magazine important, que j’ai aimé lire dans les années 1990, ainsi que des explications sur la trajectoire personnelle et professionnelle de Renaud.
Deux livres suivront chez le même éditeur, dont un qui sortira également durant l’année 2024, sur un auteur de BD très connu en France.
J’aimerais également finir de rédiger un livre commencé il y a quelques années déjà, sur le mode des mémoires (qui retracerait l’histoire de tous mes groupes, dessinant, en filigrane, un bilan assez clair de 25 ans passés dans le sérail punk/rock/alternatif et de ce que cela a impliqué personnellement), mais dans une forme un peu singulière, et qui serait accompagné d’un best-of (double album) puisant dans toute ma discographie depuis 25 ans. C’est en cours. Quand sera-t-il terminé ? Mystère.
Un nouveau disque (solo) sortira avant l’été 2024. Tout est en boîte, je termine en ce moment même les derniers détails. Un disque instrumental, avec beaucoup de renvois au monde du cinéma (samples, références, etc.), plutôt mélancolique dans le mood.
Mon principal projet de vie, le plus important à me yeux : me tenir à bonne distance de ce monde aux allures de carnaval ambiant, dont il est de plus en plus difficile d’esquiver la pollution sonore et visuelle.

Merci Sam


Site personnel : www.likesunday.com

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