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DAY BY DAY - DEAD BOYS

Steven John Bator est originaire de Girard dans la banlieue de Youngstown, Ohio, une ville située à une centaine de kilomètres au sud de Cleveland.

Au début des 70's, il chante dans un groupe appelé Mother Goose qui fait des reprises de garage rock 60's ainsi que des Stooges. Ses principales influences sont Alice Cooper et Iggy Pop.

Après avoir joué uniquement dans des petits clubs et habité des petites villes, las, il part s'installer à Cleveland.

En janvier 1975, il fait la connaissance de William James Wilden, un fan d'Iggy & the Stooges, comme lui. Les deux nouveaux compères ont dans l'idée de monter un groupe mais se rendent vite à l'évidence qu'il est très difficile de trouver des musiciens qui acceptent de les suivre dans leur démarche proto-punk destroy. Passé quelques mois, ils font la connaissance de deux têtes brûlées qui jouent dans une formation locale nommée Rocket From The Tombs. Gene O'Connor (guitare) et John Madansky (batterie) ont un style musical et un look qui correspondent parfaitement au genre recherché, entre le proto-punk des Stooges et le Rock N'Roll destroy des New York Dolls.

Après avoir trouvé un bassiste, Jefferson Mangum, et un nom de guerre, Frankenstein, chacun se baptise d'un pseudo en rapport avec la musique et l'univers du groupe: William James Wilden s'appelle désormais Jimmy Zero (guitare rythmique), Steven Bator est Stiv Bators (chant), Gene O'Connor devient Cheetah Chrome (guitare lead), John Madansky, Johnny Blitz (batterie) et Jefferson Mangum, Jeff Magnum (basse). Le répertoire est composé de reprises des Stooges et de chansons de Rocket From The Tombs dont Sonic Reducer et Ain't It Fun. En octobre 1975, trois titres sont enregistrés au local de Rocket From The Tombs, à Cleveland. La cassette démo qui en est issue sert à démarcher les maisons de disques et les salles de concert. En 1995, le label Hell Yeah sort un EP 10" avec ces trois titres.

Désormais, la philosophie du groupe est simple : « fuck art, let's rock », tout un programme !

Eve Of The Dead Boys, démo d'octobre 1975
Au printemps 76, Stiv Bators se rend à New York où il rencontre Johnny Thunders et Joey Ramone. Ce dernier va avoir un rôle crucial dans l'évolution de Frankenstein. Il les invite à faire la première partie des Ramones et leur trouve un logement afin qu'ils s'installent définitivement à NYC. Dans la foulée, le groupe se rebaptise Dead Boys (tiré de leur chanson Down In Flames) et se fait remarquer par Hilly Kristal, le boss du CBGB's, à cause de leur attitude sur scène (en plus de leur musique punk passée au vitriol). En effet, Stiv Bators, ultra fan d'Iggy Pop, s'inspire de son jeu de scène en allant toujours plus loin dans la folie. Il joue avec des tampons périodiques usagés, fait le salut nazi et se fait faire des fellations (vraies ou fausses) par des fans. Kristal devient leur manager, il leur trouve un deal avec Sire Records et les met en contact avec la productrice Genya Ravan qui va se charger de leur premier album Young Loud and Snotty. Genya est connue sous le pseudo Goldie, chanteuse R&B des Escorts et de Goldie & the Gingerbreads dans les années 60.

La collaboration débute difficilement car les Dead Boys, à l'instar d'autres groupes de l'époque, aiment jouer avec les visuels communistes et nazis. Jeff Magnum porte souvent un t-shirt avec marteau et faucille tandis que Stiv Bators fait plutôt dans l'aigle du IIIème Reich. Cela pose problème à Genya Ravan qui est d'origine juive polonaise et dont une partie de la famille est morte dans les camps de concentration nazis. Le groupe doit alors laisser les swastikas au vestiaire, condition sine qua non pour que le travail de studio puisse avoir lieu. 

L'album est enregistré en quelques jours, et le résultat est assez incroyable. Genya Ravan a su transposer sur bande magnétique toute la folie que les Dead Boys dégagent sur scène. Les guitares sont percutantes, Bators déchaîné, et l'ensemble sonne différemment de ce qui se fait à New-York à cette époque. On est très loin de Television et Talking Heads et un ton au dessus des Ramones et des Heartbreakers question agressivité et vitesse d'exécution.

Après quelques mois dans les bacs des disquaires et malgré la qualité indiscutable de l'album, les ventes ne décollent pas, du moins pas comme l'exige Seymour Stein, le boss de Sire Records. Il va donc falloir défendre ce disque, et pour ça rien de mieux que la scène, jouer, jouer et jouer encore. Outre leurs nombreux passages au CBGB's devenu en quelques sortes le QG du groupe, les Dead Boys partent fouler les planches aux quatre coins des States et au Canada. En Novembre, après l'Écosse, ils jouent en Angleterre avec les Damned.

Sire n'est toujours pas satisfait des ventes du disque et exige que le groupe change d'image. Plus de t-shirts déchirés, plus de provoc' avec les croix gammées ou l'URSS, et surtout plus de punk-rock, le son du nouvel album doit être différent, les chansons aussi.

Après une année 77 bien chargée, les Dead Boys débutent 78 en répétant de nouveaux titres pour le prochain album, We Have Cum For Your Children. Au printemps, Johnny Blitz est gravement blessé lors d'une attaque au couteau. Pour couvrir les frais d'hospitalisation, le reste du groupe organise des concerts de soutien début Mai, toujours au CBGB's, en compagnie d'amis tels que John Belushi, Ramones, Debbie Harry, Richard Hell, Jerry Nolan et bien d'autres.

We Have Cum For Your Children
L'album sort en Juin, produit par Felix Pappalardi, qui a travaillé entre autres avec Cream, il sonne plus propre, même si les chansons dans leur ensemble restent du punk-rock de très bonne qualité. Un son moins agressif, une image plus «clean» (voir la pochette de l'album) et cette reprise des Rolling Stones, Tell Me, plus ou moins imposée par la maison de disque, tout cela pèse sur le moral du groupe. De plus, le temps que Johnny Blitz se remette de ses blessures, aucun concert n'a lieu. La pression monte, Cheetah Chrome, toxicomane sans concession, s'oppose à Stiv Bators qui est prêt à mettre un peu d'eau dans son vin question style musical et qui lui demande de décrocher de l'héroïne. C'est hors de question, Chrome quitte le groupe... temporairement. 

Sans Johnny Blitz et Cheetah Chrome, les Dead Boys finissent par mourir une première fois, puis se reforment en 1979 car, contractuellement, ils doivent un troisième album à Sire Records. Fermement opposés à retourner en studio, ils enregistrent un concert au CBGB's au cours duquel Bators chante délibérément à côté du micro afin que la bande son soit inutilisable. Cet enregistrement finit toutefois par sortir en 1981 chez Bomp! records qui l'a racheté et fait refaire le chant en studio par Stiv Bators. En 1984, le label français Lolita (FGL) commercialise la même version avec une pochette différente pour la France. Intitulé Night Of The Living Dead Boys, il donne une idée de l'état de fatigue dans lequel se trouve le groupe à ce moment-là, on est bien loin de la déjante des débuts. 

Version française sortie chez Lolita (FGL)

Au milieu des années 80, les Dead Boys se réunissent de nouveau mais cette fois sans Jeff Magnum. Le 26 Décembre 1987, ils jouent au Ritz de New York, la performance est bonne, mais la folie des débuts a disparu, comme en témoigne le double LP Liver Than You'll Ever Be.

Le 3 juin 1990, Stiv Bators est reversé par un taxi à Paris et décède dans la nuit, à son appartement. En 2004, le reste du groupe lui rend hommage sur scène avec Cheetah Chrome comme guitariste chanteur, un perfecto est posé sur un pied de micro au centre de la scène. Même chose en 2005 pour un concert de soutien au CBGB's, menacé de fermeture.

Pour les 40 ans du premier LP, Cheetah Chrome et Johnny Blitz se réunissent à nouveau sous le nom des Dead Boys sans que Jeff Magnum ni Jimmy Zero ne soient de la partie. D'autres musiciens assurent le job pour une tournée et un album intitulé Still Snotty : Young Loud and Snotty At 40 qui sort en septembre 2017.

Les Dead Boys ont eu une carrière courte, si on exclue les reformations, et ont laissé un témoignage riche derrière eux. Les deux albums studio, Young Loud & Snotty et We Have Come For Your Children, restent incontournables. Côté live, The Return Of The Living Dead Boys (Revenge Records) et All This & More (Bomp!) sont les plus intéressants, plus bruts et plus puissants que Night Of The Living Dead Boys (Bomp/Lolita). Evitez Twistin' On The Devil's Fork compilation de titres enregistrés au CBGB's en 77 et 78 dont le son est boueux à souhait. Pour les complétistes, il existe des versions « rough mixes » des deux albums studio, intitulés Younger Louder & Snottier et 3rd Generation Nation. Le premier étant nettement plus intéressant que le second. Enfin, au niveau visuel, le DVD Live at CBGB's sorti en 2004 permet de se rendre compte de la haute énergie du groupe sur scène.

Fernand Naudin (merci pour vos commentaires)


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