JACQUES A DIT…
« Je ne dis jamais "c'était mieux avant... parce que c'est faux. » m‘a un jour écrit Jacques Ball. Ce charmant bonhomme nous a laissé en plan le 30 juin, poussière d’atome rejoignant certaines de ses idoles.
Deux autres de ses citations : « Une de mes devises quand je bossais était "le pire est toujours certain" et « Quand on vieillit c'est la barbe, on part en quenouille... ». Cela s’arrêtera là pour les propos négatifs de ta part. Le reste de nos échanges n’étant que soif de découverte, anecdotes marrantes et souvenirs qui éblouissaient la vie. Le pessimisme n’est pas ta tasse de thé, ni la mienne.
Ce qui va suivre sont des bribes d’échanges avec toi durant les dernières années. Je pense que tu ne m’en voudras pas de les publier. Toi-même qui es si friand de journaux intimes et de recueils de correspondance. C’est à ton tour et commence maintenant, tous les propos entre guillemets sont de toi :
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| Jacques en novembre 2025 au musée du cinéma |
Voici ton idée de la perte d’un être cher, qui est pour beaucoup d’entre nous, notre actualité : « l'inconscient joue parfois des tours et génère des chagrins inattendus. C'est ce qui m'est arrivé après la mort de mes parents. Cela fait 22 et 11 ans qu'ils sont partis et parfois des images, des odeurs me font penser à eux et parfois c'est dur. Beaucoup plus que de leur vivant ».
Pour moi, cela sera Steve Wynn que je ne pourrai plus dissocier de toi, merci de me l’avoir fait découvrir.
Tu habites en Bretagne et à Paris mais tu avais un point commun avec Patricia Kaas (eh oui, je vais continuer à écrire des noms d’artistes qui ne devraient pas être associés avec toi, je reste taquin).
« Personnellement je suis Alsaco-Lorrain et j'ai vécu toute ma jeunesse dans le bassin minier à Forbach juste à la frontière avec la Sarre. Je n'ai aucune nostalgie pour ma région d'origine dont j'ai voulu partir le plus vite possible. Mes grand parents et mes parents m'ont élevé dans la haine des casques à pointe qui avaient traumatisés leurs vies. C'était une autre époque et j'ai eu de bonnes relations avec des collègues allemands qui étaient dans les collaborations internationales auxquelles j'appartenais dans le cadre de mon travail au CERN et aux US ».
Toi, tu parles de CERN, moi je te réponds choux que je n’aime pas manger. Pourtant, c’est la tradition d’en manger ici en Allemagne. Ceci te permet de lancer une petite pique à Nelly.
« Yes, le chou rouge cru en salade j'ai du mal. Pour moi je l'aime super cuit avec un rôti de porc par exemple. Le chou vert j'en ai avalé en URSS à l'époque et cela m'a permis d'apprécier celui que cuisine ma femme. Par contre je déteste les racines genre salsifis, panais, navets que ma femme adore ».
On parle aussi parfois de tout et de rien, loin de ce qui intéresse Philippe Garnier (une de tes grandes idoles).
« On regardait Tatort (cela fait au moins 40 ans que ce programme existe) quand on était chez mes parents à Forbach et où on pouvait capter les chaînes allemandes. Et aujourd'hui encore je charge un épisode de temps en temps (surtout si cela se passe en Sarre) c'est quand même beaucoup mieux que Derrick ».
« Si je vais en Bretagne c'est que ma femme en est originaire et nous avons une résidence secondaire près de Dinard qui est la ville de son enfance. C'est le moment de tailler les arbres et autres joyeusetés horticoles ».
Mais ton plus grand dada est la musique, elle est présente dans tous les aspects de ta vie. D’ailleurs, tu m’as jamais dit si tes goûts musicaux venaient de tes parents. En attendant que tu me racontes cela, voici quelques concerts dont tu m’avais parlé.
- Captain Beefheart « J'ai toujours aimé Trout Mask Replica, Fast and bulbous that's right the Maskara Snake ! J'ai vu le Captain sur scène et cela avait été un moment inoubliable, tout à fait audible et structuré ».
- Nico “vu Nico sur scène aussi pendant les 70s, 80s, glaçant”.
- Lou Reed “j'ai vu Lou Reed période Rock'n'Roll Animal mais je ne sais plus si c'était Ducks Deluxe en première partie…”.
- Flamin’ Groovies « J’ai un ami aussi fan des Flamin Groovies, nous avions vu dans les années 70 l'émission Rock en Stock , présentée par Pierre Lattès, et les Groovies passèrent dans l'émission, deux titres, des reprises "Roll Over Beethoven" et "Little Queenie" alors que nous espérions voir "Teenage Head " ou "Slow Death". Bien des années plus tard, début des années 2000 je suis devenu pote avec Chris Wilson le chanteur des Groovies qui avait rejoint les Barracudas dans les années 80 et avaient également des projets solo. Nous parlons de cette fameuse émission et Chris me dit qu'il se souvient que les Groovies avaient été enregistrés et filmés pendant une bonne heure. Je préviens mon ami qui réussit à localiser dans les archives de l’INA ce qui est inédit et c'est ainsi que la vidéo de « Slow Death » de cette session est apparue sur Youtube il y a une quinzaine d'années ».
- Fairport Convention & Bert Jansch “Fairport Convention c'est toute ma jeunesse.. vus en UK à l'époque ainsi que Bert Jansch”.
- John Martyn “J'avais vu Jon Martyn sur scène pendant les 70's”
- Amon Duul 2 ”, “j'avais vraiment aimé un concert de Amon Duul 2 à Paris”
- Dr Feelgood “j'adorais ce groupe que j'ai vu au Bataclan avec Wilko Johnson à la gratte, un grand moment..”
Tu as aussi confessé des concerts qui ne correspondaient pas trop à tes goûts principaux, franchement pour America, j’ai du mal à t’imaginer dans le public !
- America –« Lors de notre abécédaire sur Les Monstres Sacrés “On a oublié America, ...non je blague... et pourtant je les ai vus live aux Usa… aucun disque dans ma collection ».
- The Cure « J'ai arrêté d'écouter Cure après le troisième album. Je les avais aussi vu sur scène au Bataclan à l'époque de Seventeen Seconds, j'avais beaucoup apprécié le côté bien en place du groupe. Mon morceau préféré du groupe était "Charlotte Sometimes"».
Quelques chroniques de concert de ta plume :
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| Deniz Tek & Jacques au premier plan |
Eh, je crois que le concert en question a été filmé, il serait marrant de te retrouver sur la vidéo.
Tu en as vu pas mal de concerts mais tu en as aussi organisés. Par exemple Memphis Slim à Metz en 1971, c’est grâce à toi (ton côté Zermati ?). Tu nous l’as raconté ici.
« En 2019 j'avais trouvé en moins d'une heure un backing band français (pas difficile c'était mes amis les Jones) pour Willie Loco qui faisait un seul gig à Paris dans une cave de l'Île St Louis. Ils avaient fait juste une repet la veille et cela a été magique pour tout le monde depuis les musiciens jusqu'au public d'afficionados. Ce soir de novembre 2019 quand Willie m'avait embrassé après le gig, je lui avais dit qu'il avait eu son "Satori in Paris" en référence au titre du dernier bouquin de Kerouac quand il revient en France pour chercher ses ancêtres et qu'il a une expérience de jubilation quasi mystique qui est désignée par le terme de Satori dans la philo hindouiste ».
J’avais bien remarqué dans tes souvenirs de concerts que plusieurs avaient été de l’autre côté de la Manche. Ce fut un sujet pendant lequel je te confiais ne pas comprendre grand-chose à l’anglais de John Peel. Toi, tu comprenais… Je pensais que c’était certainement grâce aux études que tu avais faites.
« Pour en revenir à John Peel je n'ai jamais eu de problèmes avec son anglais mais il émaille son discours de blagues très British qui le rend peut être difficile à suivre. I used to live in Dorset and had a dangerously attractive English girfriend which made it easier to understand Peely's crap ».
Jacques, un « heartbreaker » ? Je le vois plutôt dans les bouquins et les magazine …
« Je lisais le NME à l'époque flamboyante car on y trouvait Nick Kent, Chrissie Hynde et aussi Julie Burchill et Tony Parsons, sans oublier Mick Farren et un des illustrateurs n'était autre que Serge Clerc dont j'ai récupéré récemment une affiche promo sur un vide-grenier ».
Côté français, il y avait bien sûr l’incontournable Garnier « je n'ai pas gardé mes Rock'n’Folk. J'ai découpé les papiers de Garnier et d'Yves Adrien ».
On peut retrouver un de tes articles sur cet auteur ici et aussi dans le numéro 53 de DIG IT!
Une de tes dernières lectures fut les recueils de Philippe Garnier consacrés au cinéma. On avait acheté ensemble un des tomes lors de ma dernière venue à Paris.
« Je me suis régalé avec le premier bouquin de Garnier, celui acheté au musée du cinéma. J'ai trouvé les films dont il parle pour parfaire la lecture avant de passer au livre suivant ».
T’as à la suite acheté les deux autres tomes, dont un que tu as été content de trouver d’occase chez Gibert (ta librairie depuis tes années étudiantes).
On a pas parlé beaucoup BD, pour moi c’est Tintin et après le reste… Pour toi, ce qui a marqué ta génération :
« Je suis amateur de la ligne claire en général et mes dessinateurs préférés récents sont Yves Chaland et Serge Clerc. J'ai la collec complète de Métal Hurlant, l'originale de Dionnet pas le reboot commencé l'an dernier.
« Comme je te l'ai déjà dit ma culture BD c'est plus Métal Hurlant que À Suivre. En particulier Moebius dont j'avais adoré l'expo à la fondation Cartier ».
Mais ton truc, c’est Flaubert et une certaine littérature libertine du XIXième dont tu m’avais raconté certaines anecdotes d’achats. Donc redevenons sérieux et écoutons Jacques, l’érudit (qu’il est vraiment).
« Ce qui me plait dans ses bouquins c'est avant tout son style. Si tu regardes de près, tu t'aperçois du boulot incroyable qu'il y a derrière et qui n'alourdit pas le texte, au contraire il le rend fluide.Et puis ces trouvailles sonores qui m'enchantent. Un exemple le début de Salammbô, je cite :
C'était à Megara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Cette phrase en allitération du A est une merveille. Flaubert ne se met jamais en avant dans ses récits, il réussit à exprimer un point de vue neutre et il manie la langue française en maestro. J'avoue ne pas être fana de Mme Bovary, mais ses deux livres suivants, Salammbô où une érudition incroyable mais jamais cuistre fait revivre Carthage est un délice oriental et son chef d'œuvre L'Éducation Sentimentale qui décrit avec justesse, cynisme et réalisme la situation de cette fin du XVIIIe siècle à Paris, il dépasse les Illusions perdues de Balzac. Je ne vais pas faire l'exégèse des livres suivants mais un autre pan de son écriture à ne pas manquer est sa correspondance énorme (pourtant il a brûlé beaucoup de lettres avec l'aide de son disciple Guy de Maupassant). Cette correspondance à ses amis et aussi à son paramour Louise Collet montre le work in progress. Il explique les difficultés qu'il rencontre pour achever une page de Bovary ou de Salammbô car il veut la perfection, le vrai, son style avant tout. Tout cela me ravit et je découvre toujours des petites choses en le lisant que ce soit ses randonnées en Bretagne avec Maxime Ducamp ou ses voyages en Orient, les hétaïres du Caire, les paysages de l'Egypte. Sans parler de l'aspect anticlérical, car il est passionné par les religions mais négativement. comme moi.
Voilà, j'espère que tu comprends mon faible pour cet auteur majeur. »
Érudit, tu l’es aussi par ton travail. Il est difficile de trouver un lien entre la science et la musique rock (qui aurait l’idée, tu me diras ? Euh : Blondie avec son « Atomic »). Tu as présenté ton travail pendant une émission de radio sur le sujet à France Culture (avis aux amateurs, j’ai l’émission). Marrant, t’as par contre pas participé au DIG IT ! RADIO SHOW.
« Je me suis souvenu qu'il y a un DIRS de 2016-2017 pendant lequel Gildas s'était gentiment moqué de moi en insérant des jingles fabriqués à partir d'une émission de France Culture (Conversation Scientifique) pendant laquelle j'avais été interrogé par Etienne Klein sur le Spin ( je suis physicien, accessoirement savant fou. Nobody’s perfect) ».
« A propos de la Conversation Scientifique, Etienne Klein est un ami et un ancien collègue. J'avais accueilli son équipe de physiciens philosophes des sciences dans les locaux vacants du département où je travaillais. Etienne avait mis sur les murs de son nouveau bureau exclusivement des posters des Rolling Stones. Je lui demandais s'il s'intéressait au rock, la réponse fut non, seulement aux Rolling Stones... En fait il va les voir depuis les années 80 et ne rate aucun concert en France. Je lui ai fait découvrir un peu le blues en lui faisant entendre les VO des covers des Stones et il accroche bien. Il était prévu une Conversation Scientifique avec Jagger qui paraît-il s'intéresse aux étoiles et à l'astrophysique. Évidemment Mick J ne se déplace pas à la Maison de la Radio, il fallait se rendre chez lui dans son château en Anjou et Etienne m'avait demandé de l'accompagner. Mais le COVID a ruiné tous ces projets...».
Comme précisé auparavant, j’aime bien taquiner. Je t’avais demandé comment se passait ta journée de travail auprès d’un accélérateur de particules et quelles moments passionnants (?) de la journée tu racontais à table le soir après tes huit heures de boulot… Du genre aujourd’hui, j’ai découvert un nouvel isotope et vous comment s’est passée votre journée ?
« En fait ce n'était pas forcément 8 heures par jour car lorsqu'un accélérateur est en action on ne l'arrête pas pendant au moins 15 jours et on travaille en 3 x 8. Tu vas parfois au taf à minuit pour bosser jusqu'à 8h du mat et j'ai bien donné. J'ai pas mal travaillé aux US en Virginie et à Boston, ce qui m'a permis de rencontrer des musicos et voir des trucs pendant mon temps libre. Je suis allé à peu près une trentaine de fois aux US... Chez moi à table on n'a jamais parlé ni science, ni physique... Rejet de ma femme et de mes enfants sur le sujet ».
Je suis étonné !)
Bon, changeons de sujet car tu as encore tourné ta réponse vers la musique. Sois patient, tu vas pouvoir en parler.
Patrick nous a raconté hier comment il avait fait connaissance de Jacques et de leur passion commune de Jonathan Richman.
« Oui, vive les Modern Lovers !! et vive Jonathan à qui j'avais demandé si ses Modern Lovers allaient se reformer un jour, même le Velvet l'avait fait. Il m'a dit non, jamais et pourtant ils se voient tous ensemble une fois tous les ans ou les deux ans. Cela fait dix ans que Jonathan n'est pas venu en France et il n'est pas prêt de revenir en Europe parce qu'il est sensible au réchauffement climatique et ne veut plus prendre l'avion et participer à l'émission de CO2. Argument louable mais dommage pour nous, Je l'ai vu un peu plus d'une demi-douzaine de fois et c'est toujours un plaisir. Si Patrick a énormément d'enregistrements de concerts des Cramps, j'ai pour ma part une bonne centaine de concerts de Jonathan dont quelques-uns avec les Modern Lovers originaux (ce sont les plus durs à trouver) mais j'assume être collectionneur des enregistrements de Jonathan , pas des produits dérivés) ».
« Patrick et moi étions les 2 co-admins français d'un webzine consacré à Jonathan Richman ( https://jojofiles.blogspot.com/ ), il y en avait un autre en Ecosse, un en Angleterre, un en Espagne et la principale initiatrice du webzine aux USA. On s'est bien amusés avec ce webzine pendant 5 ans».
« Ce Blog a eu une période très intense entre 2005 et 2012 en gros nous avions beaucoup de lecteurs et d'interactions. L'admin principal était à Atlanta aux US, il y avait un co- admin en Angleterre, un en Espagne et deux en France, Patrick Bainée que j'avais co-opté et moi-même. Je faisais des intws de musicos qui avaient côtoyé de près ou de loin Jonathan, de Robin Wills des Barracudas à Steve Wynn du Dream Syndicate en passant par Ben Vaughn, Elliott Murphy, et les musiciens des groupes de Boston et évidemment des Modern Lovers. A peu près trente intws... ».
Tu as aussi découvert Ben Vaughn grâce à ton ami Yannick Le Joubioux auquel tu as rendu hommage ici.
« C'était un guitariste talentueux de Nantes qui avait sévi dans quelques combos un peu Revival comme Ami 6 . Mais surtout c'était le fan absolu de Ben Vaughn qu'il avait réussi à faire revenir en France il y a dix ans. C'est comme cela que je l'avais connu et j'avais participé au documentaire sur la tournée de Ben Vaughn (visible sur Youtube) qui avait suivi ».
Une autre anecdote que tu m’as racontée :
« Et cela m'a fait penser aux rares contacts que j'ai pu avoir avec Patti Smith. J'étais rentré en contact avec elle à l'époque de Myspace (tu te souviens de Myspace ?). Elle avait accepté d'être interviewée pour le JoJo Blog. Et comme je n'aime pas faire les béni oui-oui et que j'ai de l'estime pour Patti je suis cash et je lui demande si elle n'a jamais entendu "Karen" des Go-Betweens parce que "Dancin' Barefoot" me semble un peu pompé dessus. Pas de réponse, viré de ses friends... Ce qui confirme ma suspicion pour « Dancin barefoot ».
Une autre période de ta vie musicale allait bientôt commencer et celle du blog s’arrêter…
« L'admin principale, Rosebud, a plus ou moins disparu sans donner de news mais en laissant le Blog perdurer. C'est un des moyens qui m'a permis d’avoir des contacts avec des musiciens qui étaient les héros de ma jeunesse et qui sont pour certains devenus des amis et d'autres se sont avérés être des connards (exemple Jeff Monoman des Lyres ). On s'est bien amusés avec ce webzine pendant 5 ans jusqu'au jour où Gildas et Dig It! sont entrés dans la danse et j'ai laissé tomber le webzine graduellement, pareil pour Patrick ».
L’aventure DIG IT ! Peut être lue dans le livre consacré à Gildas, tu y as laissé ton témoignage.
Tu as aussi raconté tes souvenirs du DIG IT ! RADIO SHOW sur les Monstres Sacrés.
C’est ici.
https://monstres-sacres.blogspot.com/2023/01/dig-it-radio-show-les-debuts-12.html
https://monstres-sacres.blogspot.com/2023/02/dig-it-radio-show-next-generation-22.html
« J'ai été un contributeur du numéro 50 jusqu'à la fin et j'ai livré à chaque parution depuis le 53 une traduction des papiers de JJ Rassler qui n'étaient pas de la tarte à restituer car il a un humour typiquement US qui était parfois difficile à expliquer. Etant un fan inconditionnel des groupes de Boston des années 70-80 j'avais pas mal de contacts là-bas et Gildas le sachant me demandait par exemple de faire au débotté une chronique du coffret des Real Kids que Tim Warren avait sorti avec une deadline de 8 jours ».
L’émission DIG IT ! RADIO SHOW du 22 décembre 2011 encouragea ton envie de prendre ton papier et ton crayon.
« J’avais écrit dans le numéro 53 de DIG IT! mon premier vrai papier en invoquant les mânes de Philippe Garnier. C'était aussi le début de ma complicité/amitié avec JJ Rassler dont je faisais une interview. Et les choses agréables qui étaient dites à l'antenne à mon égard m'ont incité par la suite à tenter d'écrire encore et encore ».
T’avais adoré pouvoir discuter avec Bertrand Tappaz lors d’une de nos rencontres vidéo que l’on organise parfois avec LMS.
« Génial d'avoir discuté avec Bertrand Tappaz, je suis sa Voix de Garage depuis longtemps et je lisais aussi le BLog associé où il décrivait toujours la parution du nouveau Dig It! et ce qui me faisait plaisir c'est qu'il disait se jeter sur le papier de JJ Rassler en premier pour démarrer la lecture. Je ne m'étais pas donné tout ce mal de chien à traduire la langue imagée de JJ pour rien ».
Grâce au fanzine, tu es devenu ami avec JJ RASSLER.
« JJ et moi considérons qu'on ne choisit pas sa famille (celle dont on vient) mais on peut choisir ses amis qui peuvent devenir une vraie famille pour le coup. C'est ce qui s'est passé entre JJ et moi : on se téléphonait quand j'étais en mission aux US. Depuis la France c'est moins facile à cause du décalage horaire, pourtant on s'appelait au Nouvel An et ma femme et moi devisions avec Carol et JJ. Et puis Carol est venue faire un séjour à Paris avec sa sœur et elles sont venues dîner à la maison ce qui a renforcé nos liens quasi familiaux. Et cela continue, quand je me fais du souci à propos de JJ qui ne me répond pas par exemple, j'écris à Carol et elle me donne les news. Elle est urbaniste mais est aussi incollable sur les Stones que JJ ».
DIG IT! Fut aussi le début de grandes amitiés pour toi.
« J'ai rencontré de vrais amis parmi les contributeurs de Dig It , Patrick B et Patrick C, Alain Feydri, Raphaelle et évidemment Gildas. La réunion annuelle à Binic était l'événement que nous attendions tous. »
Patrick Bainée est un grand passionné des Cramps, il nous arrive de le chambrer à ce sujet…
« Ce qui est marrant est que Patrick qui possède à peu près tout ce qui est possible sur ce groupe ( dont plusieurs centaines de concerts) ne se considère pas comme un collectionneur, c'est devenu une blague récurrente entre nous quand je le traite de collectionneur ».
« Un soir où Patrick et moi allions voir notre pote Chris Wilson faire un concert solo, on décida de dîner avec Chris après dans un resto thaï. Et Patrick très fier nous sort du coffre de sa voiture un disque des Cramps en BOIS ! à accrocher au mur . Et Chris lui dit qu'il pourrait s'en servir comme couvercle de toilettes ».
Tu nous as aidé à entrer en contact avec Alain dont on avait fortement envie de faire une interview-carrière. À la suite de sa parution tu m’avais écrit cela :
« C'est toujours agréable d'être cité dans une intw et Alain, malgré sa modestie, est un rock critic remarquable qui a su trouver son style. On reconnaît sa plume comme on reconnaît celle de Garnier ».
Les anciens de DIG IT! Se rencontraient régulièrement à Binic pour profiter des concerts et boire un verre à la santé de Gildas.
« Cet été j'irai au festival de Binic et avec quelques diggers (Patrick Cazengler, Alain Feydri pour le moment) nous boirons un verre à la mémoire de Gildas ».
À la fin de DIG IT!, l’écriture te donnait encore envie, tu essayais de rentrer dans UGLY THINGS.
« Ugly Things (meilleur zine garage du monde), je suis abonné depuis près de vingt ans et à plusieurs reprises dans le passé j'ai contacté Mike Stax pour lui soumettre des idées d'article sans succès. En particulier, il y a dix ans j'avais pensé faire avec JJ une version plus approfondie de la série de papiers Dig It! sur l'histoire de DMZ mais Mike n'a pas été vraiment preneur. JJ m'a dit après qu'il n'était pas surpris car il n'avait jamais été en bons termes avec Mike Stax... querelle d'egos I presume ».
Patrick t’ayant mis en contact avec nous (ou l’inverse), tu acceptas notre proposition d’écrire dans LMS. Au tout début de ta participation aux Monstres Sacrés, tu as eu envie de rattraper des choses…
« J'avais des projets de papiers que Gildas avait validés direct, toujours le concept de la totale carte blanche... et malheureusement je n'ai pas eu le temps d'en mener certains comme un article que j'avais prévu sur Radio Geronimo une radio anglaise que j'écoutais quand j'étais étudiant et qui était la quintessence des radios pirates de l'époque.. Par exemple quand Funhouse des Stooges est sorti Geronimo a passé l'album en intégralité pour commencer la soirée... ».
Décidément, c’était un projet que tu as toujours repoussé et il n’a pas vu le jour. Je sais que tu y as un peu travaillé et un brouillon existe, peut-être Nelly le trouvera t-elle un jour ?
Tu te rappelles de nos conversations au début ? Avec les enfants, on joue au ni oui ni non. Avec toi c’est plutôt au « Boston » interdit. T’avais rapidement perdu lors de notre première rencontre vidéo (Patrick n’y arriverait pas sans Cramps non plus).
« Concernant Boston je suis plus que d'accord pour faire un historique sur les groupes du coin (mais surtout pas du groupe nommé Boston évidemment) pas chiant tellement cela fait partie de ma vie ».
« Il y aura plein plein d'épisodes, comme cela sans réfléchir je pense évidemment aux Real Kids, Modern Lovers, Jon Richman, DMZ, Lyres, Classic Ruins, Devotions, Neighbourhoods, La Peste, Willie Alexander et son Boom Boom Band, Los Fuegos, Nervous Eaters, Varmints, Kenne Highland, Queers, Odds, Downbeat 5, Dents, etc... Lemonheads, Pixies, ... et j'en oublie et les groupes nouveaux comme Justine and the Unclean par exemple... ».
Voici ceux que tu as publiés :
Les deux Patrick t’avaient demandé de participer aussi à leur livre consacré à Marc Zermati et son label Skydog. Cela avait bien freiné ta participation au blog, mais c’était pour la bonne cause. Tu voulais m’offrir le livre quand on s’est vus à Paris. Je ne voulais pas, je préférais l’acheter moi-même. C’est chose faite maintenant. Je vais le recevoir la semaine prochaine et suis ravi de pouvoir lire ton article la semaine prochaine.
Pourtant tu y as contribué bien que ton opinion sur Zermati n’était pas la meilleure.
« Je ne me suis jamais senti à l'aise face à lui surtout à l'époque de l'Open Market et après il m'intéressait surtout parce qu'il avait été le secrétaire de Max Ernst et qu'il avait été proche de lui et de son épouse, Dorothea Tanning. Son côté pied-noir quasiment d'extrême droite était très emmerdant ».
C’est en 2025 que tu m’as annoncé ta maladie dont tu t’es rendu compte après une pleurésie. T’en as pas perdu ton humour :
« Le Dream Syndicate avec Steve Wynn rejoue son album Medecine Show en intégralité, c'est la mode, tournée en Europe en 2026 avec une seule date en France, le 5 février à Paris. J'y serai. Mon premier concert de Rock depuis un an grâce au Medecine Show évidemment 😄 »
Je te laisse le mot de la fin (chose impossible avec Patrick!).
« Maintenant une petite histoire pour finir et en revenir à Iggy. Près de chez moi habite une ancienne (elle a plus de 75 ans bien tapés) groupie flamboyante, aujourd'hui c'est une mémé, on la remarque pourtant à cause de ses tenues flashy car elle adore les imprimés panthère. Elle promène ses chiens le soir. Elle s'appelle Suzy Wiss et a connu les heures glorieuses du Palace. Un soir que je raccompagnais Chris Wilson (Flamin’ Groovies) qui était venu dîner chez nous, nous la croisons sur l'avenue et Chris est intrigué par le personnage. Je lui explique et il me dit qu'il pense que c'est elle dont lui a parlé Iggy qui venait la voir lors de ses passages à Paris. Jusqu'au jour où Suzy fait remarquer à Iggy qu'il boitait et donc se faisait vieux. Il s'est vexé et n'est plus jamais revenu ».
« La bise, (comme disait Gildas à la fin de ses mails) ».
Jacques_B & Christophe
ANNEXE :
LE PARCOURS PARIS DE JACQUES :
Tu te rappelles, c’est le plan de notre journée « rock » à Paris:)
« J'ai plusieurs propositions: si on commence rive gauche, on peut trouver un japonais près du blvd St Michel comme le suggère Patrick. Et aller pour les disques chez Gibert et Crocodisc, puis voir où se trouvaient New Rose et Music Action puis traverser la Seine pour aller rue des Lombards voir l'ancien site de l'Open Market.
Autre proposition qui peut facilement rejoindre celle de Jean Jacques :
Déjeuner rue Jean Pierre Timbaud dans le resto Les fabricants spécialisé dans la cuisine du Sud-Ouest, où j'ai mangé un soir avec Deniz Tek et Anne en compagnie de Bernard. Ensuite on peut passer devant le Bataclan, le Café de la Danse et aller chez Born Bad et pousser jusqu'au Gibus... ».



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